Économie Le 1er octobre 2026, la France a emprunté à dix ans au taux de 4,92 %, plus cher que l’Italie, pendant que des centaines de milliards d’euros dormaient sur des comptes courants rémunérés à 0,04 %. Je propose un emprunt national réservé aux particuliers : le taux du dix ans moins un point, net d’impôt, bloqué dix ans et plafonné à 50 000 euros. Ce point de décote partage le coin fiscal : l’épargnant touche plus qu’avec une OAT de marché, et l’État paie moins qu’aux fonds étrangers. Les limites sont assumées, de la cannibalisation du Livret A à la fragmentation du marché, mais les intérêts resteraient enfin en France.
Politique Le 25 septembre, Emmanuel Macron espérait une visite d’État : Garde républicaine, Légion d’honneur, quelques minutes avec le pape à Notre-Dame. Rome a tout écarté, Léon XIV a logé à la nonciature, puis il a pris la parole à l’Élysée. Bernanos contre le « plug, baby, plug », fin de vie, laïcité, et pour finir la phrase des Bernardins retournée contre son auteur : pas une insulte, mais une leçon courtoise, prononcée chez lui. C’est précisément ce qui la rend redoutable.
Société Aucune société n’a duré sans sacré, et la France a laissé s’éteindre le sien. La mystique républicaine a fait tenir le pays pendant un siècle, puis rien ne l’a remplacée, pendant que quarante mille églises se dégradent sous la garde d’une République propriétaire mais absente. Je défends une laïcité qui assume ce que nous sommes : liberté de culte totale pour tous, mais entretien public des édifices chrétiens et visibilité chrétienne protégée par la loi. Ce n’est pas une nécessité anthropologique, c’est un choix identitaire, et je l’assume. L’État contrôle la pierre, jamais la foi.
Géopolitique Le 22 septembre, Dassault Aviation a fait voler sur Rafale deux algorithmes d’IA souverains. Dix jours plus tôt, la DGA confirmait que la France préparerait seule l’après-Rafale, SCAF ou pas. Nous avons enfin repris les rênes. Reste une question que personne ne pose : qui paie ? Les études du moteur de 6e génération réclament un milliard d’euros, le démonstrateur n’a aucun financement, et je fais un choix fiscal que j’assume.
Souveraineté numérique En 2023, Cédric O entrait au capital de Mistral AI pour 176 euros, avant de plaider pour un AI Act allégé ; la dernière levée valorise aujourd’hui sa part autour de 90 millions sur le papier. Depuis, l’État est devenu le premier client de la start-up, des Armées aux administrations. Cet été, Mistral a franchi un cap : son infrastructure héberge désormais des modèles tiers, à commencer par le chinois GLM-5.2. Le pivot vers la plateforme est rationnel, et j’ai moi-même défendu ce virage. Ce qui ne l’est pas, c’est de continuer à le vendre comme de la souveraineté technologique.
Géopolitique Le 18 septembre, Emmanuel Macron réunit à l’Élysée les candidats à sa succession et martèle que la flambée des prix n’est pas la conséquence de décisions gouvernementales. Le verbatim publié par la présidence lui donne raison sur les faits immédiats : Ormuz a été fermé par la riposte iranienne à des frappes américano-israéliennes, la Russie mène bien une campagne hybride en Europe, et la France n’a choisi aucune de ces guerres. Reste le mot qui revient comme un refrain, subir, et c’est là que le récit se fissure. On subit un séisme, pas quatre ans de bifurcations qui ont remplacé le gaz russe par du GNL américain trois fois plus cher, indexé un parc nucléaire amorti sur le prix de ce gaz, et laissé l’Europe financer l’industrie d’armement de son allié. La France ne manque pas de politique énergétique, elle en a une, tactique, réactive, jamais agrégée en doctrine, et c’est exactement ce qui la condamne à découvrir ses dépendances le jour où quelqu’un les actionne.
Europe L’essai de Dario Amodei ne mentionne pas l’Europe, et pourtant l’AI Act contient déjà, sur le papier, le premier étage de son plan : évaluations, cybersécurité, signalement des incidents, panel d’experts indépendants, et depuis le 2 août 2026 un Bureau de l’IA qui peut enquêter et sanctionner. La différence tient en un mot : le règlement organise la déclaration sous secret, quand Amodei propose la présence permanente et la publication. Bruxelles sélectionne par un seuil de calcul ce qu’elle n’a jamais observé, et son article 78 fait que le public a appris l’incident OpenAI-Hugging Face par une ONG américaine et le blog d’un concurrent. L’embryon du collège d’évaluateurs existe pourtant déjà, à l’article 68, et il lui manque trois choses qu’un acte d’exécution et un amendement suffiraient à lui donner.
Politique Un majordome de Matignon en garde à vue pour une transaction de cocaïne, un conseiller du Premier ministre ramassé par les pompiers en overdose, un ex-communicant d’Attal qui raconte s’être « fait péter la couscoussière » à Bercy, et un journaliste de France Télévisions qui décrit des livraisons jusqu’aux abords des ministères. En juin 2026, Sébastien Lecornu a fait tester ses ministres, ses cabinets, ses préfets et ses ambassadeurs, puis a refusé d’en publier le moindre chiffre. Le Parlement, lui, qui vote les lois narcotrafic, a jugé « ridicule » l’idée d’être testé à son tour. Ce billet n’affirme rien et ne prouve rien ; il aligne trois ans de faits publics et pose la seule question qu’ils laissent ouverte : depuis quand une institution refuse-t-elle un examen qu’elle est certaine de réussir ?
Intelligence artificielle Le 8 septembre 2026, OpenAI a annoncé qu’un essaim de 10 000 agents avait résolu Navier-Stokes en 88 heures, un chercheur d’Anthropic a démissionné en accusant les laboratoires de jouer nos vies, et l’OCDE a publié le pire PISA de l’histoire française. La veille, sur LCI, une candidate à l’Élysée n’avait rien trouvé à dire sur Pompidou. Un fil traverse ces séquences : tout le monde conjugue au futur, personne ne relit le passé. Les uns parce qu’ils fabriquent l’avenir à coups de tokens, les autres parce qu’ils n’ont plus de passé à leur disposition. La question française n’est pas de savoir si l’IA va nous tuer, mais qui, chez nous, saura encore lire la preuve.
Démocratie Fin août, LCI diffusait le grand débat du Medef : sept chaises, sept candidats à la présidentielle de 2027, et aucun critère de sélection affiché. Derrière ce plateau se cache un tour de scrutin invisible où invitations, sondages, temps de parole et parrainages publics composent la liste restreinte que l’électeur ne fera que ratifier en avril. Les désaccords des sept sont réels, mais intramuraux : personne n’y discute jamais les murs, de l’Union européenne à la peine de mort en passant par le droit du sol ou le régime de 1905. Une démocratie qui ne laisse pas certaines questions arriver jusqu’au bulletin transforme ses choix politiques en dogmes. Le test n’est pas de savoir si ces idées sont bonnes, mais si elles peuvent être battues à la loyale ou seulement écartées en amont.