Culture

Château de Malbrouck : la magie du cinéma là où je ne l’attendais pas

Chemin de ronde du château de Malbrouck avec vue panoramique sur la campagne

Le 31 juillet 2026, en prolongement d’un séjour lorrain, j’ai poussé jusqu’à Manderen-Ritzing pour visiter le château de Malbrouck, forteresse du XVe siècle plantée sur son éperon rocheux au cœur du Pays des Trois Frontières. Je venais pour la pierre, les chemins de ronde et les charpentes de chêne, sans me douter que le château accueillait cette saison une exposition consacrée à Georges Méliès, montée avec la Cinémathèque française. Excellente surprise pour qui s’intéresse depuis longtemps au pionnier du trucage : lanternes magiques, disques de phénakistiscope, caméras à manivelle et plans du studio de verre de Montreuil racontent une image animée d’abord faite de mécanique et de bricolage obstiné. Récit de visite, réflexion sur ce que Méliès nous dit encore de l’illusion à l’ère des images générées, et bonne adresse pour dîner à deux pas du site.

Le chemin des cimes de la Saarschleife : la forêt vue de 42 mètres

Panorama complet de la Saarschleife depuis la tour de 42 mètres, sous un ciel de cumulus

Après le haut-fourneau U4 d’Uckange, une heure de route vers le nord-est suffit pour passer de la friche sidérurgique à la canopée. À Orscholz, le chemin des cimes de la Saarschleife déroule 1 250 mètres de passerelle entre hêtres, chênes et douglas, jusqu’à une tour de bois de 42 mètres qui domine la plus spectaculaire boucle de rivière d’Allemagne. Aucune marche du parking au sommet, une pente maximale de 6 %, et un ouvrage privé entretenu sans que le contribuable local ait rien financé. Récit de visite, note photographique, vestiges de la ligne Siegfried à quelques centaines de mètres, et toutes les infos pratiques pour organiser la vôtre.

Le dernier haut-fourneau : une journée au U4 d’Uckange

Au retour d’un séjour sur la Nordschleife du Nürburgring, j’ai fait halte dans la vallée de la Fensch pour visiter le haut-fourneau U4 d’Uckange, seul survivant des six installations d’une usine à fonte éteinte en décembre 1991 et unique haut-fourneau visitable en France. Douze hectares de friche, une cheminée de 82 mètres, une halle de coulée figée telle qu’elle était le soir de la dernière coulée : le lieu doit sa survie à des anciens ouvriers qui se sont battus dix ans pour obtenir son inscription aux monuments historiques. Entre la benne Staehler, le tableau de production tracé à la craie et les affiches syndicales de 1991, on comprend ce que produisaient réellement 1200 personnes travaillant 24 heures sur 24. Mais un pays qui met ses hauts-fourneaux sous vitrine a déjà répondu à la question de sa souveraineté industrielle, et la visite, aussi passionnante soit-elle, ressemble à un constat de décès très bien éclairé.

French Theory : l’avis de rappel que la France n’a jamais publié

Quand un constructeur découvre un composant défectueux, il publie un avis de rappel. Pour ses produits intellectuels, la France ne l’a jamais fait. Foucault, Derrida et Deleuze ont pourtant fourni les mécanismes que les campus américains ont assemblés en machine de guerre identitaire, sans notice ni garde-fous, sous le regard flatté de leurs auteurs. Quarante ans plus tard, le produit nous revient par containers entiers et le réquisitoire ne suffit plus. Voici l’avis de rappel, et le service après-vente commence ici.

Simplexité : le mot que je croyais inventer existait déjà

Depuis des semaines, je me croyais l’inventeur d’un mot qui manquait à la langue : la « simplexité », cette qualité des choses qui paraissent simples mais cachent dessous une complexité parfaitement domptée. Vérification faite, patatras : le mot existe, signé Alain Berthoz (Collège de France, Académie des sciences), avec son livre, sa traduction anglaise et son colloque. Pire, Berthoz lui-même ne l’a pas inventé. Mais c’est là que l’histoire devient savoureuse : chercher un mot simple et tomber sur une complexité déjà cartographiée, c’est précisément ce que désigne la simplexité. J’ai voulu nommer la chose, et c’est la chose qui m’a nommé.

Rapport Alloncle : Comment Sébastien Lecornu a lu 400 pages en deux heures (ou pas)

Le rapport Alloncle est sorti ce matin à 8h56, Sébastien Lecornu publiait sur X un tweet de réaction. Près de quatre cents pages digérées en deux heures par un Premier ministre : l’exploit est tel qu’il vaut la peine d’en regarder la mécanique. Le tweet n’est pas une réaction, c’est une riposte préfabriquée, calibrée à partir des fuites des dernières semaines pour occuper le terrain médiatique avant que quiconque ait ouvert le PDF. Décorticage phrase par phrase d’un petit chef-d’œuvre de communication politique vidée de toute substance, où l’on retrouve les trois tics du macronisme finissant : la fuite vers la vision, la sous-traitance aux autorités indépendantes, la neutralisation par récupération. Spoiler : on sait déjà comment ça finit.

D’Ormuz à Beyrouth : entre le prix du litre et le prix des larmes

Le détroit d’Ormuz a beau être à six mille kilomètres, il dicte depuis deux mois le prix du carburant à la pompe et promet de peser longtemps encore sur les prix alimentaires et les billets d’avion : la France, qui importe 29 % de son gazole du Proche-Orient, est l’otage consentant d’une dépendance qu’elle refuse depuis cinquante ans de réduire. Macron y a envoyé le Charles de Gaulle, une posture souveraine qui masque mal une politique de survie à court terme. Mais réduire ce conflit à une question de barils serait une façon commode de ne pas regarder ce qu’il y a derrière : Ormuz est le symptôme économique, Beyrouth est le cœur de la guerre, et les 2 454 morts libanais en six semaines ne sont pas une abstraction géopolitique. Manon Debs, Vernis Rouge, artiste franco-libanaise évacuée du Liban en 2006, vient de sortir une chanson parce qu’elle a peur pour les siens et qu’écrire est la seule façon qu’elle connaît de se sentir utile. Deux France face au même conflit : l’une regarde le prix du litre, l’autre attend des nouvelles d’une rue qu’elle connaît par cœur.

Mon chemin de Damas chez les Enfants du Siècle

Il m’a fallu traverser bien des hivers de l’esprit avant de découvrir que les livres ne sont pas des tombeaux de papier, mais des chemins de Damas. De l’éveil sensuel d’Indiana aux gouffres métaphysiques de la Correspondance de Sand, j’ai appris à respirer au rythme d’un XIXe siècle incandescent. Cette initiation, guidée par des professeurs passionnés, m’a conduit des ombres du fantastique jusqu’au seuil monumental de la nef hugolienne. Au pied de cette cathédrale de mots, j’ai fini par discerner les contours d’un monstre sacré dont l’oraison funèbre pour George Sand a scellé mon propre destin. Sur ce sentier pavé de rêves et de fièvres, j’ai enfin fait ma première véritable rencontre : celle de l’homme que j’allais devenir.

Le chanfrein et la lumière : 112 grammes de certitude

Il existe des objets qu’on utilise, et d’autres qu’on contemple. L’iPhone 5S Gris Sidéral était les deux à la fois. Son chanfrein diamanté, son aluminium anodisé, ses 112 grammes de perfection représentent l’apogée d’une lignée née avec l’iPhone 4 et que personne, chez Apple, n’a su ni voulu prolonger. Ceci est une ode au dernier iPhone qu’on pouvait aimer sans raison utilitaire.

Les librairies : le crépuscule d’une illusion

La loi Lang et le prix unique du livre sont présentés comme des remparts de la culture française. En réalité, ce système protège surtout les intermédiaires – éditeurs, distributeurs, libraires – pendant que 75 % des auteurs gagnent moins de 10 000 € par an. Entre subventions publiques et TVA réduite, c’est une illusion coûteuse qui maintient artificiellement un modèle en sursis, au détriment de ceux qui créent vraiment.