Automobile

L’automobile n’a jamais été un simple moyen de transport. C’est un pacte tacite entre l’individu et sa liberté de mouvement, un contrat que l’on croyait gravé dans l’asphalte et que législateurs, constructeurs et bureaucrates renégocient chaque année en notre défaveur : abonnements pour des sièges chauffants déjà payés, interdiction de circuler dans des villes que nos impôts financent, fiscalités qu’on nous avait encouragés à adopter. Cette catégorie est celle d’un conducteur qui refuse de dissocier le plaisir de conduire de la lucidité politique, qui s’intéresse autant à la rigidité torsionnelle d’un châssis qu’aux manœuvres d’un ministère, et qui considère qu’une dépossession progressive mérite au minimum d’être documentée avec précision. Analyses techniques sans concession, coups de gueule argumentés contre la servitude par l’abonnement, et parfois l’éloge d’une mécanique bien née, avec la conviction que l’automobile reste l’un des derniers territoires où l’ingénierie, la liberté individuelle et le plaisir pur cohabitent encore.

Les voitures électriques « sportives » : le couple instantané ne fait pas le caractère

Automobile

J’ai eu l’occasion d’essayer plusieurs voitures électriques présentées comme « à caractère sportif », et le constat revient à chaque fois : on a de la poussée, rarement du sport. Ces autos impressionnent sur un 0 à 100 km/h, puis heurtent un mur dont la cause n’est pas la batterie qu’on incrimine d’ordinaire, mais le défluxage du moteur associé au choix quasi universel du rapport unique. Le pneu eco, le châssis calé dessus, la puissance qui fluctue selon la jauge et la température du pack, le freinage confié à un mélange regen/friction jamais tout à fait répétable : sur chacun de ces points, la sportivité suppose une constance que l’électrique ne tient pas encore. Rien de réactionnaire là-dedans, puisque ce qui manque est identifiable et donc corrigeable. Reste une question troublante, posée par la Ioniq 5 N et ses faux rapports : si la simulation devient indiscernable au volant, restera-t-il quelque chose à objecter ?

Vous conduirez encore dix ans, peut-être quinze. Ensuite ce sera interdit.

Automobile

Dans un futur pas si lointain, conduire une automobile à la main sera interdit comme moyen de transport ordinaire, au même titre qu’on a fini par interdire de fumer dans un avion. Pas par décret d’abord, mais par l’assurance : le jour où les actuaires disposeront de millions de kilomètres prouvant qu’un humain fatigué, distrait ou bourré est plusieurs fois moins fiable qu’un algorithme, la prime du conducteur fera le reste. Le lancement du Cybercab à Austin, les 200 millions de miles sans conducteur de Waymo et le revirement français sur le FSD de Tesla en six semaines montrent que la mécanique est déjà enclenchée. Ce billet défend cette prédiction, en assume les limites et se termine par un aveu : rédiger tout ça m’a surtout donné envie d’aller rouler.

Péages à flux libre : le racket fluide des sociétés d’autoroutes

Société

Sur les portions d’autoroute à « flux libre », il n’y a plus de barrière, mais un compte à rebours de soixante-douze heures que personne ne vous a annoncé. Passé ce délai, la note grimpe à 10 euros, puis 90, puis 375, pour un péage qui en valait six. Les sociétés d’autoroutes peuvent obtenir votre adresse postale, mais elles ne vous écrivent qu’une fois la pénalité acquise. L’article 529-6 du code de procédure pénale leur permet en effet de constater elles-mêmes l’infraction et d’en encaisser le produit. Un modèle économique qui ne prospère que grâce à l’ignorance de l’usager n’est pas un progrès, c’est un piège.

L’industrie automobile européenne ne meurt pas de la Chine, elle meurt de sa protection

Automobile

Le 9 juillet 2026, Volkswagen a annoncé l’impensable : gamme coupée en deux, options réduites de 75 %, quatre usines allemandes menacées et jusqu’à 100 000 postes en sursis. Quelques jours plus tôt, on apprenait que BYD avait tenté par deux fois de prendre le contrôle de Renault, repoussé par un État français jouant les héros pendant que Geely, lui, était déjà dans la maison. Le récit dominant accuse la Chine ; il se trompe de coupable. Cogestion sanctuarisée, calendrier électrique décrété, capital verrouillé par la loi Florange : l’industrie automobile européenne ne meurt pas de la concurrence, elle meurt de cinquante ans de protection qui l’ont dispensée de s’adapter. La destruction créatrice qu’on refuse d’étaler dans le temps ne disparaît pas, elle s’accumule jusqu’à la rupture, et le loup n’a jamais eu besoin d’enfoncer la porte : on lui a vendu les clés.

24 Heures du Mans : le mythe intact, l’accueil en déroute

Automobile

Je n’ai pas renoncé aux 24 Heures du Mans par lassitude : le plateau sportif n’a jamais été aussi relevé, mais l’expérience offerte au spectateur, elle, n’a jamais été aussi mauvaise. Tarifs qui s’envolent, foule compressée à la passerelle Dunlop, accès publics privatisés et déroute logistique qui commence bien avant les tourniquets : on paie de plus en plus cher pour voir de moins en moins bien. Le fond du problème est simple : l’ACO est un club automobile qui maîtrise la piste, mais l’accueil de centaines de milliers de personnes est un métier à part entière, qu’il faudrait confier à des professionnels des grands flux publics. Que la chose soit possible, le Nürburgring le prouve chaque année en accueillant autant de monde qu’au Mans sur vingt-cinq kilomètres où l’on respire enfin. En attendant que la Sarthe traite ses spectateurs avec le même sérieux que ses pilotes, j’ai pris l’habitude de voter avec mes pieds, direction Spa.

Ferrari Luce : l’extinction des feux

Automobile

Ferrari a dévoilé sa première électrique, la Luce, dessinée par Jony Ive et son studio LoveFrom : 1 050 chevaux, 550 000 euros, et une silhouette d’iPhone à roulettes qui n’a plus rien d’italien. L’accueil est brutal : Montezemolo redoute la « destruction d’un mythe », Briatore ironise, et l’action plonge de six à huit pour cent en quelques heures. Derrière l’objet, c’est toute une Europe qui se révèle, capable de réguler son déclin mais plus de construire son futur, prête à sacrifier Scaglietti et Pininfarina sur l’autel d’une transition que personne n’a réclamée. Reste la vraie question : notre civilisation a-t-elle encore quelque chose à proposer, ou faut-il désormais aller chercher à Cupertino ce que Maranello savait inventer ?

Gonfler ses pneus à 2 euros : l’air comprimé, ce racket invisible

Société

Deux euros pour gonfler ses pneus soi-même, c’est de l’air revendu quarante fois son coût de revient, une culbute de près de 4 000 %. Le plus savoureux, c’est que le réseau autoroutier, pourtant champion de la rente, garantit la gratuité de l’air là où la sécurité l’exige, pendant que votre station de quartier vous le facture. On peut bien invoquer la maintenance, le foncier ou des marges minces sur le carburant : entre quelques dizaines de centimes défendables et deux euros encaissés, le gouffre reste béant. Petit calcul, à peine approximatif, du racket le plus discret de la station-service.

La passion mécanique ne meurt pas, elle devient silencieuse

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Un fabricant de téléphones vient de battre Audi et Porsche sur le Nürburgring avec la YU7 GT, et son moteur électrique parle déjà notre langue : couple, rendement, régime, organes internes. La fascination mécanique ne meurt pas, elle déménage, et le nom même du bloc, « V8S EVO », trahit que l’imaginaire thermique reste l’argument le plus puissant qui soit. Mais méfions-nous des formules trop nettes : ce n’est ni un éternel recommencement ni une substitution propre, c’est une mue. La mécanique persiste et se durcit, le geek s’ajoute au mécanicien, et le sensuel se réinvente dans le sifflement d’un rotor à 28 000 tr/min. Reste une question : saura-t-on transmettre l’ancien frisson à ceux qui n’auront jamais connu que le nouveau ?

La Symphonie du Bitume

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Il existe des passions qui n’occupent pas l’esprit : elles le colonisent. La mienne porte un nom, l’automobile, et un parfum, celui de l’essence brûlée mêlée à la gomme chaude. J’ai voulu raconter ce qui se passe vraiment quand un homme, une machine et une route cessent d’être trois choses séparées. Un éloge du moteur thermique, du geste juste et de la communion brève qu’aucun algorithme ne saura jamais déléguer. Et, à la dernière ligne, un aveu que je ne pouvais pas garder pour moi.

Motorsport Passion a 22 ans : anatomie d’un forum qui refuse de végéter

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Motorsport Passion, forum francophone de référence dédié aux BMW M, fête ses 22 ans avec 1,2 million de visites annuelles et 3 500 messages par mois. Mais derrière ces chiffres stables se cache un double étau : une politique européenne qui assèche le vivier de passionnés thermiques, et une mutation électrique dont personne ne sait si elle générera le même besoin d’entraide communautaire. Pendant ce temps, l’IA pille silencieusement le savoir construit thread par thread depuis deux décennies, sans jamais en citer la source. Le forum n’est pas en crise mais il serait naïf de croire que les vingt-deux prochaines années ressembleront aux précédentes.