ÉconomieLe tribunal de commerce d’Orléans a validé la reprise de Duralex par Cédric Meston, adossé à Xavier Niel : 155 emplois préservés sur 243, et une usine qui continue de tourner à La Chapelle-Saint-Mesmin. Le lendemain, la note tombait pour ceux qui avaient voulu sauver le fleuron : 10 523 particuliers perdent l’intégralité de leur mise, soit 7 millions d’euros évaporés avec la liquidation de la SCOP, et se voient proposer en dédommagement une journée à l’usine et des produits Duralex et Tupperware. Deux ans après mon ode aux verres Picardie, cette saga en sept épisodes se referme sans qu’une seule ligne ait eu besoin d’être réécrite. Reste la vraie leçon : quand on finance une entreprise avec de l’émotion plutôt qu’avec un bilan, on est remboursé en émotion.
Intelligence artificielleSept clones des logiciels d’Adobe, écrits par des agents d’IA, ont cumulé 42 000 étoiles sur GitHub en huit jours, et leurs propres rapports les jugent pourtant aptes à un tiers à peine du travail professionnel. Ce n’est pas un échec du code, c’est la preuve qu’un logiciel ne se résume pas à lui. Formats hérités, écosystème, codecs sous brevets, savoir mesuré et maintenance dans la durée : rien de tout cela ne sort d’un prompt. Quand le code devient abondant, la rareté déménage, et elle s’installe exactement là où ces copies ne vont pas.
ÉconomieElon Musk prédit qu’avec l’IA et les robots, l’argent ne comptera plus guère d’ici 2036 et que chacun touchera un revenu élevé universel. Sur l’abondance, il a probablement raison ; sur la fin de l’argent, il se trompe de rareté, car le sol, l’énergie, l’attention et les biens positionnels resteront rares. Surtout, un revenu se verse, se fixe et se suspend : une abondance reçue par virement n’est pas une abondance possédée. La vraie question n’est pas combien les machines produiront, mais combien de gens en seront propriétaires.
GéopolitiqueLe 8 octobre, le général Mandon a annoncé devant les députés que l’Allemagne quittait le MGCS, le char du futur franco-allemand, quatre mois après l’échec du SCAF. Dix ans de sommets et de communiqués pour découvrir que Paris et Berlin ne voulaient pas le même char, pendant que le Leopard 3 avance et que le Leclerc vieillit. Le même jour où la jeunesse de l’AfD redessine des cartes incluant l’Alsace et la Moselle, la France se retrouve seule pour l’avion comme pour le char. C’est un camouflet, mais aussi une chance : à condition de payer, et surtout de le vouloir.
Souveraineté numériqueLe 6 octobre, Mistral a présenté Mistral Large 4, surnommé « le Chonk » : un modèle d’un billion de paramètres, entraîné sur 3 800 GPU dans ses propres datacenters européens. Il ne rattrape ni OpenAI ni Anthropic, et ce n’est pas son rôle. Il rejoint les meilleurs modèles ouverts chinois, se hisse dans le top 5 mondial en cybersécurité (en partie parce que les modèles américains refusent la tâche) et rend enfin sérieuse une question que personne ne pose : combien la France exporte-t-elle déjà en tokens ? Il y a quinze jours, j’écrivais que Mistral avait réduit la souveraineté à un point d’accès européen. Je ne retire rien. Mais il faut compléter.
ÉconomieLe 1er octobre 2026, la France a emprunté à dix ans au taux de 4,92 %, plus cher que l’Italie, pendant que des centaines de milliards d’euros dormaient sur des comptes courants rémunérés à 0,04 %. Je propose un emprunt national réservé aux particuliers : le taux du dix ans moins un point, net d’impôt, bloqué dix ans et plafonné à 50 000 euros. Ce point de décote partage le coin fiscal : l’épargnant touche plus qu’avec une OAT de marché, et l’État paie moins qu’aux fonds étrangers. Les limites sont assumées, de la cannibalisation du Livret A à la fragmentation du marché, mais les intérêts resteraient enfin en France.
Philosophie et existentialismeLe désir se nourrit d’incertitude, le couple promet la sécurité, et nous passons notre vie à verrouiller ce qui devrait respirer. Du pont suspendu de Capilano à Tristan et Iseut, le frisson nous attache bien plus que la constance, jusqu’au point où le vertige devient chute. Une interview d’Amélie Nothomb m’a ouvert une porte que je n’avais jamais songé à pousser : la fidélité tient à la parole donnée, l’exclusivité à une clôture. Aimer quelqu’un qui pourrait partir, et qui reste, c’est peut-être le seul vertige qui ne blesse personne.
SociétéMcDonald’s injecte 8,5 milliards de dollars pour réparer une promesse qu’il a lui-même cassée : le fast-food est devenu plus lent qu’une brasserie, plus cher pour moins dans l’assiette, et trop sale pour qu’on ait envie de s’asseoir. Un dimanche, il n’y avait même plus de viande. Trois mérites tiennent encore, et pas davantage : une filière en partie française, l’absence de viande halal, des horaires que plus personne n’offre. Sans eux, je sucerais des cailloux plutôt que de laisser le moindre centime à cette enseigne.
PolitiqueLe 25 septembre, Emmanuel Macron espérait une visite d’État : Garde républicaine, Légion d’honneur, quelques minutes avec le pape à Notre-Dame. Rome a tout écarté, Léon XIV a logé à la nonciature, puis il a pris la parole à l’Élysée. Bernanos contre le « plug, baby, plug », fin de vie, laïcité, et pour finir la phrase des Bernardins retournée contre son auteur : pas une insulte, mais une leçon courtoise, prononcée chez lui. C’est précisément ce qui la rend redoutable.
Ma viePersonne ne me manque, et ce n’est ni de la froideur ni de l’indifférence : c’est la manière dont je suis relié aux autres. Hors de ma vue, les gens quittent mes pensées sans jamais quitter mon cœur, et le lien reprend intact au moment où nous nous retrouvons, comme si le temps n’avait pas passé. Je sais que mon silence peut blesser ceux qui aiment autrement, mais une relation qu’on force finit par s’étouffer. Éloge d’un attachement qui ne réclame rien.