Ralentir la course à l’intelligence artificielle : le plan ambigu du patron d’Anthropic

Souveraineté numérique

Dario Amodei propose de ralentir la course aux capacités de l’IA : évaluateurs tiers installés dans les laboratoires, coordination des entreprises « des pays démocratiques » sous dérogation antitrust, négociation avec la Chine. Le mot Europe n’apparaît pas une seule fois dans l’essai. Derrière le vocabulaire de la prudence, les trois mesures concrètes, embargo sur les puces, répression de la distillation, sécurité des poids, dessinent un régime où la capacité de pointe devient une denrée contingentée par Washington. Il y a pourtant une idée à prendre intégralement, celle des évaluateurs embarqués, et une question à poser avant de l’applaudir : qui tient la pédale.

Komorebi : un mot est une attention que quelqu’un a décidé de garder

Culture

Le japonais a un mot pour la lumière qui filtre entre les feuilles, l’anglais emprunte terroir faute de mieux, et le français a dû attendre les Francs et les Arabes pour nommer le bleu. Ces mots ne sont pas des curiosités de voyage : chacun est une distinction que des générations ont jugé bon de garder, et le vocabulaire d’une langue est l’archive de ce que ses locuteurs ont pris la peine de remarquer. Car les mots ne servent pas seulement à décrire ce qu’on voit, ils apprennent quoi regarder. C’est ce qui rend si étrange la simplification des textes donnés aux élèves : remplacer un mot rare par un mot vague n’allège pas une phrase, cela retire à un enfant une nuance qu’il ne fera peut-être jamais.

Drogue au sommet : on teste Matignon, pas l’Assemblée

Politique

Un majordome de Matignon en garde à vue pour une transaction de cocaïne, un conseiller du Premier ministre ramassé par les pompiers en overdose, un ex-communicant d’Attal qui raconte s’être « fait péter la couscoussière » à Bercy, et un journaliste de France Télévisions qui décrit des livraisons jusqu’aux abords des ministères. En juin 2026, Sébastien Lecornu a fait tester ses ministres, ses cabinets, ses préfets et ses ambassadeurs, puis a refusé d’en publier le moindre chiffre. Le Parlement, lui, qui vote les lois narcotrafic, a jugé « ridicule » l’idée d’être testé à son tour. Ce billet n’affirme rien et ne prouve rien ; il aligne trois ans de faits publics et pose la seule question qu’ils laissent ouverte : depuis quand une institution refuse-t-elle un examen qu’elle est certaine de réussir ?

Ce qu’OpenAI ne peut plus garantir sur vos brouillons : leçons de l’affaire Navier-Stokes

Souveraineté numérique

Le 8 septembre 2026, OpenAI a répondu par écrit à un mathématicien qui lui demandait si son modèle avait appris sur les brouillons versés pendant un an dans Codex : improbable, mais nous ne pouvons pas l’exclure. Ce n’est pas une preuve que ces brouillons ont servi, c’est le refus d’un fournisseur de dire non. La lecture des conditions d’utilisation explique cette prudence : entraînement, accès et rétention sont trois contrôles distincts, et « session privée » ne veut rien dire tant qu’on ne sait pas le type de compte et la case cochée. Pour tout développeur qui confie à un assistant de code ce qui le distingue et n’est pas encore publié, la question a cessé d’être théorique. L’affaire Navier-Stokes en encadré, et mon avis en fin d’article.

What OpenAI Can No Longer Guarantee About Your Drafts: Lessons From the Navier-Stokes Affair

Digital sovereignty

On September 8, 2026, OpenAI answered in writing when a mathematician asked whether its model had learned from a year’s worth of drafts fed into Codex: unlikely, but we cannot rule it out. That is not proof the drafts were used. It is a vendor declining to say no. Reading the terms of service explains the caution: training, access, and retention are three separate controls, and « private session » means nothing until you know the account type and which box was checked. For any developer who hands a coding assistant the work that sets them apart and hasn’t been published yet, the question has stopped being theoretical. The Navier-Stokes affair is summarized in a box below, with my take at the end.

Navier-Stokes, PISA 2025, Tondelier : la France face au choc de l’IA

Intelligence artificielle

Le 8 septembre 2026, OpenAI a annoncé qu’un essaim de 10 000 agents avait résolu Navier-Stokes en 88 heures, un chercheur d’Anthropic a démissionné en accusant les laboratoires de jouer nos vies, et l’OCDE a publié le pire PISA de l’histoire française. La veille, sur LCI, une candidate à l’Élysée n’avait rien trouvé à dire sur Pompidou. Un fil traverse ces séquences : tout le monde conjugue au futur, personne ne relit le passé. Les uns parce qu’ils fabriquent l’avenir à coups de tokens, les autres parce qu’ils n’ont plus de passé à leur disposition. La question française n’est pas de savoir si l’IA va nous tuer, mais qui, chez nous, saura encore lire la preuve.

Vous conduirez encore dix ans, peut-être quinze. Ensuite ce sera interdit.

Automobile

Dans un futur pas si lointain, conduire une automobile à la main sera interdit comme moyen de transport ordinaire, au même titre qu’on a fini par interdire de fumer dans un avion. Pas par décret d’abord, mais par l’assurance : le jour où les actuaires disposeront de millions de kilomètres prouvant qu’un humain fatigué, distrait ou bourré est plusieurs fois moins fiable qu’un algorithme, la prime du conducteur fera le reste. Le lancement du Cybercab à Austin, les 200 millions de miles sans conducteur de Waymo et le revirement français sur le FSD de Tesla en six semaines montrent que la mécanique est déjà enclenchée. Ce billet défend cette prédiction, en assume les limites et se termine par un aveu : rédiger tout ça m’a surtout donné envie d’aller rouler.

AT 102 : le mouchard était sous la mousse

Surveillance et libertés

J’ai loué un objectif photo, et trente minutes après la livraison, mon téléphone m’a prévenu qu’un AirTag inconnu se déplaçait avec moi. Sous la mousse de calage, un traceur portant un numéro d’inventaire écrit au feutre : AT 102. Protéger un actif confié à des inconnus est parfaitement légitime, mais un traceur qui dort chez moi pendant cinq jours n’enregistre pas les déplacements d’un objectif, il enregistre les miens. Ce que je n’ai découvert que grâce au dispositif anti-pistage d’Apple, à défaut d’une ligne dans les conditions de location. Le dossier ne se joue pas sur le principe du traçage, mais sur le silence qui l’entoure.

Les morts ne parlent pas, l’IA parle à leur place

Intelligence artificielle

Napoléon, Cléopâtre ou Joséphine Baker qui vous racontent leur vie face caméra en trente secondes : ces vidéos générées par IA envahissent Instagram et TikTok, et elles sont plutôt efficaces comme divertissement. Le problème est ailleurs : l’IA ne sait pas l’histoire, elle assemble des motifs probables, d’où les anachronismes que les historiens relèvent à la chaîne. Tant qu’on les regarde comme une fiction, rien de grave ; le risque commence quand le format témoignage se fait passer pour une source, surtout sur les sujets sensibles. Et quand une Joséphine Baker synthétique conclut par une question sur le pays auquel on appartient, ce n’est plus de l’histoire, c’est de la ventriloquie.

Sept chaises, un seul cadre : le casting présidentiel a déjà eu lieu

Démocratie

Fin août, LCI diffusait le grand débat du Medef : sept chaises, sept candidats à la présidentielle de 2027, et aucun critère de sélection affiché. Derrière ce plateau se cache un tour de scrutin invisible où invitations, sondages, temps de parole et parrainages publics composent la liste restreinte que l’électeur ne fera que ratifier en avril. Les désaccords des sept sont réels, mais intramuraux : personne n’y discute jamais les murs, de l’Union européenne à la peine de mort en passant par le droit du sol ou le régime de 1905. Une démocratie qui ne laisse pas certaines questions arriver jusqu’au bulletin transforme ses choix politiques en dogmes. Le test n’est pas de savoir si ces idées sont bonnes, mais si elles peuvent être battues à la loyale ou seulement écartées en amont.