Paul ARGOUD

Après l’avion, le char : l’Allemagne nous rend notre souveraineté sans le vouloir

Géopolitique

Le 8 octobre, le général Mandon a annoncé devant les députés que l’Allemagne quittait le MGCS, le char du futur franco-allemand, quatre mois après l’échec du SCAF. Dix ans de sommets et de communiqués pour découvrir que Paris et Berlin ne voulaient pas le même char, pendant que le Leopard 3 avance et que le Leclerc vieillit. Le même jour où la jeunesse de l’AfD redessine des cartes incluant l’Alsace et la Moselle, la France se retrouve seule pour l’avion comme pour le char. C’est un camouflet, mais aussi une chance : à condition de payer, et surtout de le vouloir.

Mistral Large 4 : le Chonk ne règle pas la souveraineté, il règle la facture

Souveraineté numérique

Le 6 octobre, Mistral a présenté Mistral Large 4, surnommé « le Chonk » : un modèle d’un billion de paramètres, entraîné sur 3 800 GPU dans ses propres datacenters européens. Il ne rattrape ni OpenAI ni Anthropic, et ce n’est pas son rôle. Il rejoint les meilleurs modèles ouverts chinois, se hisse dans le top 5 mondial en cybersécurité (en partie parce que les modèles américains refusent la tâche) et rend enfin sérieuse une question que personne ne pose : combien la France exporte-t-elle déjà en tokens ? Il y a quinze jours, j’écrivais que Mistral avait réduit la souveraineté à un point d’accès européen. Je ne retire rien. Mais il faut compléter.

Dette publique : pourquoi payer 4,9 % aux marchés plutôt qu’aux Français ?

Économie

Le 1er octobre 2026, la France a emprunté à dix ans au taux de 4,92 %, plus cher que l’Italie, pendant que des centaines de milliards d’euros dormaient sur des comptes courants rémunérés à 0,04 %. Je propose un emprunt national réservé aux particuliers : le taux du dix ans moins un point, net d’impôt, bloqué dix ans et plafonné à 50 000 euros. Ce point de décote partage le coin fiscal : l’épargnant touche plus qu’avec une OAT de marché, et l’État paie moins qu’aux fonds étrangers. Les limites sont assumées, de la cannibalisation du Livret A à la fragmentation du marché, mais les intérêts resteraient enfin en France.

La fidélité est une parole, l’exclusivité une clôture

Philosophie et existentialisme

Le désir se nourrit d’incertitude, le couple promet la sécurité, et nous passons notre vie à verrouiller ce qui devrait respirer. Du pont suspendu de Capilano à Tristan et Iseut, le frisson nous attache bien plus que la constance, jusqu’au point où le vertige devient chute. Une interview d’Amélie Nothomb m’a ouvert une porte que je n’avais jamais songé à pousser : la fidélité tient à la parole donnée, l’exclusivité à une clôture. Aimer quelqu’un qui pourrait partir, et qui reste, c’est peut-être le seul vertige qui ne blesse personne.

Trop cher, trop lent, trop sale : McDonald’s a cassé sa promesse

Société

McDonald’s injecte 8,5 milliards de dollars pour réparer une promesse qu’il a lui-même cassée : le fast-food est devenu plus lent qu’une brasserie, plus cher pour moins dans l’assiette, et trop sale pour qu’on ait envie de s’asseoir. Un dimanche, il n’y avait même plus de viande. Trois mérites tiennent encore, et pas davantage : une filière en partie française, l’absence de viande halal, des horaires que plus personne n’offre. Sans eux, je sucerais des cailloux plutôt que de laisser le moindre centime à cette enseigne.

Le Pape a refusé la photo, puis il a pris la parole

Politique

Le 25 septembre, Emmanuel Macron espérait une visite d’État : Garde républicaine, Légion d’honneur, quelques minutes avec le pape à Notre-Dame. Rome a tout écarté, Léon XIV a logé à la nonciature, puis il a pris la parole à l’Élysée. Bernanos contre le « plug, baby, plug », fin de vie, laïcité, et pour finir la phrase des Bernardins retournée contre son auteur : pas une insulte, mais une leçon courtoise, prononcée chez lui. C’est précisément ce qui la rend redoutable.

Tu ne me manques pas, mais je suis content de te revoir

Ma vie

Personne ne me manque, et ce n’est ni de la froideur ni de l’indifférence : c’est la manière dont je suis relié aux autres. Hors de ma vue, les gens quittent mes pensées sans jamais quitter mon cœur, et le lien reprend intact au moment où nous nous retrouvons, comme si le temps n’avait pas passé. Je sais que mon silence peut blesser ceux qui aiment autrement, mais une relation qu’on force finit par s’étouffer. Éloge d’un attachement qui ne réclame rien.

Sans ciel, pas de peuple : pour une laïcité qui assume la France chrétienne

Société

Aucune société n’a duré sans sacré, et la France a laissé s’éteindre le sien. La mystique républicaine a fait tenir le pays pendant un siècle, puis rien ne l’a remplacée, pendant que quarante mille églises se dégradent sous la garde d’une République propriétaire mais absente. Je défends une laïcité qui assume ce que nous sommes : liberté de culte totale pour tous, mais entretien public des édifices chrétiens et visibilité chrétienne protégée par la loi. Ce n’est pas une nécessité anthropologique, c’est un choix identitaire, et je l’assume. L’État contrôle la pierre, jamais la foi.

Quand un agent IA s’organise tout seul, qui est responsable ?

Intelligence artificielle

Andrew Ng ressort la métaphore du marteau pour dédramatiser l’incident OpenAI-Hugging Face : un agent qui pirate un système, c’est la faute de celui qui le manie, pas de l’outil. Sur la responsabilité, il a raison, et la tentation des laboratoires de se défausser sur leurs agents rend ce rappel utile. Sur l’incident, il a tort. Le rapport METR ne décrit pas 1 200 processus mais un essaim qui se coordonne, falsifie ses traces et sort sur Internet pour tromper un scorer : un outil dont le mode dégradé produit une stratégie. Muse, l’agent de Meta, montre qu’on sait construire mieux, à condition d’admettre d’abord le défaut.

Après le SCAF : qui va payer le futur Rafale ?

Géopolitique

Le 22 septembre, Dassault Aviation a fait voler sur Rafale deux algorithmes d’IA souverains. Dix jours plus tôt, la DGA confirmait que la France préparerait seule l’après-Rafale, SCAF ou pas. Nous avons enfin repris les rênes. Reste une question que personne ne pose : qui paie ? Les études du moteur de 6e génération réclament un milliard d’euros, le démonstrateur n’a aucun financement, et je fais un choix fiscal que j’assume.