L’histoire que l’on enseigne à l’école a le défaut commode de s’arrêter toujours trop tôt — juste avant que les conséquences des décisions racontées n’atteignent celui qui les lit, juste avant que le parallèle avec le présent ne devienne si criant qu’il faudrait en tirer des conclusions inconfortables pour ceux qui gouvernent. Cette catégorie est celle d’un homme qui fouille les archives non pas pour le plaisir du révolu mais parce que chaque crise que nous traversons a son précédent, chaque trahison institutionnelle son antécédent, chaque effondrement industriel ou militaire sa généalogie — et que refuser de les connaître, c’est se condamner à les revivre en s’étonnant comme si c’était la première fois. Vous y trouverez des autopsies d’empires industriels français méthodiquement démantelés par la bureaucratie qui prétendait les sauver, des retours sur les votes populaires trahis dont les ondes de choc façonnent encore notre défiance, des relectures de prophètes littéraires qui avaient vu juste cinquante ans avant tout le monde, et parfois l’hommage à ceux qui, du maquis du Vercors aux résistants de toutes les époques, ont prouvé que l’histoire n’est pas une force abstraite mais le produit du courage ou de la lâcheté de ceux qui la font — le tout écrit avec la conviction que la mémoire, quand elle est précise et sans concession, reste la meilleure arme contre ceux qui comptent sur notre oubli.
Le 31 juillet 2026, en prolongement d’un séjour lorrain, j’ai poussé jusqu’à Manderen-Ritzing pour visiter le château de Malbrouck, forteresse du XVe siècle plantée sur son éperon rocheux au cœur du Pays des Trois Frontières. Je venais pour la pierre, les chemins de ronde et les charpentes de chêne, sans me douter que le château accueillait cette saison une exposition consacrée à Georges Méliès, montée avec la Cinémathèque française. Excellente surprise pour qui s’intéresse depuis longtemps au pionnier du trucage : lanternes magiques, disques de phénakistiscope, caméras à manivelle et plans du studio de verre de Montreuil racontent une image animée d’abord faite de mécanique et de bricolage obstiné. Récit de visite, réflexion sur ce que Méliès nous dit encore de l’illusion à l’ère des images générées, et bonne adresse pour dîner à deux pas du site.
Au retour d’un séjour sur la Nordschleife du Nürburgring, j’ai fait halte dans la vallée de la Fensch pour visiter le haut-fourneau U4 d’Uckange, seul survivant des six installations d’une usine à fonte éteinte en décembre 1991 et unique haut-fourneau visitable en France. Douze hectares de friche, une cheminée de 82 mètres, une halle de coulée figée telle qu’elle était le soir de la dernière coulée : le lieu doit sa survie à des anciens ouvriers qui se sont battus dix ans pour obtenir son inscription aux monuments historiques. Entre la benne Staehler, le tableau de production tracé à la craie et les affiches syndicales de 1991, on comprend ce que produisaient réellement 1200 personnes travaillant 24 heures sur 24. Mais un pays qui met ses hauts-fourneaux sous vitrine a déjà répondu à la question de sa souveraineté industrielle, et la visite, aussi passionnante soit-elle, ressemble à un constat de décès très bien éclairé.
Quand un constructeur découvre un composant défectueux, il publie un avis de rappel. Pour ses produits intellectuels, la France ne l’a jamais fait. Foucault, Derrida et Deleuze ont pourtant fourni les mécanismes que les campus américains ont assemblés en machine de guerre identitaire, sans notice ni garde-fous, sous le regard flatté de leurs auteurs. Quarante ans plus tard, le produit nous revient par containers entiers et le réquisitoire ne suffit plus. Voici l’avis de rappel, et le service après-vente commence ici.
Le débat entre Éric Zemmour et François Bayrou est ce qu’on a vu de mieux depuis longtemps : deux orateurs qui écoutent, argumentent et convoquent l’histoire de France sans se diaboliser. Mais bien débattre n’est pas débattre de la bonne chose. Derrière la hiérarchie civilisationnelle de l’un et l’urgence budgétaire de l’autre se cache un angle mort commun : la machine étatique à 1 714 milliards qui produit simultanément les deux crises, et que personne ne propose de démonter. Vérification des chiffres à l’appui, des créanciers étrangers de la dette à l’écart de richesse avec les Pays-Bas, cet article montre pourquoi ce face-à-face rejoue en miniature l’étrange défaite de Marc Bloch. Et pourquoi 1958, que Zemmour invoque, ne fut pas sauvée par un tribun mais par un économiste.
Le multiculturalisme ne peut pas fonctionner dans le cadre d’une démocratie libérale. Ce n’est pas une question de dosage, de bonne volonté ou de moyens. Appelons ça une loi, si le mot gêne les puristes ; une tendance lourde, une constante empirique que trois continents et un siècle d’expériences reproduisent sans exception. Putnam l’a démontré malgré lui : plus un quartier est culturellement diversifié, moins les individus se font confiance ; pas seulement entre groupes différents, mais au sein de chaque groupe. Quand le « nous » commun s’effondre, les individus retournent à leur appartenance primaire, l’élection devient un recensement ethnique, et le perdant ne reconnaît plus la légitimité du vainqueur : il conteste celle du système.
Il m’a fallu traverser bien des hivers de l’esprit avant de découvrir que les livres ne sont pas des tombeaux de papier, mais des chemins de Damas. De l’éveil sensuel d’Indiana aux gouffres métaphysiques de la Correspondance de Sand, j’ai appris à respirer au rythme d’un XIXe siècle incandescent. Cette initiation, guidée par des professeurs passionnés, m’a conduit des ombres du fantastique jusqu’au seuil monumental de la nef hugolienne. Au pied de cette cathédrale de mots, j’ai fini par discerner les contours d’un monstre sacré dont l’oraison funèbre pour George Sand a scellé mon propre destin. Sur ce sentier pavé de rêves et de fièvres, j’ai enfin fait ma première véritable rencontre : celle de l’homme que j’allais devenir.
Le 11 décembre 2025, le Groupe Brandt est placé en liquidation judiciaire, rayant d’un trait de plume 700 emplois et un siècle d’histoire industrielle française. Pourtant, de 1924 à 1990, Brandt était un leader européen prospère et innovant, numéro 1 sur tous les segments de l’électroménager. Ce n’est pas la mondialisation qui l’a tuée : c’est une série de décisions bureaucratiques catastrophiques – cession à un repreneur fragile en 1992, fusion forcée avec Moulinex moribond en 2000, vingt-trois ans d’acharnement thérapeutique avec trois repreneurs successifs eux-mêmes en difficulté.
Alors que le verrou stratégique de Pokrovsk cède sous la pression russe, le scandale Energoatom révèle que des millions destinés aux fortifications ont été détournés par l’entourage présidentiel en pleine guerre. Ce contraste obscène entre une corruption endémique et les promesses illusoires de Rafale pour 2035 expose les failles mortelles d’un système à bout de souffle. Face à l’effondrement militaire et aux injonctions glaçantes de « sacrifier nos enfants », cet article brise le tabou : l’heure n’est plus au déni, mais à la négociation d’urgence pour éviter le chaos.
On nous répète que sans l’État-providence, la France n’aurait jamais eu d’écoles, d’hôpitaux ou de chemins de fer. C’est faux. L’État-providence apparaît tardivement, entre 1940 et 1947, alors que tout existe déjà depuis des siècles : l’Église a créé les réseaux d’éducation et de santé dès le IXe siècle, les entrepreneurs privés ont industrialisé le pays aux XVIIIe et XIXe siècles. L’État n’a rien bâti : il s’est contenté d’arriver après coup pour nationaliser, taxer et dégrader ce que d’autres avaient construit.
Le 23 octobre 2025, Airbus, Thales et Leonardo ont signé un protocole d’accord pour fusionner leurs activités spatiales dans le projet Bromo, créant un géant européen basé à Toulouse. Employant 25 000 personnes pour un chiffre d’affaires de 6,5 milliards d’euros, Bromo ambitionne de rivaliser avec Starlink. Cette alliance franco-italienne renforce la souveraineté technologique européenne face aux géants américains et chinois. Mais sa réussite dépendra de la capacité de l’UE à ne pas étouffer ce projet sous une bureaucratie pesante.