Histoire

L’histoire n’est pas un décor commémoratif, c’est une matière contestée, et la façon dont un pays raconte son passé en dit souvent plus long sur son présent que sur ce qui s’est réellement produit. Cette catégorie tient les deux bouts : d’un côté le terrain, un haut-fourneau lorrain devenu cathédrale, un château qui abrite une exposition Méliès, un maquis du Vercors raconté en bande dessinée, des cartes postales et des plaques de verre qui documentent un pays disparu ; de l’autre l’examen des récits établis, qui a vraiment libéré Auschwitz, ce que l’État-providence a construit et ce qu’il s’est contenté de reprendre, comment un projet de paix devient une architecture de contrainte. Vous y trouverez des visites racontées avec les photos qui vont avec, des lectures qui préfèrent les sources aux commémorations, et une méfiance constante envers l’usage du passé comme argument d’autorité. Écrit avec l’idée que la mémoire locale, celle des villages et des usines fermées, mérite la même exigence documentaire que la grande histoire.

Sans ciel, pas de peuple : pour une laïcité qui assume la France chrétienne

Société

Aucune société n’a duré sans sacré, et la France a laissé s’éteindre le sien. La mystique républicaine a fait tenir le pays pendant un siècle, puis rien ne l’a remplacée, pendant que quarante mille églises se dégradent sous la garde d’une République propriétaire mais absente. Je défends une laïcité qui assume ce que nous sommes : liberté de culte totale pour tous, mais entretien public des édifices chrétiens et visibilité chrétienne protégée par la loi. Ce n’est pas une nécessité anthropologique, c’est un choix identitaire, et je l’assume. L’État contrôle la pierre, jamais la foi.

Bournillon-Choranche : l’extraordinaire voyage de la goutte d’eau turbinée deux fois

Histoire

Au détour des gorges de la Bourne, une même goutte d’eau peut actionner des turbines à deux reprises. En amont, l’usine du Bournillon la turbine sous 314 mètres de chute, au pied de l’un des plus hauts porches de grotte d’Europe ; en aval, le barrage de Choranche la rattrape et l’expédie par une galerie souterraine de 5 756 mètres vers la centrale de Pont-en-Royans, pour un second passage. Des pionniers de 1893 aux grands chantiers d’après-guerre, en passant par un savoureux reportage technique de 1905, cartes postales et archives racontent ici une usine passée de 4 500 chevaux à 26,6 mégawatts. Récit d’une ingénierie discrète, taillée dans le karst du Vercors, avec quelques secrets de chantier encore visibles en falaise.

Les morts ne parlent pas, l’IA parle à leur place

Intelligence artificielle

Napoléon, Cléopâtre ou Joséphine Baker qui vous racontent leur vie face caméra en trente secondes : ces vidéos générées par IA envahissent Instagram et TikTok, et elles sont plutôt efficaces comme divertissement. Le problème est ailleurs : l’IA ne sait pas l’histoire, elle assemble des motifs probables, d’où les anachronismes que les historiens relèvent à la chaîne. Tant qu’on les regarde comme une fiction, rien de grave ; le risque commence quand le format témoignage se fait passer pour une source, surtout sur les sujets sensibles. Et quand une Joséphine Baker synthétique conclut par une question sur le pays auquel on appartient, ce n’est plus de l’histoire, c’est de la ventriloquie.

Château de Malbrouck : la magie du cinéma là où je ne l’attendais pas

Culture Chemin de ronde du château de Malbrouck avec vue panoramique sur la campagne

Le 31 juillet 2026, en prolongement d’un séjour lorrain, j’ai poussé jusqu’à Manderen-Ritzing pour visiter le château de Malbrouck, forteresse du XVe siècle plantée sur son éperon rocheux au cœur du Pays des Trois Frontières. Je venais pour la pierre, les chemins de ronde et les charpentes de chêne, sans me douter que le château accueillait cette saison une exposition consacrée à Georges Méliès, montée avec la Cinémathèque française. Excellente surprise pour qui s’intéresse depuis longtemps au pionnier du trucage : lanternes magiques, disques de phénakistiscope, caméras à manivelle et plans du studio de verre de Montreuil racontent une image animée d’abord faite de mécanique et de bricolage obstiné. Récit de visite, réflexion sur ce que Méliès nous dit encore de l’illusion à l’ère des images générées, et bonne adresse pour dîner à deux pas du site.

Le dernier haut-fourneau : une journée au U4 d’Uckange

Histoire

Au retour d’un séjour sur la Nordschleife du Nürburgring, j’ai fait halte dans la vallée de la Fensch pour visiter le haut-fourneau U4 d’Uckange, seul survivant des six installations d’une usine à fonte éteinte en décembre 1991 et unique haut-fourneau visitable en France. Douze hectares de friche, une cheminée de 82 mètres, une halle de coulée figée telle qu’elle était le soir de la dernière coulée : le lieu doit sa survie à des anciens ouvriers qui se sont battus dix ans pour obtenir son inscription aux monuments historiques. Entre la benne Staehler, le tableau de production tracé à la craie et les affiches syndicales de 1991, on comprend ce que produisaient réellement 1200 personnes travaillant 24 heures sur 24. Mais un pays qui met ses hauts-fourneaux sous vitrine a déjà répondu à la question de sa souveraineté industrielle, et la visite, aussi passionnante soit-elle, ressemble à un constat de décès très bien éclairé.

French Theory : l’avis de rappel que la France n’a jamais publié

Philosophie et existentialisme

Quand un constructeur découvre un composant défectueux, il publie un avis de rappel. Pour ses produits intellectuels, la France ne l’a jamais fait. Foucault, Derrida et Deleuze ont pourtant fourni les mécanismes que les campus américains ont assemblés en machine de guerre identitaire, sans notice ni garde-fous, sous le regard flatté de leurs auteurs. Quarante ans plus tard, le produit nous revient par containers entiers et le réquisitoire ne suffit plus. Voici l’avis de rappel, et le service après-vente commence ici.

Zemmour-Bayrou : deux officiers brillants, une guerre de retard

Politique

Le débat entre Éric Zemmour et François Bayrou est ce qu’on a vu de mieux depuis longtemps : deux orateurs qui écoutent, argumentent et convoquent l’histoire de France sans se diaboliser. Mais bien débattre n’est pas débattre de la bonne chose. Derrière la hiérarchie civilisationnelle de l’un et l’urgence budgétaire de l’autre se cache un angle mort commun : la machine étatique à 1 714 milliards qui produit simultanément les deux crises, et que personne ne propose de démonter. Vérification des chiffres à l’appui, des créanciers étrangers de la dette à l’écart de richesse avec les Pays-Bas, cet article montre pourquoi ce face-à-face rejoue en miniature l’étrange défaite de Marc Bloch. Et pourquoi 1958, que Zemmour invoque, ne fut pas sauvée par un tribun mais par un économiste.

Mon chemin de Damas chez les Enfants du Siècle

Culture

Il m’a fallu traverser bien des hivers de l’esprit avant de découvrir que les livres ne sont pas des tombeaux de papier, mais des chemins de Damas. De l’éveil sensuel d’Indiana aux gouffres métaphysiques de la Correspondance de Sand, j’ai appris à respirer au rythme d’un XIXe siècle incandescent. Cette initiation, guidée par des professeurs passionnés, m’a conduit des ombres du fantastique jusqu’au seuil monumental de la nef hugolienne. Au pied de cette cathédrale de mots, j’ai fini par discerner les contours d’un monstre sacré dont l’oraison funèbre pour George Sand a scellé mon propre destin. Sur ce sentier pavé de rêves et de fièvres, j’ai enfin fait ma première véritable rencontre : celle de l’homme que j’allais devenir.

Brandt : l’histoire d’une mise à mort programmée

Politique

Le 11 décembre 2025, le Groupe Brandt est placé en liquidation judiciaire, rayant d’un trait de plume 700 emplois et un siècle d’histoire industrielle française. Pourtant, de 1924 à 1990, Brandt était un leader européen prospère et innovant, numéro 1 sur tous les segments de l’électroménager. Ce n’est pas la mondialisation qui l’a tuée : c’est une série de décisions bureaucratiques catastrophiques – cession à un repreneur fragile en 1992, fusion forcée avec Moulinex moribond en 2000, vingt-trois ans d’acharnement thérapeutique avec trois repreneurs successifs eux-mêmes en difficulté.