Politique

La politique se juge ici sur pièces plutôt que sur postures : un rapport de quatre cents pages lu en deux heures, des associations subventionnées passées du contre-pouvoir à la fidélité, un cimetière municipal dont la « végétalisation » signifie qu’on ne désherbe plus, une commission d’enquête qui ne dressera jamais la liste des ingérences venues de l’intérieur. Cette catégorie descend jusqu’à l’échelon local, parce que c’est là que les décisions cessent d’être abstraites, et remonte jusqu’aux mécanismes qui produisent notre personnel dirigeant : la sélection par l’entre-soi, les partis devenus machines à carrière, la fabrique du consentement par le choc permanent. Vous y trouverez des portraits sans complaisance, y compris de figures dont l’auteur partage certaines idées, l’examen des sujets que le confort intellectuel préfère laisser aux autres, et une hostilité constante à la substitution du vocabulaire à l’action. Écrit sans carte de parti ni ligne à tenir, avec l’idée qu’un pays se gouverne mal quand la fonction protège mieux que le résultat.

#FastAndFourrière : la Gendarmerie nationale, ses tweets et le contribuable

Société

La Gendarmerie nationale gère un compte X à un million d’abonnés, une doctrine de communication formalisée, des hashtags soignés, et un budget de près de onze milliards d’euros par an financé par le contribuable. Le hashtag #FastAndFourrière, empruntant au cinéma d’action américain, transforme chaque interception routière en contenu marketing, en rupture totale avec la tradition militaire française de retenue. Ce n’est pas la mission qui est en cause, ni sa légalité : c’est la posture, et surtout ce qu’elle révèle par contraste. Car pendant que l’institution tweete avec emojis ses radars et ses fourrières, son rapport 2024 ne consacre plus que quatre pages à l’usage de la force létale, et ses signalements internes ont progressé de 28 % en un an. On ne se félicite pas de faire son devoir.

Autoroutes : 33€ de dividendes sur 100€ de péage. Et maintenant ?

Économie

En 2005, sous des gouvernements de gauche comme de droite, l’État a cédé 90 % du réseau autoroutier français pour 14,8 milliards d’euros — opération mal calibrée dès l’origine : le Sénat, l’IGF et la Cour des comptes documentent une rentabilité actionnaire de 11 à 12 % sur des concessions à risque quasi nul, avec 40 milliards de surprofit projeté d’ici 2036, mécaniquement amplifié par une indexation tarifaire sur l’inflation que les coûts fixes des concessionnaires ne suivent pas. La renationalisation reste piégée par son coût prohibitif et la compétence opérationnelle perdue en vingt ans. Une action collective portée par Maître Lèguevaques devant le Conseil d’État conteste la légalité du mécanisme d’indexation — interdit en droit français, jamais précisément encadré pour les péages — et constitue aujourd’hui le seul levier concret disponible. Les abonnés au télépéage peuvent rejoindre la procédure sur myleo.legal pour 36 euros, avant le 30 juin 2026.

L’angle mort du FMI : pourquoi nous ne sommes pas prêts pour le choc énergétique de 2026

Économie

Le FMI table sur -0,2 % de croissance en 2026. Les données réelles (raffineries détruites, terminaux hors service, pénuries sectorielles) dessinent un scénario à -1,5 % pour les pays développés. Les modèles standards raisonnent en prix, pas en volumes, et ignorent les effets de seuil : une perte de 10 % d’énergie provoque une chute de 15 % dans l’industrie lourde. Entre les prévisions rassurantes et la crise qui vient, personne ne prépare l’opinion et chaque jour perdu est un jour de moins pour organiser la résilience collective.

Duralex : le jour où la réalité a rattrapé le storytelling (et viré le conteur)

Économie

François Marciano, directeur général de Duralex, a été brutalement écarté le 12 avril 2026, cinq mois après que j’ai prédit qu’une nouvelle crise éclaterait « dans six mois maximum ». Malgré 8 millions levés en novembre 2025 via crowdfunding et une cagnotte solidaire en janvier, l’EBE de la SCOP est négatif de plus de 4 millions d’euros. Les salariés-actionnaires qui ont cru sauver leur entreprise découvrent qu’ils risquent une double peine : perdre simultanément leur emploi et leur épargne personnelle investie dans la coopérative. La Lettre Valloire confirme ce que j’annonçais depuis août 2025 : « Gouvernance instable, stratégie contestée, dépendance croissante à des financements externes : la SCOP vacille. » Dans 12 à 18 mois, Duralex sera soit reprise par un industriel, soit en redressement judiciaire.

Audiovisuel public : quand la transparence peut disparaître par décret procédural

Démocratie

Plus qu’un simple enterrement de scandale, la commission sur l’audiovisuel public révèle une pathologie radicale : la disparition légale de ses propres travaux par un simple décret procédural. Derrière l’image du « cirque » médiatique se cache l’ordonnance de 1958, qui transforme des auditions publiques en secrets d’État si le rapport final n’est pas adopté. Ce mécanisme ne se contente pas d’ignorer les conclusions, il rend la diffusion des échanges pénalement répréhensible, prouvant que la transparence n’est ici qu’une concession réversible. C’est le triomphe d’une architecture institutionnelle conçue pour protéger le système par le secret dès que l’examen public devient trop pressant. Le rideau peut ainsi tomber, la salle être plongée dans l’obscurité, et tout cela de manière parfaitement légale : le système fonctionne exactement comme il a été conçu.

Le diplôme ne vote pas — le portefeuille, si

Politique

Le mythe du « vote diplômé » repose sur une manipulation statistique : mettre dans le même sac un ingénieur de Centrale et un chargé de mission associatif ne décrit personne. La vraie variable que personne ne nomme, c’est qui signe votre bulletin de salaire. Voter pour l’État quand l’État vous emploie n’est ni stupide ni cynique — c’est rationnel. Mais ce comportement individuel parfaitement logique produit un déséquilibre structurel : en France, les financeurs de la dépense publique et ses bénéficiaires ne pèsent pas le même poids dans l’isoloir. Le diplôme ne vote pas — le portefeuille, si.

Tu as voté pour le maire. C’est la com-com qui décide.

Démocratie

Deux communes sur trois n’avaient aujourd’hui qu’une liste en lice — et pourtant, c’est une assemblée d’élus que personne n’a directement mandatés qui décide des transports, des déchets, de l’urbanisme, et s’endette pour tout cela. L’intercommunalité mutualise des services que les petites communes ne pourraient pas financer seules : l’argument est légitime. Mais on peut mutualiser sans créer une strate politique opaque, dotée de sa propre fiscalité et d’un exécutif que personne n’a directement élu. Le maire renvoie vers la com-com, la com-com hérite des décisions de la mandature précédente — et le citoyen qui cherche un responsable frappe à des portes qui s’ouvrent sur d’autres portes. Le vrai mille-feuille administratif français n’est pas qu’un défaut d’organisation : c’est un système où le pouvoir est toujours ailleurs et la responsabilité toujours avant.

Le fantôme du fascisme

Politique

Crier « fascisme » en 2026 ne coûte rien, ni une amitié, ni un emploi, ni un centime. Cette dénonciation de confort offre un prestige moral immédiat tout en dispensant d’affronter les menaces réelles : islamisme politique, antisémitisme masqué en lutte anticoloniale, ingérences autoritaires, nationalismes ethniques. Hannah Arendt l’avait prévenu : le totalitarisme ne revient jamais sous les mêmes traits, et on le rate en guettant les uniformes d’hier. Notre obsession antifasciste atomise le débat en clans (allié ou traître) pendant que les corrosions concrètes avancent sans opposition. Il est plus facile de dénoncer un fantôme que de regarder en face ce que nous laissons pourrir.

L’empire Wikipédia et les Barbares

Société

Jimmy Wales, cofondateur de Wikipedia, a admis au India AI Impact Summit que l’encyclopédie perdait 8 % de son trafic humain, qualifiant la situation de « désastre », tout en balayant Grokipedia d’un revers de main. Quatre mois après mon article annonçant l’agonie du modèle collaboratif face à l’IA, le cofondateur confirme chaque point du diagnostic sans en tirer les conclusions qui s’imposent. Car le vrai problème n’est pas Musk : c’est la trahison éditoriale qui a transformé le travail de millions de bénévoles en champ de bataille idéologique. Wikipedia ne meurt pas de Grokipedia, elle meurt de ce qu’elle est devenue.

Epstein n’est pas un bug

Politique

L’affaire Epstein dépasse le fait divers criminel. Derrière le prédateur, un organe de gouvernance informel : diplomatie de l’ombre, chantage comme assurance mutuelle, finance opaque et justice complice. De Tucker Carlson à Xavier Poussard, les grilles de lecture convergent, ce scandale est une clé systémique pour comprendre le pouvoir mondial depuis 1945. Et si Epstein compromettait par la chair, les GAFAM le font désormais par le code.