Après l’avion, le char : l’Allemagne nous rend notre souveraineté sans le vouloir

Dix ans, des sommets, des communiqués, et au final la découverte que Paris et Berlin ne voulaient pas le même char.

Pendant ce temps, le Leclerc vieillit, le Leopard 3 avance, et nos deux pays, qui se juraient une défense européenne, n’auront finalement coopéré que sur les photos.

Dix ans pour constater que l’amitié franco-allemande s’arrête là où commencent les parts de marché.

Que de temps perdu. Et le temps, en matière de guerre, ne se rattrape jamais : il se paie.

Le 8 octobre, devant les députés, le chef d’état-major des Armées a donc annoncé que « les Allemands ont décidé de quitter le projet » de char du futur. Pas un échec complet, a-t-il précisé, seulement une mauvaise nouvelle « au plan industriel ». Le même général Mandon qui demandait il y a un an aux maires d’accepter de perdre nos enfants. On attendait de lui un peu moins de sérénité devant la perte de nos chars.

Le pacte retourné

Rappelons le marché conclu en 2017. À la France, l’avion du futur. À l’Allemagne, le char du futur. Un partage d’équilibre, nous disait-on, chacun pilotant ce qu’il sait faire de mieux.

Berlin a passé huit ans à contester le leadership de Dassault sur le SCAF, au nom précisément de cet équilibre. Puis Berlin quitte le programme dont elle avait elle-même la tête. Ce n’était donc jamais une affaire d’équilibre. C’était une affaire d’accès. L’arrivée de Rheinmetall dans le programme dès 2019 avait d’ailleurs vendu la mèche.

Je l’écrivais en février : Dassault défendait la France mieux que l’Élysée, et le SCAF n’était pas un cas isolé. Il ne l’était pas. Quatre mois après l’échec de l’avion, voici celui du char.

Tout était écrit

Personne ne peut feindre la surprise. Dès février 2025, Berlin notifiait les premiers contrats du Leopard 3. Un mois plus tard, Rheinmetall annonçait son entrée au capital de KNDS en cas d’introduction en Bourse. Un programme de remplacement du Leopard 2 se montait avec l’Italie, l’Espagne et la Suède, sans la France. Et l’EDIP offrait à Rheinmetall une longueur d’avance à Bruxelles.

Le plus savoureux reste français. Au printemps, Paris reconnaissait une dizaine d’années de retard et justifiait un « char intermédiaire » pour remplacer le Leclerc, dont le retrait commencera en 2038. La DGA envisageait même d’acheter 200 chars à l’Allemagne pour patienter. Et en juin, le patron de Rheinmetall révélait que Paris songeait à réduire sa contribution à moins de la moitié du budget prévu.

Acheter allemand pour attendre un char commun dont personne ne voulait plus vraiment. Berlin a simplement eu la franchise de le dire la première.

Le partenaire de 2035

Il y a un fait que les communiqués ne mentionneront pas. Le 3 octobre, jour de l’unité allemande, un membre du conseil exécutif de Generation Deutschland, la jeunesse de l’AfD, publie une carte d’une Allemagne « qui rassemble tout peuple allemand au sein d’un seul État ». Alsace et Moselle comprises. Post supprimé depuis.

Ce n’est pas la doctrine de Berlin, et je ne prétendrai pas le contraire. Mais ce n’est pas un accident non plus. En mai, un militant rêvait tout haut d’une Alsace-Lorraine redevenue allemande. En septembre, un autre déclarait que le Sud-Tyrol n’était pas l’Italie. Et cette semaine, l’AfD a pris la présidence du parlement de Saxe-Anhalt après y avoir obtenu 44 % des voix.

Les jeunes cadres d’aujourd’hui sont les ministres de 2035. 2035, c’est l’horizon exact des chars et des avions que nous prétendions construire ensemble.

On ne bâtit pas l’outil de sa sécurité sur l’hypothèse que l’allié restera l’allié. Les États n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts, et la force prime le droit dès que le droit cesse d’arranger quelqu’un.

Une chance déguisée en gifle

Alors oui, c’est un camouflet. Mais c’est aussi un service rendu.

Berlin vient de nous libérer d’une dépendance que nos dirigeants n’avaient pas le courage de rompre. Nous voilà seuls pour l’avion, seuls pour le char. Seuls, c’est-à-dire souverains, à condition de payer.

Et c’est là que le bât blesse. J’ai déjà demandé qui paiera le futur Rafale. Il faut désormais ajouter le successeur du Leclerc à l’addition. Deux programmes majeurs, un pays endetté jusqu’au cou, et une classe politique qui préfère réguler son déclin plutôt que construire son futur.

Les études du successeur du Leclerc doivent commencer en 2027. Autant dire demain, et sans un euro identifié.

Nous avons KNDS France, Thales, Safran, Dassault, Bourges et Roanne. Nous avons tout, sauf la volonté. Dix ans de photos nous ont coûté cher. Les dix prochains coûteront plus cher encore si nous les passons à attendre un autre partenaire.

L’Allemagne a choisi son char. À nous de choisir le nôtre.


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Dans l'ombre vacillante d'une chandelle, où les murmures du vent se mêlent aux secrets d'un vieux parchemin, je vous invite à tisser une toile de mots. Écrivez quelques éclats d'âme – rêve, étoile, abîme, étreinte, brume – et laissez-les danser sur la page, comme des lucioles dans une nuit d'encre. Que diriez-vous de les entrelacer dans une phrase, un souffle, une histoire ?

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