Économie Le 1er octobre 2026, la France a emprunté à dix ans au taux de 4,92 %, plus cher que l’Italie, pendant que des centaines de milliards d’euros dormaient sur des comptes courants rémunérés à 0,04 %. Je propose un emprunt national réservé aux particuliers : le taux du dix ans moins un point, net d’impôt, bloqué dix ans et plafonné à 50 000 euros. Ce point de décote partage le coin fiscal : l’épargnant touche plus qu’avec une OAT de marché, et l’État paie moins qu’aux fonds étrangers. Les limites sont assumées, de la cannibalisation du Livret A à la fragmentation du marché, mais les intérêts resteraient enfin en France.
Société McDonald’s injecte 8,5 milliards de dollars pour réparer une promesse qu’il a lui-même cassée : le fast-food est devenu plus lent qu’une brasserie, plus cher pour moins dans l’assiette, et trop sale pour qu’on ait envie de s’asseoir. Un dimanche, il n’y avait même plus de viande. Trois mérites tiennent encore, et pas davantage : une filière en partie française, l’absence de viande halal, des horaires que plus personne n’offre. Sans eux, je sucerais des cailloux plutôt que de laisser le moindre centime à cette enseigne.
Géopolitique Le 22 septembre, Dassault Aviation a fait voler sur Rafale deux algorithmes d’IA souverains. Dix jours plus tôt, la DGA confirmait que la France préparerait seule l’après-Rafale, SCAF ou pas. Nous avons enfin repris les rênes. Reste une question que personne ne pose : qui paie ? Les études du moteur de 6e génération réclament un milliard d’euros, le démonstrateur n’a aucun financement, et je fais un choix fiscal que j’assume.
Géopolitique Le 18 septembre, Emmanuel Macron réunit à l’Élysée les candidats à sa succession et martèle que la flambée des prix n’est pas la conséquence de décisions gouvernementales. Le verbatim publié par la présidence lui donne raison sur les faits immédiats : Ormuz a été fermé par la riposte iranienne à des frappes américano-israéliennes, la Russie mène bien une campagne hybride en Europe, et la France n’a choisi aucune de ces guerres. Reste le mot qui revient comme un refrain, subir, et c’est là que le récit se fissure. On subit un séisme, pas quatre ans de bifurcations qui ont remplacé le gaz russe par du GNL américain trois fois plus cher, indexé un parc nucléaire amorti sur le prix de ce gaz, et laissé l’Europe financer l’industrie d’armement de son allié. La France ne manque pas de politique énergétique, elle en a une, tactique, réactive, jamais agrégée en doctrine, et c’est exactement ce qui la condamne à découvrir ses dépendances le jour où quelqu’un les actionne.
Souveraineté numérique Anthropic a déposé son S-1 confidentiel le 1er juin, vise le Nasdaq en octobre autour de 2 000 milliards de dollars, et son patron a publié le 12 septembre un plan pour ralentir la course à l’IA. Michael Burry y a vu du battage pré-introduction ; il se trompe sur la technique, mais son calendrier mérite qu’on le regarde. Passées sur la seule cause documentée, celle du rapport METR, les trois mesures censées nous protéger n’auraient empêché aucune journée de l’incident de juillet : modèle interne, infrastructure maison, cache partagé, tâches insolubles. Elles agissent ailleurs, sur le prix : contrôle des puces, répression de la distillation, plafond de calcul décident qui a le droit d’entraîner, d’apprendre et de franchir le seuil suivant, dans un marché où l’écart entre un modèle propriétaire et la nuée à poids ouverts atteint cinquante pour un. Et sur ce terrain, Bruxelles a déjà écrit la moitié du texte.
Facture électronique Un micro-entrepreneur sur deux ne déclare aucun chiffre d’affaires : la moitié du régime est une France en pointillé, faite d’activités de test, d’appoint ou de transition. À cette moitié dormante, la réforme de la facturation électronique impose de choisir un opérateur privé et d’exister dans l’annuaire, non pour facturer, mais pour être capable de le faire un jour. L’argument de l’abonnement obligatoire est pourtant faux : treize des dix-neuf offres auditées par l0g proposent un socle réellement gratuit. Le vrai péage est ailleurs, dans une barrière d’entrée cognitive et dans la précarité d’un gratuit qui n’a aucune raison de survivre pour des clients qui ne rapportent rien. En supprimant en 2024 le guichet public gratuit promis en 2020, l’État a verrouillé l’obligation d’intermédiaire et taxé le sommeil de ses entrepreneurs.
Économie La BCE promet un euro numérique hors ligne « comme du cash » : sans réseau, anonyme, résilient. Mais ce cash digital ne peut exister qu’à l’intérieur d’une puce inviolable de votre téléphone, dont l’accès est contrôlé par Apple, Samsung et Google, et que l’article 33 du règlement doit contraindre par la loi à s’ouvrir. Portefeuille plafonné, applet mise à jour à distance, anonymat borné par les contrôles AML au chargement et au déchargement : vous n’êtes plus propriétaire de votre argent, vous êtes locataire d’un espace sur une puce. Le billet de banque, lui, n’a jamais demandé la permission de circuler. Cette différence a un nom : la liberté de payer sans demander.
Société Sur les portions d’autoroute à « flux libre », il n’y a plus de barrière, mais un compte à rebours de soixante-douze heures que personne ne vous a annoncé. Passé ce délai, la note grimpe à 10 euros, puis 90, puis 375, pour un péage qui en valait six. Les sociétés d’autoroutes peuvent obtenir votre adresse postale, mais elles ne vous écrivent qu’une fois la pénalité acquise. L’article 529-6 du code de procédure pénale leur permet en effet de constater elles-mêmes l’infraction et d’en encaisser le produit. Un modèle économique qui ne prospère que grâce à l’ignorance de l’usager n’est pas un progrès, c’est un piège.
Souveraineté numérique Fin juin 2026, un pirate muni de deux mots de passe volés se promène dans les données fiscales des Français, et Bercy ne découvre l’ampleur du butin que lorsque ZeroBytes le revendique publiquement, deux mois plus tard. Le plan de remédiation annoncé dans la foulée vaut aveu : pas de double authentification généralisée, pas de quotas de consultation, des systèmes sans capteurs. Pendant ce temps, le même État finalise la facturation électronique obligatoire et DAC8, le plus grand aspirateur à données économiques de son histoire. L’asymétrie est là : l’obligation de tout donner d’un côté, l’incapacité prouvée de protéger de l’autre. Tant que l’État n’aura pas démontré qu’il sait garder ce qu’il détient, il n’a aucune légitimité à exiger davantage.
Économie Le 19 août 2026, le Trésor américain a doublé en urgence le plafond de ses rachats de dette longue, déchirant un calendrier publié deux semaines plus tôt, au lendemain d’un plus haut de dix-neuf ans sur le taux à 30 ans. Le montant est anecdotique ; l’improvisation d’une institution dont toute la doctrine repose sur la prévisibilité ne l’est pas. Car un second emprunteur s’est invité au même guichet : les géants de l’IA, porteurs de 3 000 milliards de dollars d’engagements hors bilan qu’il faudra financer sur les mêmes échéances longues, auprès du même pool fini de fonds de pension et d’assureurs. L’État absorbe la volatilité, les hyperscalers émettent dans un marché stabilisé à ses frais, et le contribuable-emprunteur règle la différence dans son taux immobilier. La souveraineté ne se joue pas seulement dans les puces : elle se joue dans la file d’attente des emprunteurs.