Politique

La politique, telle qu’on la pratique en France depuis qu’un certain monarque républicain a décidé que le peuple était un détail d’ambiance, est un spectacle dont il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter la représentation complète : huit Premiers ministres en huit ans sans que personne ne démissionne de honte, des commissions d’enquête qui enterrent les scandales qu’elles feignent de déterrer, un audiovisuel public dont la gabegie ne choque plus que celui qui prend la peine de compter, des agriculteurs qui bloquent les péages parce que c’est le dernier endroit où l’État consent à les voir, une censure déléguée à Bruxelles que le Conseil constitutionnel avait pourtant refusée quand elle s’appelait encore loi Avia, et un euro numérique conçu pour savoir où va chaque centime de votre poche pendant que des milliards disparaissent sans procès-verbal. Cette catégorie est celle d’un citoyen qui refuse le clivage gauche-droite quand les deux camps partagent la même incompétence et le même mépris, qui lit les textes avant de commenter les postures, qui considère que la souveraineté n’est ni une nostalgie ni un gros mot mais la condition élémentaire pour qu’un vote signifie quelque chose. On y trouvera des autopsies de gouvernements mort-nés, des analyses de la mécanique européenne qui broie les nations au nom de la paix, des décryptages de la censure numérique institutionnalisée, des billets sur la fiscalité comme instrument de soumission, des chroniques sur Starlink, l’e-ID suisse, les ZFE, le Mercosur, Duralex, et tout ce qui révèle qu’en politique française, le problème n’est jamais le problème affiché — avec la conviction qu’un peuple qui ne nomme plus ses maîtres a déjà cessé d’être libre.

Moloks SMVIC : la benne a disparu, la facture est restée

Le camion qui ramassait vos ordures devant votre porte disparaît, remplacé par des moloks vers lesquels vous devez désormais vous déplacer, sac à la main. Saint-Marcellin Vercors Isère Communauté appelle cela une modernisation, mais l’opération est d’abord comptable : l’ADEME reconnaît elle-même que l’apport volontaire coûte 25 % de moins à la collectivité, parce que le carburant, le temps et l’effort passent dans le coffre des administrés, pendant que la taxe ordures ménagères, elle, augmente. Derrière l’alibi écologique se profile la vraie cible, la tarification incitative et le comptage nominatif de vos déchets, tandis que les bornes débordent, que les rats prospèrent et que le sous-dimensionnement perdure depuis plus de dix ans sans la moindre correction. Le fiasco des conteneurs de la place Charles-de-Gaulle, imposés sans concertation puis retirés après sept mois de fronde, illustre une régression qui frappe d’abord les plus fragiles, exclus du service public avant d’être verbalisés. Une analyse à charge d’un service qu’on ne supprime pas, qu’on vous transfère, et dont personne ne pourra fuir la responsabilité.

Euro numérique : Aurore Lalucq a raison, et c’est tout le problème

Le feu vert du Parlement européen à l’euro numérique est présenté comme une victoire historique pour notre souveraineté, mais il s’agit en réalité d’un redoutable outil de contrôle centralisé. Sous couvert de nous libérer de la dépendance américaine à Visa ou Mastercard, ce projet ne se contente pas de réparer des tuyaux de paiement : il crée un liquide monétaire inédit, détenu directement auprès de la BCE et ajustable par décret. Cette infrastructure politique permettra notamment à l’institution de confisquer silencieusement la déflation par la productivité que l’intelligence artificielle nous doit, en inondant le marché pour empêcher les prix de baisser. En confondant volontairement la souveraineté des institutions et celle des individus, l’Europe se dote de l’instrument ultime pour capter notre prospérité à défaut de savoir encore la produire.

Cimetière de Saint-Marcellin : la « végétalisation » signifie qu’on ne désherbe plus

La municipalité de Saint-Marcellin célèbre son cimetière comme un patrimoine à visiter tout en le laissant retourner à la friche le reste de l’année, sous le mot flatteur de « végétalisation ». Derrière ce vernis vert se cache une réalité prosaïque : depuis l’interdiction des herbicides dans les cimetières au 1er juillet 2022, la commune a retiré l’outil chimique sans financer les dizaines de passages manuels que l’entretien exige désormais. Le retournement est cinglant, car la vraie végétalisation est un couvert maîtrisé qui concurrence l’ambroisie, quand la friche observée sur place en est au contraire le terrain de prédilection, au mépris d’une obligation légale de salubrité publique qui pèse sur la mairie. Des riverains constatent même que les services municipaux n’interviennent qu’après une publication dénonçant l’abandon, preuve que c’est la pression citoyenne et non l’entretien régulier qui déclenche l’action. Sur un lieu de deuil, ce mensonge par euphémisme ne devient pas seulement malhonnête, il devient indécent envers les familles qui découvrent les tombes de leurs proches sous les ronces.

Michelin : on ne fuit pas la France, on la déleste

Michelin n’est pas une entreprise qui meurt : elle dégage 1,7 milliard d’euros de bénéfice, annonce 2 milliards de rachat d’actions, et supprime dans le même souffle jusqu’à 1 500 postes en France, dont deux tiers dans le tertiaire. Ce n’est pas une faillite, c’est un arbitrage : employer en France est devenu une ligne de coût qu’un champion en pleine santé optimise froidement. Quand le PDG lui-même désigne un environnement réglementaire pénalisant, ce n’est plus de la conjoncture, c’est un verdict. La dette ne se ressent pas, mais 1 500 emplois à Clermont, si. Le pays ne s’effondre pas d’un coup : il se vide une annonce à la fois, proprement, poliment, volontairement.

Le Grand Prix de France F1 n’est pas mort d’argent, il est mort de nous

On répète que le Grand Prix de France a disparu parce que la Formule 1 est devenue trop chère, mais l’argent n’est que la moitié de l’histoire. Le vrai verrou est politique : dans un pays où la voiture est devenue un totem négatif et où chaque euro public est scruté, plus aucun dirigeant ne peut financer des bolides de luxe sans déclencher une tempête. La France n’est d’ailleurs pas seule, c’est tout le vieux continent que le modèle économique de la F1 chasse au profit du Golfe et des États-Unis, ces clients qui paient cash et décident sans demander l’avis de l’opinion. Reste que l’addition est réelle et le retour sur investissement sérieusement contesté, ce qui rend le scepticisme du contribuable parfaitement défendable. Cette absence n’est donc pas une anomalie à corriger, c’est un révélateur de ce que nous sommes devenus.

Ferrari Luce : l’extinction des feux

Ferrari a dévoilé sa première électrique, la Luce, dessinée par Jony Ive et son studio LoveFrom : 1 050 chevaux, 550 000 euros, et une silhouette d’iPhone à roulettes qui n’a plus rien d’italien. L’accueil est brutal : Montezemolo redoute la « destruction d’un mythe », Briatore ironise, et l’action plonge de six à huit pour cent en quelques heures. Derrière l’objet, c’est toute une Europe qui se révèle, capable de réguler son déclin mais plus de construire son futur, prête à sacrifier Scaglietti et Pininfarina sur l’autel d’une transition que personne n’a réclamée. Reste la vraie question : notre civilisation a-t-elle encore quelque chose à proposer, ou faut-il désormais aller chercher à Cupertino ce que Maranello savait inventer ?

Duralex 2026 : Pourquoi le sauvetage solidaire est en train de tourner au fiasco

En mai 2026, un audit révèle des erreurs de gestion chez Duralex et place le redressement judiciaire à l’horizon, à quinze jours près de la date que j’annonçais six mois plus tôt. Derrière le vocabulaire feutré des « approximations » se cache un rouage limpide : le fils de l’ancien dirigeant propulsé à la direction financière, symptôme d’une gouvernance coopérative qui a fini par reproduire les travers de la pire des PME familiales. Mais la SCOP n’est qu’une variable de surface, car maintenir une verrerie de grande série dans un pays qui se désindustrialise tout en gardant les charges et les coûts d’énergie les plus élevés du monde relevait de la mission quasi impossible. Le plus révoltant reste que l’audit démonte aujourd’hui un miracle que l’État et les médias avaient eux-mêmes mis en scène, à grand renfort d’émotion et de subventions. Chapeau aux salariés, les seuls de cette histoire à n’avoir rien à se reprocher.

L’industrie du commentaire ou comment le JT français s’est suicidé

Le journal télévisé factuel a disparu en France, écrasé sous le poids des experts permanents, des envoyés spéciaux décoratifs et des invités politiques systématiques. Cette éviction ne tient pas à un complot idéologique mais à une simple comptabilité : le commentaire coûte cent fois moins cher que le terrain. Inutile pour autant de pleurer un âge d’or qui n’a jamais existé ; le JT de 1985 ne valait pas mieux, simplement révérencieux envers le pouvoir au lieu d’être bavard pour l’Audimat. Le public, lui, n’est pas innocent dans cette dérive : il décroche dès qu’on creuse, il s’enflamme dès qu’on s’invective. Servitude institutionnelle hier, servitude marchande aujourd’hui, et au milieu, le téléspectateur n’a jamais été l’objectif.

Produits structurés : vous n’investissez pas, vous assurez votre banque contre les krachs

Le 6 février 2026, l’action Stellantis perd 25 % en une séance, et avec elle l’illusion soigneusement entretenue depuis vingt ans : ces épargnants n’avaient pas acheté un placement « protégé », ils avaient vendu à leur banque une assurance catastrophe déguisée en coupon. Certaines valorisations de rachat affichent aujourd’hui -99 % sur des supports estampillés « à barrière de sécurité », et pourtant le marché français des produits structurés a triplé en quatre ans pour atteindre 60 milliards d’euros de collecte en 2025, parce qu’aucun autre produit ne rapporte autant aux banques. La mécanique est limpide une fois reformulée sans le marketing : vous abandonnez les dividendes, vous plafonnez vos gains au coupon, et vous conservez 100 % du risque de perte au-delà d’une barrière dont la robustesse statistique tient du sophisme, alors qu’un titre sur cinq du CAC 40 a connu un drawdown supérieur à -50 % ces vingt dernières années. La Belgique a tranché dès 2011 via un moratoire FSMA qui a fait disparaître les autocall à barrière sur action unique du grand public, sans effondrement du marché de l’épargne ; la France, elle, en est encore à publier des cartographies AMF/ACPR pour appeler à « plus de pédagogie ». À un moment, il faudra cesser de faire semblant.

France à l’arrêt : ni vite, ni à coût raisonnable

Trois jours sans virements bancaires, deux ans pour rénover un pont rural à cinq millions d’euros, onze mois pour réparer trois escalators à Châtelet, deux semaines sans internet à Saint-Marcellin. Ces situations ne sont plus des accidents : elles sont devenues le régime de croisière d’un pays qui a perdu sa capacité à faire vite et à coût raisonnable. À l’origine de cette paralysie, quatre causes structurelles qui se renforcent ; sous-traitance en cascade, mille-feuille administratif, asymétrie de la privatisation, bureaucratie dévorante. Le million d’euros est devenu l’unité minimale à l’échelle communale, le milliard à l’échelle nationale, et le citoyen finit par souscrire un abonnement Starlink pour obtenir ce que l’État, les opérateurs et les collectivités ne savent plus garantir. Une dégringolade méthodique et une porte de sortie, à condition de raccourcir les circuits de décision et de réhabiliter le faire local.