Politique

La politique se juge ici sur pièces plutôt que sur postures : un rapport de quatre cents pages lu en deux heures, des associations subventionnées passées du contre-pouvoir à la fidélité, un cimetière municipal dont la « végétalisation » signifie qu’on ne désherbe plus, une commission d’enquête qui ne dressera jamais la liste des ingérences venues de l’intérieur. Cette catégorie descend jusqu’à l’échelon local, parce que c’est là que les décisions cessent d’être abstraites, et remonte jusqu’aux mécanismes qui produisent notre personnel dirigeant : la sélection par l’entre-soi, les partis devenus machines à carrière, la fabrique du consentement par le choc permanent. Vous y trouverez des portraits sans complaisance, y compris de figures dont l’auteur partage certaines idées, l’examen des sujets que le confort intellectuel préfère laisser aux autres, et une hostilité constante à la substitution du vocabulaire à l’action. Écrit sans carte de parti ni ligne à tenir, avec l’idée qu’un pays se gouverne mal quand la fonction protège mieux que le résultat.

Ce que l’on fume vraiment : le « CBD » des boutiques françaises

Société

Des consommateurs racontent par centaines la même histoire sur les réseaux sociaux : un « CBD » acheté en boutique légale, puis des hallucinations, une tachycardie, parfois les urgences. La raison est documentée par les Douanes : des fleurs de chanvre pulvérisées de cannabinoïdes de synthèse comme l’EDMB-4en-PINACA, cent fois plus puissant que le CBD et indétectable aux dépistages standards. Contrairement à l’intuition complotiste, l’État n’a pas voulu ces boutiques : il a tenté de les interdire et a perdu deux fois devant les juges. Mais depuis, il n’a construit ni contrôle, ni traçabilité, ni obligation d’analyse, parce que ce marché gris arrange toutes les strates de la société. Enquête sur la troisième drogue de France, celle que personne n’assume.

Les influenceurs Potemkine, ou la réussite facturée à l’heure

Société

À Los Angeles, un décor reconstituant l’intérieur d’un jet privé se loue moins de 55 dollars de l’heure, et il est réservé jour et nuit. Autour de lui s’est construite une chaîne d’approvisionnement complète du train de vie : châteaux à la journée, Lamborghini à la demi-heure, croisière-shooting sur la Seine, Rolex remise en main propre dans un hôtel de luxe. Aucune de ces sociétés ne trompe qui que ce soit, elles affichent leurs tarifs en ligne, et c’est précisément ce qui rend l’opération impunissable. Reste à comprendre pourquoi ces profils déclarent toujours les mêmes activités, celles que personne ne peut auditer, et comment ils se garantissent mutuellement une réussite dont aucun n’a le capital. Une enquête sur les influenceurs Potemkine, et sur ce que dit d’un pays le fait que la réussite s’y loue à l’heure.

La fonction n’exige rien : Bruno Le Maire, Thinkerview et l’imposture qui change de costume

Démocratie

Bruno Le Maire est passé chez Thinkerview, et les commentaires ont surtout retenu le tutoiement et la vulgarité : la fonction, paraît-il, exigerait le respect. C’est un énoncé d’Ancien Régime, car dans une république la déférence circule du mandataire vers le souverain, et ce que la charge ajoute n’est pas une immunité au ton mais une obligation de rendre des comptes. Reste que ces critiques tiennent un bon argument qu’ils n’utilisent jamais : ce qui a manqué n’était pas le respect, c’était la relance. Derrière l’entretien se devine d’ailleurs la même liturgie accusatoire que sur les plateaux télé, procureur inversé mais métier identique. Et tant que la reddition de comptes n’existe ni aux urnes, ni au Parlement, ni devant un juge, même les meilleures interviews resteront des ersatz.

Ingérences intérieures : la liste que le Sénat ne dressera jamais

Politique

Le Sénat veut traquer les « ingérences intérieures », un oxymore qui transforme le citoyen critique en étranger de son propre pays. Prenons-les au mot : appliquée honnêtement, leur propre définition ne désigne ni les médias alternatifs ni les comptes anonymes, mais le système circulatoire qui relie l’appareil d’État à McKinsey, Lazard, FTI ou General Electric. De Bruno Le Maire chez Macro Advisory Partners au nexus McKinsey sous instruction judiciaire depuis 2022, la liste est longue, sourcée, et validée à chaque étape par les instances de déontologie. En haut, la porte tournante est une ressource ; en bas, la parole citoyenne est un risque à cartographier avant 2027. L’ingérence intérieure existe bel et bien : elle ne poste pas, elle facture.

Abonnés au silence : comment l’État et la tech ont désarmé nos colères

Politique

Le 1er juillet 2026, Sony enterre le disque physique et encaisse la colère de ses joueurs sans ciller, comme l’Élysée encaisse les manifestations depuis huit ans. Cette indifférence n’est pas un accident : les Français continuent de croire que leurs élus leur doivent des comptes comme des employés à leur patron, alors que le système a méthodiquement désamorcé ce rapport de force, des accords de Matignon à la réforme des retraites en passant par le référendum trahi de 2005. Verrous constitutionnels, doctrine policière durcie, discrédit des contestations, jusqu’au QR code exigé pour commémorer la prise de la Bastille : chaque crise a servi de séance de musculation au pouvoir. Le client roi et le citoyen employeur sont morts de la même mort, celle du pouvoir de faire plier. Reste à reconstruire les leviers, dans les institutions comme dans nos usages numériques.

Rapport Lafon : vers un algorithme d’État pour administrer la vérité numérique

Surveillance et libertés

Le 8 juillet 2026, le Sénat a publié le rapport n° 875 sur la régulation de l’information dans l’espace numérique : cinquante-six recommandations dont la première propose de faire « invisibiliser » des utilisateurs à l’approche des élections. Derrière un diagnostic économique largement exact se déploie une machinerie complète : observatoire de la désinformation, définition juridique de la vérité, délits sans intention, agréments déontologiques et médias promus par des algorithmes paramétrés sur instruction publique. Personne ne sera interdit de parler ; certains seront simplement introuvables, non financés, non reconnus. Après avoir sous-traité sa censure à Bruxelles, la France internalise l’administration politique de la visibilité. Analyse recommandation par recommandation, depuis la position du concerné.

McKinsey et les campagnes Macron : quatre ans d’instruction, et le silence comme seule réponse

Justice

Quatre ans d’instruction, des perquisitions à répétition, et toujours aucun dénouement : l’affaire McKinsey n’est plus seulement un soupçon de financement irrégulier des campagnes Macron, c’est un révélateur du fonctionnement de notre justice. Le rapport sénatorial de 2022 a établi les faits qui dérangent : plus d’un milliard d’euros de conseil pour la seule année 2021, et un cabinet qui n’a versé aucun impôt sur les sociétés en France pendant dix ans. Face à cela, la comparaison des tempos judiciaires est cruelle : enquête ouverte le jour même pour Fillon, exécution provisoire pour Le Pen, huit ans puis clôture discrète pour Mélenchon, suspension perpétuelle pour le parti au pouvoir. Reste une horloge que personne ne regarde : celle de l’article 67, qui fera de Macron un justiciable ordinaire en juin 2027. Vu sous cet angle, la prochaine présidentielle sera aussi une élection sur le sort judiciaire de la précédente.

Associations subventionnées : du chien de garde à l’animal de compagnie

Politique

En France, près de 50 milliards d’euros de financements publics sont versés chaque année au monde associatif. Derrière la gestion légitime des services publics se cache pourtant une dérive démocratique majeure : le financement d’organisations dont la seule activité est de fabriquer de la norme et d’influencer les politiques. Subventionnées par l’État qu’elles prétendent surveiller, ces structures utilisent l’argent du contribuable pour mener des guerres juridiques permanentes, paralysant les projets et remplaçant le vote des électeurs par le contentieux. En perdant leur indépendance financière, ces précieux contre-pouvoirs ont changé de nature. Le chien de garde de notre démocratie s’est ainsi transformé en animal de compagnie de l’administration.

Zemmour-Bayrou : deux officiers brillants, une guerre de retard

Politique

Le débat entre Éric Zemmour et François Bayrou est ce qu’on a vu de mieux depuis longtemps : deux orateurs qui écoutent, argumentent et convoquent l’histoire de France sans se diaboliser. Mais bien débattre n’est pas débattre de la bonne chose. Derrière la hiérarchie civilisationnelle de l’un et l’urgence budgétaire de l’autre se cache un angle mort commun : la machine étatique à 1 714 milliards qui produit simultanément les deux crises, et que personne ne propose de démonter. Vérification des chiffres à l’appui, des créanciers étrangers de la dette à l’écart de richesse avec les Pays-Bas, cet article montre pourquoi ce face-à-face rejoue en miniature l’étrange défaite de Marc Bloch. Et pourquoi 1958, que Zemmour invoque, ne fut pas sauvée par un tribun mais par un économiste.

Moloks SMVIC : la benne a disparu, la facture est restée

Politique

Le camion qui ramassait vos ordures devant votre porte disparaît, remplacé par des moloks vers lesquels vous devez désormais vous déplacer, sac à la main. Saint-Marcellin Vercors Isère Communauté appelle cela une modernisation, mais l’opération est d’abord comptable : l’ADEME reconnaît elle-même que l’apport volontaire coûte 25 % de moins à la collectivité, parce que le carburant, le temps et l’effort passent dans le coffre des administrés, pendant que la taxe ordures ménagères, elle, augmente. Derrière l’alibi écologique se profile la vraie cible, la tarification incitative et le comptage nominatif de vos déchets, tandis que les bornes débordent, que les rats prospèrent et que le sous-dimensionnement perdure depuis plus de dix ans sans la moindre correction. Le fiasco des conteneurs de la place Charles-de-Gaulle, imposés sans concertation puis retirés après sept mois de fronde, illustre une régression qui frappe d’abord les plus fragiles, exclus du service public avant d’être verbalisés. Une analyse à charge d’un service qu’on ne supprime pas, qu’on vous transfère, et dont personne ne pourra fuir la responsabilité.