Politique Le feu vert du Parlement européen à l’euro numérique est présenté comme une victoire historique pour notre souveraineté, mais il s’agit en réalité d’un redoutable outil de contrôle centralisé. Sous couvert de nous libérer de la dépendance américaine à Visa ou Mastercard, ce projet ne se contente pas de réparer des tuyaux de paiement : il crée un liquide monétaire inédit, détenu directement auprès de la BCE et ajustable par décret. Cette infrastructure politique permettra notamment à l’institution de confisquer silencieusement la déflation par la productivité que l’intelligence artificielle nous doit, en inondant le marché pour empêcher les prix de baisser. En confondant volontairement la souveraineté des institutions et celle des individus, l’Europe se dote de l’instrument ultime pour capter notre prospérité à défaut de savoir encore la produire.
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La municipalité de Saint-Marcellin célèbre son cimetière comme un patrimoine à visiter tout en le laissant retourner à la friche le reste de l’année, sous le mot flatteur de « végétalisation ». Derrière ce vernis vert se cache une réalité prosaïque : depuis l’interdiction des herbicides dans les cimetières au 1er juillet 2022, la commune a retiré l’outil chimique sans financer les dizaines de passages manuels que l’entretien exige désormais. Le retournement est cinglant, car la vraie végétalisation est un couvert maîtrisé qui concurrence l’ambroisie, quand la friche observée sur place en est au contraire le terrain de prédilection, au mépris d’une obligation légale de salubrité publique qui pèse sur la mairie. Des riverains constatent même que les services municipaux n’interviennent qu’après une publication dénonçant l’abandon, preuve que c’est la pression citoyenne et non l’entretien régulier qui déclenche l’action. Sur un lieu de deuil, ce mensonge par euphémisme ne devient pas seulement malhonnête, il devient indécent envers les familles qui découvrent les tombes de leurs proches sous les ronces.
Économie Michelin n’est pas une entreprise qui meurt : elle dégage 1,7 milliard d’euros de bénéfice, annonce 2 milliards de rachat d’actions, et supprime dans le même souffle jusqu’à 1 500 postes en France, dont deux tiers dans le tertiaire. Ce n’est pas une faillite, c’est un arbitrage : employer en France est devenu une ligne de coût qu’un champion en pleine santé optimise froidement. Quand le PDG lui-même désigne un environnement réglementaire pénalisant, ce n’est plus de la conjoncture, c’est un verdict. La dette ne se ressent pas, mais 1 500 emplois à Clermont, si. Le pays ne s’effondre pas d’un coup : il se vide une annonce à la fois, proprement, poliment, volontairement.
Société On répète que le Grand Prix de France a disparu parce que la Formule 1 est devenue trop chère, mais l’argent n’est que la moitié de l’histoire. Le vrai verrou est politique : dans un pays où la voiture est devenue un totem négatif et où chaque euro public est scruté, plus aucun dirigeant ne peut financer des bolides de luxe sans déclencher une tempête. La France n’est d’ailleurs pas seule, c’est tout le vieux continent que le modèle économique de la F1 chasse au profit du Golfe et des États-Unis, ces clients qui paient cash et décident sans demander l’avis de l’opinion. Reste que l’addition est réelle et le retour sur investissement sérieusement contesté, ce qui rend le scepticisme du contribuable parfaitement défendable. Cette absence n’est donc pas une anomalie à corriger, c’est un révélateur de ce que nous sommes devenus.
Automobile Ferrari a dévoilé sa première électrique, la Luce, dessinée par Jony Ive et son studio LoveFrom : 1 050 chevaux, 550 000 euros, et une silhouette d’iPhone à roulettes qui n’a plus rien d’italien. L’accueil est brutal : Montezemolo redoute la « destruction d’un mythe », Briatore ironise, et l’action plonge de six à huit pour cent en quelques heures. Derrière l’objet, c’est toute une Europe qui se révèle, capable de réguler son déclin mais plus de construire son futur, prête à sacrifier Scaglietti et Pininfarina sur l’autel d’une transition que personne n’a réclamée. Reste la vraie question : notre civilisation a-t-elle encore quelque chose à proposer, ou faut-il désormais aller chercher à Cupertino ce que Maranello savait inventer ?
Économie En mai 2026, un audit révèle des erreurs de gestion chez Duralex et place le redressement judiciaire à l’horizon, à quinze jours près de la date que j’annonçais six mois plus tôt. Derrière le vocabulaire feutré des « approximations » se cache un rouage limpide : le fils de l’ancien dirigeant propulsé à la direction financière, symptôme d’une gouvernance coopérative qui a fini par reproduire les travers de la pire des PME familiales. Mais la SCOP n’est qu’une variable de surface, car maintenir une verrerie de grande série dans un pays qui se désindustrialise tout en gardant les charges et les coûts d’énergie les plus élevés du monde relevait de la mission quasi impossible. Le plus révoltant reste que l’audit démonte aujourd’hui un miracle que l’État et les médias avaient eux-mêmes mis en scène, à grand renfort d’émotion et de subventions. Chapeau aux salariés, les seuls de cette histoire à n’avoir rien à se reprocher.
Société Le journal télévisé factuel a disparu en France, écrasé sous le poids des experts permanents, des envoyés spéciaux décoratifs et des invités politiques systématiques. Cette éviction ne tient pas à un complot idéologique mais à une simple comptabilité : le commentaire coûte cent fois moins cher que le terrain. Inutile pour autant de pleurer un âge d’or qui n’a jamais existé ; le JT de 1985 ne valait pas mieux, simplement révérencieux envers le pouvoir au lieu d’être bavard pour l’Audimat. Le public, lui, n’est pas innocent dans cette dérive : il décroche dès qu’on creuse, il s’enflamme dès qu’on s’invective. Servitude institutionnelle hier, servitude marchande aujourd’hui, et au milieu, le téléspectateur n’a jamais été l’objectif.
Économie Le 6 février 2026, l’action Stellantis perd 25 % en une séance, et avec elle l’illusion soigneusement entretenue depuis vingt ans : ces épargnants n’avaient pas acheté un placement « protégé », ils avaient vendu à leur banque une assurance catastrophe déguisée en coupon. Certaines valorisations de rachat affichent aujourd’hui -99 % sur des supports estampillés « à barrière de sécurité », et pourtant le marché français des produits structurés a triplé en quatre ans pour atteindre 60 milliards d’euros de collecte en 2025, parce qu’aucun autre produit ne rapporte autant aux banques. La mécanique est limpide une fois reformulée sans le marketing : vous abandonnez les dividendes, vous plafonnez vos gains au coupon, et vous conservez 100 % du risque de perte au-delà d’une barrière dont la robustesse statistique tient du sophisme, alors qu’un titre sur cinq du CAC 40 a connu un drawdown supérieur à -50 % ces vingt dernières années. La Belgique a tranché dès 2011 via un moratoire FSMA qui a fait disparaître les autocall à barrière sur action unique du grand public, sans effondrement du marché de l’épargne ; la France, elle, en est encore à publier des cartographies AMF/ACPR pour appeler à « plus de pédagogie ». À un moment, il faudra cesser de faire semblant.
Économie Le refrain est connu : quand la boîte fait 200 000 € de bénéfice, c’est le travail des ouvriers qui a créé la richesse. Mais quand elle perd 50 000 € parce que le marché s’est retourné, on entend beaucoup moins de monde réclamer la symétrie. Le salarié risque son emploi, ses arriérés, sa retraite. L’actionnaire risque sa mise. Les deux risquent, mais pas la même chose, et c’est précisément ce déséquilibre qu’il faut discuter honnêtement, chiffres en main. Une réponse cohérente existe d’ailleurs : la coopérative, où tout le monde est exposé. Et quand ça casse, comme chez Duralex, ce sont bien les salariés-sociétaires qui perdent leur épargne. Donc, vraie question : vous assumez la symétrie, ou vous voulez juste les avantages du capitalisme sans les inconvénients ?
Politique Le rapport Alloncle est sorti ce matin à 8h56, Sébastien Lecornu publiait sur X un tweet de réaction. Près de quatre cents pages digérées en deux heures par un Premier ministre : l’exploit est tel qu’il vaut la peine d’en regarder la mécanique. Le tweet n’est pas une réaction, c’est une riposte préfabriquée, calibrée à partir des fuites des dernières semaines pour occuper le terrain médiatique avant que quiconque ait ouvert le PDF. Décorticage phrase par phrase d’un petit chef-d’œuvre de communication politique vidée de toute substance, où l’on retrouve les trois tics du macronisme finissant : la fuite vers la vision, la sous-traitance aux autorités indépendantes, la neutralisation par récupération. Spoiler : on sait déjà comment ça finit.