Automobile Le 9 juillet 2026, Volkswagen a annoncé l’impensable : gamme coupée en deux, options réduites de 75 %, quatre usines allemandes menacées et jusqu’à 100 000 postes en sursis. Quelques jours plus tôt, on apprenait que BYD avait tenté par deux fois de prendre le contrôle de Renault, repoussé par un État français jouant les héros pendant que Geely, lui, était déjà dans la maison. Le récit dominant accuse la Chine ; il se trompe de coupable. Cogestion sanctuarisée, calendrier électrique décrété, capital verrouillé par la loi Florange : l’industrie automobile européenne ne meurt pas de la concurrence, elle meurt de cinquante ans de protection qui l’ont dispensée de s’adapter. La destruction créatrice qu’on refuse d’étaler dans le temps ne disparaît pas, elle s’accumule jusqu’à la rupture, et le loup n’a jamais eu besoin d’enfoncer la porte : on lui a vendu les clés.
Politique Le feu vert du Parlement européen à l’euro numérique est présenté comme une victoire historique pour notre souveraineté, mais il s’agit en réalité d’un redoutable outil de contrôle centralisé. Sous couvert de nous libérer de la dépendance américaine à Visa ou Mastercard, ce projet ne se contente pas de réparer des tuyaux de paiement : il crée un liquide monétaire inédit, détenu directement auprès de la BCE et ajustable par décret. Cette infrastructure politique permettra notamment à l’institution de confisquer silencieusement la déflation par la productivité que l’intelligence artificielle nous doit, en inondant le marché pour empêcher les prix de baisser. En confondant volontairement la souveraineté des institutions et celle des individus, l’Europe se dote de l’instrument ultime pour capter notre prospérité à défaut de savoir encore la produire.
Intelligence artificielle Les contrôles à l’export américains devaient étrangler l’IA chinoise ; ils lui ont appris la frugalité, et la frugalité est devenue son arme tarifaire. DeepSeek, Qwen et la nuée des modèles à poids ouverts livrent aujourd’hui un suffisamment bon à une fraction du prix occidental, ce qui suffit à faire basculer l’écrasante majorité des usages. Mais le marché n’a pas basculé là où on le croit : la pointe absolue reste américaine, et le vrai moat, la distribution, voit déjà les hyperscalers revendre la commodité chinoise sur leur propre compute. Pour l’Europe, adopter par défaut l’API de Hangzhou, c’est troquer un suzerain contre un autre, quand la seule sortie réelle, l’auto-hébergement des poids ouverts, n’a rien d’un repas gratuit. Reste à savoir si le continent saura bâtir les conditions, réglementaires et industrielles, qui font de ce réflexe autre chose qu’un geste de minorité éclairée.
Automobile Ferrari a dévoilé sa première électrique, la Luce, dessinée par Jony Ive et son studio LoveFrom : 1 050 chevaux, 550 000 euros, et une silhouette d’iPhone à roulettes qui n’a plus rien d’italien. L’accueil est brutal : Montezemolo redoute la « destruction d’un mythe », Briatore ironise, et l’action plonge de six à huit pour cent en quelques heures. Derrière l’objet, c’est toute une Europe qui se révèle, capable de réguler son déclin mais plus de construire son futur, prête à sacrifier Scaglietti et Pininfarina sur l’autel d’une transition que personne n’a réclamée. Reste la vraie question : notre civilisation a-t-elle encore quelque chose à proposer, ou faut-il désormais aller chercher à Cupertino ce que Maranello savait inventer ?
Souveraineté numérique Une fuite de données toutes les heures en France, 12,2 millions de personnes exposées en 2025, 36,8 millions de dossiers France Travail sur le dark web : ce n’est pas une fatalité, c’est un choix d’architecture. Une famille de techniques cryptographiques, les preuves à divulgation nulle de connaissance, dites zero-knowledge, permet de prouver son âge, sa résidence ou ses revenus sans transmettre la moindre donnée personnelle. Elle existe depuis 1985, elle tourne en production chez Google, Apple et Cloudflare, elle est inscrite dans le règlement eIDAS 2.0. Elle n’arrive pas dans les administrations françaises, et ce n’est pas un problème technique. Quand l’État tire avantage d’un environnement durablement non sécurisé pour justifier France Identité, l’euro numérique programmable et chaque nouvelle couche de centralisation, le déploiement d’une cryptographie qui rendrait tout cela inutile n’est pas un oubli : c’est un choix.
Souveraineté numérique Le 21 avril 2026, le Groupe BPCE annonçait en grande pompe les premières transactions e-commerce Wero en France. Le même jour, Netzpolitik.org révélait qu’EPI avait dû admettre que Wero fait tourner son infrastructure critique sur les serveurs d’Amazon Web Services. En novembre 2025, cette même EPI torpillait l’euro numérique de la BCE au nom de la souveraineté : un projet qui, par construction, aurait reposé sur l’infrastructure nativement souveraine de l’Eurosystème. Construire Wero sur AWS, c’est comme bâtir un ministère de la Défense européen sur un terrain loué à une puissance étrangère : le propriétaire a toujours le double des clés, et peut couper l’eau quand un juge fédéral le lui demande. Sans roadmap publique de migration vers une infrastructure SecNumCloud, le slogan « solution forte et indépendante » reste une belle affiche collée sur un mur américain.
Économie Le FMI table sur -0,2 % de croissance en 2026. Les données réelles (raffineries détruites, terminaux hors service, pénuries sectorielles) dessinent un scénario à -1,5 % pour les pays développés. Les modèles standards raisonnent en prix, pas en volumes, et ignorent les effets de seuil : une perte de 10 % d’énergie provoque une chute de 15 % dans l’industrie lourde. Entre les prévisions rassurantes et la crise qui vient, personne ne prépare l’opinion et chaque jour perdu est un jour de moins pour organiser la résilience collective.
Justice L’Union européenne frappe désormais ses propres citoyens de sanctions économiques sans procès, sans juge, sans loi pénale définissant l’infraction reprochée. Un colonel suisse et un journaliste allemand ont vu leurs comptes gelés pour avoir exprimé des analyses qui déplaisent au Conseil européen ; contraints de demander des dérogations humanitaires pour se nourrir. Ces mesures, étiquetées « administratives » pour contourner les garanties du droit pénal, infligent pourtant des conséquences plus lourdes qu’une condamnation judiciaire : interdiction de travailler, de voyager, de recevoir la moindre aide. Cette dérive s’inscrit dans une escalade méthodique en trois temps : la censure déléguée aux plateformes via le DSA, l’infrastructure de contrôle (identité numérique, euro numérique), et désormais la sanction existentielle par gel des avoirs. En transformant l’opinion politique en motif de mort civile, l’UE bascule du soft power au hard power ; et piétine les principes mêmes de l’État de droit qu’elle prétend défendre.
Géopolitique Alors que la France s’installe dans un record mondial de pessimisme, nos grands projets industriels comme le SCAF ou IRIS² s’embourbent dans la bureaucratie et les compromis européens. Pendant que la Chine et les États-Unis bâtissent le futur sans demander la permission, nous préférons ériger le principe de précaution en religion d’État. Ce blocage n’est pas technique, mais culturel : nous avons sacrifié l’ambition démesurée au profit d’un confort réglementaire qui fabrique du nihilisme. Il est urgent de retrouver le droit de rêver grand et de privilégier enfin les bâtisseurs sur les analystes. Car le sens ne naît pas de la prudence, mais d’une audace assumée.
Souveraineté numérique Mistral vient d’annoncer 830 millions de dollars de financement par dette — une première dans l’histoire de la société — pour construire son propre datacenter à Bruyères-le-Châtel, au sud de Paris. Le chiffre d’affaires annuel récurrent de l’entreprise est passé de 20 à 400 millions de dollars en douze mois, avec un objectif d’un milliard d’ici fin 2026. Le montage mérite pourtant qu’on y regarde de près : les 13 800 puces sont signées Nvidia — Santa Clara, Californie —, la dette est en partie portée par HSBC et MUFG, et le capital du grand campus prévu pour 2028 vient d’Abu Dhabi. La souveraineté numérique que certains voient dans cette annonce se construit donc avec des puces américaines, des banques britanniques et japonaises, et un fonds émirati. Mistral progresse dans la bonne direction — mais progresser dans la bonne direction et avoir atteint la souveraineté, ce n’est pas la même chose.