Personne ne me manque, et ce n’est ni de la froideur ni de l’indifférence : c’est la manière dont je suis relié aux autres. Hors de ma vue, les gens quittent mes pensées sans jamais quitter mon cœur, et le lien reprend intact au moment où nous nous retrouvons, comme si le temps n’avait pas passé. Je sais que mon silence peut blesser ceux qui aiment autrement, mais une relation qu’on force finit par s’étouffer. Éloge d’un attachement qui ne réclame rien.
Le 31 juillet 2026, en prolongement d’un séjour lorrain, j’ai poussé jusqu’à Manderen-Ritzing pour visiter le château de Malbrouck, forteresse du XVe siècle plantée sur son éperon rocheux au cœur du Pays des Trois Frontières. Je venais pour la pierre, les chemins de ronde et les charpentes de chêne, sans me douter que le château accueillait cette saison une exposition consacrée à Georges Méliès, montée avec la Cinémathèque française. Excellente surprise pour qui s’intéresse depuis longtemps au pionnier du trucage : lanternes magiques, disques de phénakistiscope, caméras à manivelle et plans du studio de verre de Montreuil racontent une image animée d’abord faite de mécanique et de bricolage obstiné. Récit de visite, réflexion sur ce que Méliès nous dit encore de l’illusion à l’ère des images générées, et bonne adresse pour dîner à deux pas du site.
Après le haut-fourneau U4 d’Uckange, une heure de route vers le nord-est suffit pour passer de la friche sidérurgique à la canopée. À Orscholz, le chemin des cimes de la Saarschleife déroule 1 250 mètres de passerelle entre hêtres, chênes et douglas, jusqu’à une tour de bois de 42 mètres qui domine la plus spectaculaire boucle de rivière d’Allemagne. Aucune marche du parking au sommet, une pente maximale de 6 %, et un ouvrage privé entretenu sans que le contribuable local ait rien financé. Récit de visite, note photographique, vestiges de la ligne Siegfried à quelques centaines de mètres, et toutes les infos pratiques pour organiser la vôtre.
Le même jour, la France s’est battue pour des ventilateurs chez Lidl et m’a confié une chaussure à la fois dans un magasin du coin. En amont, une pénurie transformée en émeute, portes arrachées et gaz lacrymogène pour deux climatiseurs ; en aval, des cartons amputés de leur moitié, la seconde chaussure étant séquestrée à l’accueil par présomption de vol. Deux scènes anodines, deux symptômes du même mal : l’effondrement silencieux de la confiance, ce capital invisible dont la disparition se paie en portiques, en vigiles et en petites humiliations réciproques. Chacun agit rationnellement, et le résultat collectif est absurde. Une civilisation ne s’effondre pas dans un fracas de colonnes : elle s’effrite un jeudi matin devant un supermarché, une chaussure à la fois.
Il existe des passions qui n’occupent pas l’esprit : elles le colonisent. La mienne porte un nom, l’automobile, et un parfum, celui de l’essence brûlée mêlée à la gomme chaude. J’ai voulu raconter ce qui se passe vraiment quand un homme, une machine et une route cessent d’être trois choses séparées. Un éloge du moteur thermique, du geste juste et de la communion brève qu’aucun algorithme ne saura jamais déléguer. Et, à la dernière ligne, un aveu que je ne pouvais pas garder pour moi.
En tant que propriétaire-bailleur, j’ai récupéré un studio meublé d’une trentaine de mètres carrés dans un état que les photos illustrent mieux que les mots. Sol recouvert de déchets alimentaires, meubles détruits, bidons de combustible entassés dans le garage : le logement relevait davantage du constat de sinistre que de l’état des lieux. Ces faits remontent à une dizaine d’années, mais cette réalité reste d’une banalité affligeante pour quiconque loue en meublé. Premier volet d’une série de témoignages photographiques sur ce que le débat public préfère ignorer.
Les agriculteurs du Sud-Grésivaudan ont installé leur campement au péage de Saint-Marcellin ce week-end, trois semaines après leur mobilisation de décembre. Le traité de libre-échange UE-Mercosur a été entériné vendredi malgré le vote symbolique contre de la France, provoquant le dépôt de deux motions de censure contre le gouvernement Lecornu. Mais au-delà du Mercosur, c’est le marché unique européen qui tue l’agriculture française : concurrence déloyale avec la Pologne et l’Allemagne, surtransposition des normes, coûts de main-d’œuvre déséquilibrés. Un tabou que personne n’ose encore briser ouvertement.
J’ai déposé une main courante à la gendarmerie après avoir rédigé un document structuré, précis, avec pièces justificatives. Résultat : 6 lignes truffées de fautes d’orthographe (confusions a/à, mon nom mal orthographié), omissions scandaleuses (harcèlement minimisé, impact sanitaire disparu), et pièces justificatives volatilisées. Ce témoignage édifiant illustre l’état de délabrement du service public français : incompétence, impunité administrative, et mépris du citoyen qui fait l’effort de documenter sa situation.
Alors que 2025 s’achève dans un monde qui vacille sous ses contradictions, je vous adresse mes vœux les plus sincères. Cette année nous aura rappelé brutalement que les grands discours ne valent rien sans les actes, et que ce sont les gens ordinaires (paysans, artisans, soignants) qui maintiennent debout ce pays dans l’ombre et sans fanfare. Au-delà du spectacle consumériste, Noël demeure ce moment où l’essentiel reprend ses droits : la famille, l’amitié, ces fondations qu’aucune idéologie passagère ne pourra jamais remplacer. Je vous souhaite un Noël empli de chaleur humaine et de moments vrais, avec le courage de rester fidèles à vos convictions en 2026, car l’espoir n’est pas une naïveté, mais une forme de résistance.
Les bals de village, ces rites nocturnes de l’adolescence, se sont évaporés dans le néant culturel contemporain, laissant place à des rencontres numériques fluidifiées et dépourvues de friction. Dans ces salles polyvalentes transformées en théâtres des passions, on osait franchir la piste pour un simple « Tu danses ? », apprenant par la maladresse le respect des frontières, la patience du désir et la valeur précieuse d’un consentement. Aujourd’hui, face à l’efficacité technique qui aplanit tout, ces soirées imparfaites mais structurantes nous manquent comme un espace essentiel où l’on devenait, lentement et humainement, vulnérable et attentif à l’autre.