État des lieux : bienvenue dans la réalité du bailleur
On m’explique régulièrement que les propriétaires sont des rentiers, des privilégiés qui encaissent des loyers en dormant. Qu’ils exploitent la misère du logement. Qu’ils sont, en somme, les méchants de l’histoire
Aujourd’hui, je ne vais pas argumenter. Je vais simplement publier des photos. Cet article fait suite à mes réflexions sur l’impossibilité croissante de rentabiliser une location meublée et sur les dysfonctionnements administratifs auxquels les propriétaires sont confrontés. Ensemble, ces billets dessinent le portrait d’une activité devenue absurde : on nous demande d’investir toujours plus dans des logements que le système refuse de protéger.
Le contexte
Il y a une quelques temps, j’ai récupéré un studio meublé d’environ trente mètres carrés après le départ d’un locataire. Un studio que j’avais confié en bon état, équipé, fonctionnel. Un logement décent, comme on dit dans le jargon administratif, celui-là même qui m’impose des normes toujours plus coûteuses sans jamais s’interroger sur ce que les occupants font subir aux lieux.
Ce que j’ai trouvé en poussant la porte relève moins de l’état des lieux que du constat de sinistre.
Les photos parlent d’elles-mêmes
Je vous laisse juger. Pas de commentaire superflu : les images suffisent.










Ce que les photos ne montrent pas
Elles ne montrent pas les heures de nettoyage. Ni le coût de la remise en état. Ni le remplacement du revêtement de sol, de la literie, des meubles détruits, de la peinture intégrale, de la plomberie encrassée, des équipements cassés ou disparus.
Elles ne montrent pas non plus l’absence totale de recours efficace. Parce qu’un locataire qui détruit un logement, dans le droit français, c’est un peu comme un automobiliste qui grille un feu rouge dans une zone sans radar : théoriquement répréhensible, pratiquement impuni. Le dépôt de garantie (quand il a été versé) couvre à peine le remplacement d’une poignée de porte. Pour le reste, il faudrait engager une procédure judiciaire longue, coûteuse, et dont l’issue dépend de la solvabilité du débiteur. Autant dire : rien.
La suite
Le logement a bien évidemment été entièrement refait à neuf après cet épisode. Nouveau sol, nouvelle peinture, nouveau mobilier, nouvelle salle de bain. Des milliers d’euros engloutis pour retrouver un état… décent. Celui-là même qu’on exige de moi par la loi, mais que personne n’exige du locataire.
Ne vous y trompez pas : cette situation n’a rien d’exceptionnel. Tout bailleur expérimenté a au moins une histoire semblable, souvent plusieurs. Mais dans le débat public, on ne connaît que les « marchands de sommeil » et les « propriétaires véreux ». Les locataires qui transforment un logement en décharge, eux, n’existent pas.