L’État-providence n’a rien construit : il s’est contenté de piller
On nous sert cette fable à longueur d’antenne, dans les débats télévisés et jusque dans les manuels scolaires : sans l’impôt confiscatoire et sans notre sacro-saint État-providence, la France serait restée un pays arriéré. Pas d’électricité dans les foyers, pas de trains pour relier les villes, pas d’écoles pour instruire nos enfants, pas d’hôpitaux pour soigner les malades. Bref, nous vivrions encore dans des chaumières éclairées à la chandelle, condamnés à l’ignorance et à la maladie. Cette rengaine sentimentale constitue l’armature idéologique de tous les défenseurs du « modèle social français ». Elle justifie chaque nouvelle taxe, chaque nouveau prélèvement, chaque extension supplémentaire du périmètre étatique.
Le problème ? C’est un mensonge monumental. Un conte pour enfants destiné à justifier l’injustifiable.
L’imposture historique
L’État-providence français n’a absolument rien construit. Il n’est pas le bâtisseur visionnaire qu’on nous dépeint, mais un usurpateur qui s’est présenté une fois la maison achevée pour en réclamer les clés. Les faits historiques sont têtus et démolissent méthodiquement cette mythologie officielle.
L’État-providence, tel que nous le connaissons, apparaît tardivement dans notre histoire : d’abord sous le régime de Vichy entre 1940 et 1942, puis il est formalisé et amplifié par le gouvernement à participation communiste de 1946-1947. Or, à ce moment précis de notre histoire, tout existe déjà. Absolument tout. L’infrastructure matérielle et institutionnelle de la France moderne est en place depuis longtemps, construite pierre après pierre par d’autres acteurs, selon d’autres logiques.
Les réseaux d’éducation et de santé qui maillent le territoire ? Ils ne sortent pas du néant en 1946. Leur histoire remonte au IXe siècle, et c’est l’Église catholique qui en est à l’origine. Pendant plus d’un millénaire, ce sont les ordres religieux qui ont assuré l’instruction des enfants, soigné les malades dans les hôpitaux, accompagné les mourants. L’école et l’hôpital ne sont pas des inventions bureaucratiques du XXe siècle, mais des héritages millénaires que l’État s’est contenté d’annexer.
Les vrais bâtisseurs : les entrepreneurs
Quant à l’industrialisation de la France, elle ne doit strictement rien à la puissance publique. Ce sont des entrepreneurs privés, animés par l’esprit d’initiative et le goût du risque, qui ont transformé un pays agraire en puissance industrielle aux XVIIIe et XIXe siècles. Solages développe l’exploitation du charbon. Peugeot révolutionne l’automobile française. Michelin invente le pneumatique moderne. Wendel fait de la France une nation sidérurgique. Mulliez pose les bases de la grande distribution.
Le chemin de fer français ? Lancé en 1827 par des capitaux privés et des initiatives entrepreneuriales. La SNCF, elle, n’apparaît qu’en 1937, soit plus d’un siècle plus tard, pour nationaliser un réseau déjà construit, déjà opérationnel. L’État n’a pas posé un seul rail : il s’est contenté de confisquer le travail accompli par d’autres.
L’électrification du territoire national ? Elle est achevée par le secteur privé avant même que quelqu’un n’ait l’idée de créer EDF en 1946. Des dizaines de compagnies électriques privées ont équipé villes et campagnes, investi des fortunes considérables, pris tous les risques techniques et financiers. Et quand tout fonctionne enfin, l’État débarque pour tout nationaliser.
Les Charbonnages de France ? Créés en 1946 pour « gérer » des mines qui avaient été creusées, exploitées et développées deux siècles auparavant par des investisseurs privés.
Le même scénario, inlassablement répété
Le schéma est toujours identique, obsessionnellement le même : l’État n’est jamais le moteur du progrès, il en est le fossoyeur. Il n’innove pas, il confisque. Il n’investit pas, il nationalise. Il n’améliore pas, il bureaucratise. Il arrive systématiquement après la bataille, une fois que le travail difficile a été accompli par des hommes et des femmes qui ont risqué leur capital, leur réputation, parfois leur vie. Et il arrive pour voler le mérite des autres, s’attribuer leur succès, imposer sa pesanteur administrative et, presque invariablement, dégrader ce qui a été construit.
Car l’État ne se contente pas d’usurper : il détruit méthodiquement ce qu’il touche. La mécanique est implacable et se vérifie dans tous les secteurs qu’il investit.
L’éducation : l’illustration parfaite de l’échec
Prenons l’éducation nationale, ce monument bureaucratique dont on nous vante les vertus républicaines. Les chiffres racontent une tout autre histoire, celle d’un naufrage financier doublé d’une catastrophe pédagogique.
En 2017, le système éducatif français coûtait 154,6 milliards d’euros aux contribuables. Aujourd’hui, nous approchons les 197 milliards. Une augmentation vertigineuse en quelques années seulement. Le coût par élève a littéralement explosé : plus de huit mille euros annuels pour un écolier, onze mille euros pour un collégien, douze mille euros pour un lycéen. La dépense intérieure d’éducation a bondi de 108 % depuis 1980.
Et pour quel résultat ? Un effondrement continu et documenté du niveau scolaire. Les enquêtes PISA, réalisées tous les trois ans auprès des élèves de quinze ans dans les pays développés, nous renvoient l’image d’un système en décomposition. Nos élèves décrochent en mathématiques, en sciences, en compréhension de l’écrit. La France dégringole dans tous les classements internationaux alors même que ses dépenses explosent.
Comment expliquer ce paradoxe scandaleux ? Comment peut-on dépenser toujours plus pour obtenir toujours moins ?
La logique mortifère du secteur subventionné
La réponse se trouve dans la structure même du système. L’éducation nationale fonctionne selon une logique de secteur subventionné où l’emploi est garanti à vie, indépendamment de toute performance. Dans un tel environnement, protégé de la sanction du réel et du jugement des usagers, les passagers clandestins se multiplient naturellement. Une part significative des agents cesse progressivement de produire après quelques années de service, protégée par un statut qui rend impossible toute séparation, toute sanction, tout ajustement.
Aucune entreprise privée ne survivrait une seule année avec un tel niveau d’inefficience. Mais l’État, lui, n’a aucune contrainte budgétaire réelle : il lui suffit d’augmenter les impôts, de creuser le déficit, d’emprunter sur les générations futures. La productivité s’effondre ? Qu’importe. Les coûts montent ? On augmentera les prélèvements. La qualité chute ? On accusera le « manque de moyens » et on réclamera encore plus d’argent.
Cette logique rappelle celle qui ronge nos entreprises zombies comme Duralex, perpétuellement maintenues sous perfusion publique au nom de la « justice sociale ».
La vérité que personne ne veut entendre
La vérité crue, celle qui dérange et qu’on préfère taire, c’est que tout ce que l’État touche, il le renchérit et le dégrade. Systématiquement. Sans exception. Et il le fait toujours après coup, une fois que les individus, les entrepreneurs, les associations, les communautés ont déjà accompli le travail difficile.
L’État n’est pas un créateur mais un prédateur. Il ne construit pas, il parasite. Il n’innove pas, il confisque. Il n’améliore pas, il bureaucratise jusqu’à l’asphyxie. Et pendant ce temps, on continue de nous raconter que sans lui, nous serions perdus. Que sans ses 197 milliards dépensés dans l’éducation, nos enfants seraient illettrés. Que sans ses nationalisations, nous n’aurions jamais eu de trains ni d’électricité.
Mensonge sur mensonge. L’histoire témoigne contre cette propagande d’État. Les faits sont là, têtus, irréfutables. La dette publique explose, les prélèvements obligatoires atteignent des sommets, et pourtant les services se dégradent inexorablement. Il est temps de regarder la réalité en face et de cesser de vénérer une idole qui nous ruine et nous appauvrit.