Les Vallier, Vallier-Colombier et Reynaud-Vallier
Le nom de Vallier est répandu en Dauphiné, et singulièrement à Saint-Marcellin. La famille qui se distingua aux XVIIIe et XIXe siècles dans l’administration de la ville, sous les noms de Vallier-Colombier et de Reynaud-Vallier, descend de Pierre-Anthoine Vallier (vers 1580-1640), apothicaire en ville sous Louis XIII. Famille nouvelle au regard des Brenier ou des Robin, et sans grande fortune, elle traverse la Révolution sans excès et compte, de la Restauration au Second Empire, parmi les chefs du parti libéral puis du juste milieu. Elle donne à la ville trois maîtres des eaux et forêts, un premier consul, trois maires, un assesseur et un vibailli au bailliage, un président du tribunal, un sous-préfet, un délégué à l’assemblée provinciale de 1787 et un député à l’Assemblée législative. Ses armes : « de sable à un arbre d’argent, sur lequel est une colombe penchée, et accostée de deux autres colombes affrontées d’argent ; au chef d’azur chargé de trois étoiles d’or ».
Des marchands aux magistrats
Les premiers Vallier sont des marchands : Michel Vallier, dit Barillon, mort en 1648, puis son homonyme né en 1628. La famille s’allie ensuite à la bourgeoisie : dès 1632, Catherine épouse Pierre Lambert, dit Pignerol, souche de marchands et de juristes ; en 1689, une autre Catherine épouse le chirurgien Claude Giroud, consul de la ville en 1709. Son frère Pierre Vallier (1661-1728), marchand drapier, épouse en 1689 Benoîte de Boissieu-Perrin, puis en 1694 Catherine Gillet. De ces deux mariages naissent deux demi-frères, Michel en 1691 et Pierre en 1698, qui fondent les deux branches.
Les Vallier-Colombier et la Fusilière
Pierre Vallier, dit Colombier (1698-1754), avocat au parlement, juge de judicature, maître des eaux et forêts de 1751 à 1754, est chargé en 1731 de présenter au Parlement la requête de la ville pour garder ses justices. Il épouse en 1725 Madelaine Groussin, fille du seigneur de la Fusilière. Leur fils Pierre-Hugues, né en 1731, avocat, maître des eaux et forêts en 1754 et premier consul, épouse Marie-Anne Buisson. Le fils de ces derniers, Alexandre-Augustin, né le 5 mai 1759, maître des eaux et forêts, lieutenant de juge à Serres, bibliophile réputé, propriétaire de la Fusilière, siège à l’assemblée provinciale de 1787 et aux états de 1788 ; il meurt en 1822. Sous la Révolution, un Vallier-Colombier, lui ou son père, est procureur-syndic du district en 1790, puis maire de 1791 à 1794.
Le fils d’Alexandre-Augustin, Augustin-Alexis Vallier-Colombier (1793-1862), avocat et bâtonnier, conseiller général, est maire de 1822 à 1830, sous-préfet de 1830 à 1844, président du tribunal de 1844 à 1856, puis conseiller à la cour de Grenoble ; c’est lui que rappelle le cours Vallier, dont la plaque ne dit pas lequel des Vallier elle honore. Sous-préfet, il suggère en 1830 à Mme de Boissieu de Bellegarde de fonder le bureau de charité, qui vaudra son nom à la rue de Bellegarde. En 1746, les Vallier-Colombier habitaient les actuels n° 47 et 49 de la Grande Rue ; la maison reste à leurs descendants jusqu’à sa vente à un boucher, en 1898. En 1774, le père Michel Vallier est supérieur des Carmes. La famille se prolonge aussi par les femmes : Marie-Delphine Vallier-Colombier épouse le maire Jean-Baptiste Berruyer du Brusset, et Pierre-Antoine Duc est le fils d’une Vallier.
La Fusilière, grosse maison bourgeoise au grand parc, près du Mollard, sur la route de Chevrières, appartenait aux Groussin, receveurs des tailles et avocats, « seigneurs de la Fusilière » dès le XVIIe siècle. Étienne Groussin, curé de Quincivet et archiprêtre de Saint-Marcellin, la lègue par testament du 2 novembre 1785 au père Antoine Vallier, dont hérite Alexandre-Augustin ; celui-ci la vend à un membre de la famille Clerc. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la jeune Françoise Quoirez, future Françoise Sagan, y trouve refuge.
Les Reynaud-Vallier
L’autre branche naît en 1715 du mariage de Michel Vallier (1691-1751), avocat, assesseur au bailliage et maître des eaux et forêts, présent à l’assemblée des trois ordres de 1731, avec Jeanne Reynaud, fille d’un avocat de Chatte. Leur fils Michel Reynaud-Vallier, né en 1726, avocat, assesseur en 1754, est vibailli de Saint-Marcellin en 1761 ; il préside en 1768 l’assemblée chargée d’élire le nouveau corps de ville et correspond avec le père de Barnave. Administrateur de l’hôpital en 1789, il préside en 1790 le tribunal du district. Il a épousé en 1759 Magdeleine de Courteville, de Tain ; leur fille Pierrette-Éléonore épouse Étienne Boisset fils, lieutenant particulier au bailliage.
Pierre-Augustin Reynaud-Vallier (1763-1846), avocat et jurisconsulte, hérite en 1785 du domaine Reynaud, à Chatte. Homme de loi, il est élu en 1791 député à l’Assemblée législative avec Sablière de La Condamine ; il est ensuite maire de Saint-Marcellin et conseiller général de l’Isère sous l’Empire. Il a épousé Henriette Robin (1772-1852).
Sources
- Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, chapitres III, IV, XIV et XVI
Pour aller plus loin
- A. Lacroix, Saint-Marcellin, Grenoble, Xavier Drevet (Bibliothèque historique du Dauphiné), p. 6,
Évoqué dans
- Promenades, notables et progrès : le XIXe siècle (récit, Du Consulat à la veille de la Grande Guerre)
- Les Boisset (étude thématique)
- Les Reynaud, conseillers au parlement (étude thématique)
- Pierre-Antoine Duc et les Berruyer du Brusset (étude thématique)
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