Pierre-Antoine Duc et les Berruyer du Brusset

Deux passages du vieux centre rappellent deux maires de Saint-Marcellin que réunit un mariage : Jean-Baptiste Berruyer du Brusset et son gendre, Pierre-Antoine Duc.

Berruyer du Brusset

Le passage du Brusset, qui relie la rue Jean-Baillet, l’ancienne rue de Chevrières, à la montée du Château, porte déjà ce nom en 1860, quand la révision des noms de rues le lui conserve en mémoire de Jean-Baptiste Berruyer du Brusset. Avocat au Parlement, celui-ci succède à la mairie à Vincendon-Dumoulin, nommé maire en 1768 par le duc d’Orléans, puis à Brenier et à Payn du Perron ; il la tient de 1787 à l’été 1790.

Ses années de mairie ouvrent la Révolution. En décembre 1787, il défend devant le Parlement la justice de Mantaille ; le 31 mai 1788, il réunit le corps municipal contre les édits de Lamoignon, qui menacent le bailliage ; à l’été 1789, il célèbre la prise de la Bastille sur la place d’Armes, devant une cage d’oiseaux qu’on ouvre en l’honneur des prisonniers libérés ; en juillet 1790, il préside l’assemblée qui élit le premier conseil du district. Son successeur, Antoine Brenier de Montmorand, salue « l’exemple de mon prédécesseur, qui m’a si bien frayé cette route nouvelle ». Il poursuit sa carrière au tribunal : commissaire près le tribunal en l’an IX, il est procureur impérial près le tribunal civil de Saint-Marcellin en 1808. Il a épousé Marie-Delphine Vallier-Colombier.

Pierre-Antoine Duc

Né à Saint-Marcellin le 28 octobre 1753, fils de Laurent Duc et de Jeanne-Marie-Magdelaine Vallier, Pierre-Antoine Duc est avocat et procureur au bailliage avant la Révolution. Élu en 1791 administrateur du département de l’Isère, il entre à son directoire, qu’il préside à partir du 27 mai 1793 par arrêté des représentants Albitte et Laporte. En 1794, il signe comme agent national du district des Thermopyles, l’ancien district de Saint-Marcellin, des messages aux comités révolutionnaires « secs comme le couperet de la guillotine »1. En 1799, les électeurs de l’Isère l’envoient au Conseil des Cinq-Cents. Revenu à Saint-Marcellin après Brumaire, il est membre du conseil d’arrondissement de 1800 à 1809, maire en 1810, puis juge au tribunal de première instance ; il meurt le 7 mai 1834.

Le 30 septembre 1860, le conseil municipal donne son nom au passage Duc, qui relie la rue de France à la place Tardivonnière, près de la rue Lagrange, « en mémoire de M. Duc, qui a laissé d’honorables souvenirs, soit comme membre du Conseil des Cinq-Cents, soit comme président du Directoire du Département, soit enfin comme maire de la ville ». Une impasse Duc, aujourd’hui fermée, reliait le passage à la place Colombine. Rue de France, le pâté de maisons qui borde le passage appartenait déjà en 1746 à un Duc, procureur ; vers 1980, la maison du n° 10 conservait un parquet d’époque, et une étoile est sculptée sur le linteau de sa porte.

Le mariage de 1808

Le 14 mai 1808, dans la maison de Jean-Baptiste Berruyer du Brusset, le notaire Juvenet reçoit le contrat de mariage de Pierre-Antoine Duc, cinquante-quatre ans, avec Marie-Berthe-Laure Berruyer du Brusset, fille majeure de l’ancien maire. Les deux époux ont chacun une mère née Vallier. Le mariage se fait sous le régime dotal.

Le père de la mariée lui donne le tiers des biens qu’il laissera à sa mort, estimé 7 400 francs, lui verse comptant 600 francs en avancement d’hoirie, c’est-à-dire en avance sur l’héritage, et lui assure en attendant une rente de 250 francs due par Jacques Vignon, de Saint-Appolinard. Sa mère lui promet 9 875 francs, « égale dix mille livres tournois »2, payables au décès de ses deux parents. Si elle meurt sans enfants, ces biens leur reviendront. Le futur époux lui donne de son côté ses immeubles de Saint-Sauveur et de Saint-Vérand, avec les cheptels et les bâtiments qui en dépendent, estimés 7 000 francs, dont il garde la jouissance. Le contrat est enregistré le 16 mai.


  1. Le livre lui donne ce titre, mais la liste des administrateurs du district de l’an II qu’il publie au chapitre XIV fait de Robin-Boisclos l’agent national et de Duc le « chargé de la police ». Duc présidait en outre le directoire du département, ce qui laisse un doute sur l’identité du signataire. ↩

  2. Le franc a remplacé la livre en 1795. Au taux légal de 80 francs pour 81 livres, 10 000 livres valent environ 9 877 francs. ↩

Sources

  • Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, chapitres III, IV, XIII, XIV et XVI
  • Contrat de mariage reçu par Juvenet le 14 mai 1808, collection particulière, publié dans Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, annexe du chapitre XVI
  • Albin Gras, Deux années de l’histoire de Grenoble, Grenoble, 1850, p. 127

Pour aller plus loin

  • A. Lacroix, Saint-Marcellin, Grenoble, Xavier Drevet (Bibliothèque historique du Dauphiné), p. 41,

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