Philosophie et existentialisme

La philosophie n’intervient pas ici comme référence décorative, elle sert à poser les questions que le reste du blog rencontre sans pouvoir les traiter : ce que devient une pensée quand elle est déléguée à une machine, ce que la nostalgie fabrique dans un cerveau qui préfère le passé qu’il s’invente, pourquoi la promesse de vaincre le vieillissement relève du messianisme plutôt que de la médecine, et ce que veut dire un mot quand celui qui l’emploie a intérêt à ce qu’il glisse. Cette catégorie assume aussi les textes les plus personnels du blog, sur la rupture, sur le confort qu’on finit par trouver dans la tristesse, sur ce qui se passe la nuit dans un esprit qui ne dort pas. Vous y trouverez des lectures d’Orwell et de Huxley remises au présent, un examen de la French Theory et de ce qu’elle a laissé derrière elle, et l’idée récurrente que la technique ne dispense jamais de la question du sens, elle ne fait que la déplacer. Écrit sans jargon d’école, avec la conviction que penser sert d’abord à ne pas se raconter d’histoires.

Pourquoi nos amours ne durent-elles plus aussi longtemps que celles de nos parents ?

Société

Si nos amours durent moins que celles de nos parents, ce n’est pas que nous aimerions moins bien, c’est que les barreaux qui retenaient les couples d’autrefois, la honte, la religion, la dépendance économique, sont tombés, et qu’ils ont longtemps tenu lieu de ce qu’ils n’étaient pas : de l’amour. Les chiffres le confirment, du pic du divorce vers 1980 à son reflux chez les plus diplômés, en passant par cette courbe du bonheur conjugal qui ne remonte sur le tard que parce que les malheureux ont divorcé en chemin. Or l’état amoureux n’est pas l’amour : ce n’est qu’une ivresse biologique où nous projetons nos désirs sur l’autre, et le véritable amour commence précisément là où s’éteint cette magie, dans le choix exigeant d’accueillir un être réel avec ses fêlures. Privée de toute contrainte, cette discipline repose désormais sur des qualités que la plupart réclament chez les autres sans jamais les cultiver en eux-mêmes. Et c’est ainsi que la confiance s’effondre, non sous les coups de quelques monstres, mais sous les millions de petits coups de canif de gens parfaitement normaux qui, chaque fois, avaient une bonne raison.

Castration chimique : la même seringue pour les enfants et les bourreaux

Justice

L’assassinat de la petite Lyhanna Rameau Bernard a ressuscité en quelques heures les deux totems du fait divers, la peine de mort et la castration chimique, cette dernière plébiscitée par 83 % des Français dans un sondage CSA. On feint d’ignorer qu’elle existe déjà depuis 1998, qu’elle reste adossée au consentement médical, et que le mot « obligatoire » se fracasse sur le refus de réquisitionner un médecin. Mais le vrai scandale est ailleurs : la triptoréline qui sert à castrer chimiquement un violeur adulte est exactement la molécule, le Décapeptyl, que l’on injecte à des enfants, dans le cadre de son AMM pour la puberté précoce et hors AMM comme « bloqueur de puberté » chez des mineurs en questionnement de genre. Voilà le monde à l’envers : ce que nous hésitons à imposer à nos pires criminels au nom de l’intégrité du corps, nous l’administrons à des enfants bien portants au nom d’une mode, sans la moindre preuve que les effets sur l’os et le cerveau soient réversibles. Car ce qui aurait sauvé Lyhanna n’était pas une seringue, mais une justice qui traite les plaintes au lieu de les classer.

Ferrari Luce : l’extinction des feux

Automobile

Ferrari a dévoilé sa première électrique, la Luce, dessinée par Jony Ive et son studio LoveFrom : 1 050 chevaux, 550 000 euros, et une silhouette d’iPhone à roulettes qui n’a plus rien d’italien. L’accueil est brutal : Montezemolo redoute la « destruction d’un mythe », Briatore ironise, et l’action plonge de six à huit pour cent en quelques heures. Derrière l’objet, c’est toute une Europe qui se révèle, capable de réguler son déclin mais plus de construire son futur, prête à sacrifier Scaglietti et Pininfarina sur l’autel d’une transition que personne n’a réclamée. Reste la vraie question : notre civilisation a-t-elle encore quelque chose à proposer, ou faut-il désormais aller chercher à Cupertino ce que Maranello savait inventer ?

La nostalgie cognitive : pourquoi nous aimons tant le passé qui nous ment

Philosophie et existentialisme

Nous savons tous que le passé ne prédit rien, pourtant nous persistons à y croire par une sorte de fidélité instinctive. Ce biais de récurrence n’est pas de la bêtise, mais une nostalgie cognitive héritée de l’évolution, nous poussant à chercher des promesses là où il n’y a que des courbes. Face à l’indifférence glaciale des marchés, la lucidité seule ne suffit pas car notre volonté s’épuise. La véritable sagesse consiste alors à déléguer nos décisions à des règles mécaniques pour protéger notre patrimoine de nos propres émotions. Choisir l’avenir plutôt que le souvenir est sans doute l’acte de discipline le plus difficile qui soit.

L’illusion du monde fini : pourquoi la croissance est notre seule issue

Économie

L’idée qu’une croissance infinie est impossible dans un monde fini repose sur une confusion majeure entre la masse physique et la valeur économique. Contrairement au vieux modèle industriel, la croissance moderne est intensive : elle consiste à créer davantage d’utilité en utilisant de moins en moins de matière. Grâce à l’intelligence artificielle, nous entrons dans une ère d’efficience pure où la connaissance transforme des ressources hier inutiles en solutions d’abondance. En ouvrant les portes du système solaire et de la maîtrise atomique, nous découvrons que la Terre n’est pas le monde, mais seulement une pièce d’un continent inexploré. La seule ressource véritablement finie n’est pas le lithium ou le pétrole, mais l’imagination de ceux qui ont décidé que les portes de l’avenir étaient closes.

J’ai coupé mon abonnement IA illimité : quand l’outil devient une béquille cognitive

Philosophie et existentialisme

J’ai souscrit aux offres « x20 » (celles qui font exploser les limites de tokens, de contexte et de fréquence d’usage) et ce que j’y ai découvert m’a pris par surprise. Mon cerveau a rapidement appris à attendre la récompense : une idée surgit, une réponse arrive, dopamine immédiate, effort minimal ; le même mécanisme que les réseaux sociaux, mais appliqué cette fois à ma propre pensée. J’ai observé chez moi trois glissements progressifs : la pensée profonde est devenue optionnelle, mon exploration s’est emballée, et ma persévérance cognitive s’est atrophiée. Ce qui m’a le plus déstabilisé, c’est de réaliser que ces outils ne se contentaient pas de répondre à mes questions ; ils fabriquaient des besoins que je n’avais pas, élargissant mon champ des possibles jusqu’à ce que le « pourquoi pas ? » devienne presque une obligation. J’ai fini par couper volontairement l’abonnement, avec une conclusion qui me semble honnête : comprendre le fonctionnement interne d’un LLM ne m’a pas protégé de ses effets sur mon comportement.

Mon chemin de Damas chez les Enfants du Siècle

Culture

Il m’a fallu traverser bien des hivers de l’esprit avant de découvrir que les livres ne sont pas des tombeaux de papier, mais des chemins de Damas. De l’éveil sensuel d’Indiana aux gouffres métaphysiques de la Correspondance de Sand, j’ai appris à respirer au rythme d’un XIXe siècle incandescent. Cette initiation, guidée par des professeurs passionnés, m’a conduit des ombres du fantastique jusqu’au seuil monumental de la nef hugolienne. Au pied de cette cathédrale de mots, j’ai fini par discerner les contours d’un monstre sacré dont l’oraison funèbre pour George Sand a scellé mon propre destin. Sur ce sentier pavé de rêves et de fièvres, j’ai enfin fait ma première véritable rencontre : celle de l’homme que j’allais devenir.

Intelligence artificielle : sinistrose nationale ou nouvelle Renaissance ?

Intelligence artificielle

Face au catastrophisme ambiant, il est temps de voir l’intelligence artificielle pour ce qu’elle est : une véritable Renaissance technologique. Contrairement aux discours déclinistes, l’histoire prouve que chaque rupture majeure, de l’imprimerie au web, a toujours démultiplié la création humaine plutôt que de l’éteindre. L’IA ne détruit pas le travail, elle le transforme en déplaçant la valeur de l’exécution technique pure vers la vision et le sens. En permettant à chacun de dialoguer avec la machine en langage naturel, elle brise les anciennes castes pour libérer une nouvelle ère de bâtisseurs. Le seul véritable risque n’est pas l’innovation, mais notre propre inertie face à un monde qui s’invente sans nous.

La France des ordres : derrière le racket fiscal, le dérèglement social

Société

Derrière le racket fiscal que constitue la taxe foncière se cache une réalité plus ancienne et plus structurelle : la France n’est pas une démocratie libérale d’égaux, mais une néo-féodalité de statuts. D’un côté les statutaires — fonctionnaires, grands corps, professions réglementées — protégés par leur « loi privée » ; de l’autre les exposés — artisans, indépendants, propriétaires bailleurs — qui financent le maintien des premiers sans corps pour les défendre. Ce système brise le lien entre l’action et sa conséquence, produisant ce que Durkheim nommait l’anomie : une désynchronisation sociale où l’effort individuel paie moins bien que la position statutaire. Le citoyen responsable a été méthodiquement remplacé par l’administré passif — et ce que certains appellent « l’ensauvagement » n’est que le sous-produit logique de cette substitution. La Révolution a aboli les ordres de l’Ancien Régime dans la nuit du 4 août 1789 ; la Ve République les a silencieusement reconstitués — il reste à les abolir pour de bon.

Le fantôme du fascisme

Politique

Crier « fascisme » en 2026 ne coûte rien, ni une amitié, ni un emploi, ni un centime. Cette dénonciation de confort offre un prestige moral immédiat tout en dispensant d’affronter les menaces réelles : islamisme politique, antisémitisme masqué en lutte anticoloniale, ingérences autoritaires, nationalismes ethniques. Hannah Arendt l’avait prévenu : le totalitarisme ne revient jamais sous les mêmes traits, et on le rate en guettant les uniformes d’hier. Notre obsession antifasciste atomise le débat en clans (allié ou traître) pendant que les corrosions concrètes avancent sans opposition. Il est plus facile de dénoncer un fantôme que de regarder en face ce que nous laissons pourrir.