Philosophie et existentialisme

Il y a des catégories que l’on crée par commodité éditoriale et d’autres qui s’imposent parce qu’on ne sait plus où ranger ce qui déborde — les textes qui commencent par une question technique et finissent par une angoisse métaphysique, ceux qui partent d’un fait divers et atterrissent dans les marges d’un exemplaire corné du Meilleur des mondes, ceux qui ne cherchent ni à informer ni à convaincre mais simplement à comprendre pourquoi on s’accroche, pourquoi on lâche, pourquoi on se lève un matin sans avoir mal alors qu’on croyait que la douleur était devenue un organe. Celle-ci est de la seconde espèce. On y trouvera des réflexions sur la tristesse qu’on porte comme un vieux manteau parce qu’elle ne demande rien, sur la rupture amoureuse comme dynamitage nécessaire du connu, sur Huxley qui avait vu juste quand Orwell n’imaginait encore que la botte, sur la métaphore du marteau qu’on applique à l’intelligence artificielle pour se dispenser de penser ce qu’elle institue vraiment, sur Bitcoin comme seul objet numérique qui ne ment pas, sur Durov interrogé quatre heures durant et qui incarne la cohérence devenue rare entre principes et actes. Ce sont les textes écrits à l’heure où l’on ne travaille plus, où l’on n’analyse plus, où l’on se demande seulement ce que signifie vivre dans un monde qui a renoncé à poser la question — avec la conviction que nommer ce qui fait mal est déjà le premier geste de celui qui refuse de rester allongé.

Le confort tragique de la tristesse

On s’enroule dans sa tristesse comme dans un vieux manteau élimé, parce qu’elle, au moins, ne demande rien. Le bonheur exige qu’on se tienne debout et se tenir debout, c’est épuisant. Alors on reste, on s’allonge, on rêve qu’on va mieux. Sans réaliser que celui qui décrit ce mal en est aussi le premier captif.

Ce que personne ne dit à ceux qui se quittent

On console ceux qui se quittent, on pleure ce qui s’effondre mais personne ne parle de ce qui naît sous les décombres. Il faut un courage immense pour dynamiter le connu et marcher nu dans l’inconnu. Pourtant c’est là, dans cette vulnérabilité absolue, que l’on se retrouve enfin. Et puis un matin, on se lève. C’est tout. On n’a plus mal.