Les Brenier de Montmorand, de la robe à l’épée

La rue Brenier-de-Montmorand relie le bas de la montée du Calvaire, rue des Récollets, à la rue Lagrange. Courte mais très passante, au carrefour des routes de Lyon et de Grenoble, elle suit l’ancien fossé que le dauphin avait cédé à la ville avec le rempart en 1343, et qui fut comblé au fil des siècles ; artisans et boutiquiers y avaient leurs échoppes adossées à la muraille. Elle porte depuis 1860 le nom du général Antoine-François Brenier, vicomte de Montmorand, « connu pour sa belle défense d’Almeïda », le plus illustre d’une famille de magistrats et de militaires.

Une lignée de gens de robe

La branche de Saint-Marcellin remonte au moins à Jacques Brenier, docteur en droit et avocat au bailliage vers le milieu du XVIe siècle. On lui connaît trois fils : Claude, jésuite, qui prononce en 1626 l’oraison funèbre de Lesdiguières dans la cathédrale de Grenoble ; Gaspard, curé de Saint-Vérand ; Antoine, avocat, témoin laïc en 1597 de l’élection de l’abbé de Saint-Antoine. Le fils de ce dernier, autre Antoine, est délégué en 1628 au camp de La Rochelle, auprès de Louis XIII, pour défendre le siège présidial du bailliage contre les manœuvres de Romans. Viennent ensuite des procureurs héréditaires au bailliage, des avocats, deux premiers consuls de la ville, Charles, né en 1645, et son fils Alexandre, en 1718, et des conseillers au parlement de Grenoble. Anoblie vers 1640, la famille porte « semé de France au sautoir de gueules chargé de cinq coquilles d’argent ».

Fils de l’avocat Antoine Brenier (1712-1777), lui-même fils d’Alexandre, Antoine Brenier, né en 1740, est d’abord avocat, puis aide de camp du duc de Crillon-Mahon et capitaine au service de l’Espagne. Il est le premier à prendre le nom de Montmorand, pour se distinguer de son frère cadet Joseph, dit de Renaudière. Marié à Marie-Thérèse Pelisson de Préville, il joue un rôle de premier plan pendant la Révolution : il obtient pour la ville le chef-lieu de district, devient maire en 1790, puis juge au tribunal du district.

Le général

Son fils, Antoine-François Brenier de Montmorand, naît à Saint-Marcellin le 12 novembre 1767. Gendarme de la maison du roi, puis simple soldat au début des guerres de la Révolution, il gagne tous ses grades au feu : chef de bataillon à l’armée des Pyrénées-Orientales en 1793, chef de demi-brigade en Italie et en Hollande, il est blessé en 1799 devant Vérone, puis de trois coups de baïonnette au passage de l’Adda, et nommé général de brigade le 15 juin 1799. Envoyé au Portugal avec Junot en 1807, blessé et fait prisonnier à Vimeiro le 21 août 1808, il est bientôt échangé.

En mai 1811, bloqué dans Almeida par l’armée de Wellington, il reçoit de Masséna l’ordre d’abandonner la place. Dans la nuit du 10 au 11 mai, il la fait sauter et perce les lignes anglaises avec sa garnison, quelque 1 400 hommes, dont il perd un quart dans la poursuite, pour rejoindre l’armée française1. Wellington écrit qu’aucun événement militaire ne l’a jamais autant affligé. L’exploit vaut à Brenier le grade de général de division, le 26 mai, puis le titre de baron. Le Moniteur le range « parmi les plus brillants faits d’armes ayant immortalisé les armées françaises » ; plus de soixante ans plus tard, au procès de Bazaine pour la capitulation de Metz, le commissaire du gouvernement opposera encore son exemple au maréchal.

Grièvement blessé à Lützen le 2 mai 1813, à la tête d’une division du corps de Ney, il commande Lille en 1814, puis Brest à partir de mars 1815 : pendant les Cent-Jours et au retour du roi, il y maintient le calme, et la municipalité lui offre une épée d’honneur. Un décret du 10 juin 1815 l’autorise à se dire baron d’Almeida. Inspecteur général d’infanterie en 1818 et 1819, il commande la Corse de 1820 à 1823 ; le roi le met alors en disponibilité et le fait vicomte.

Retiré à Saint-Marcellin en 1824, il écrit sur les manœuvres d’infanterie dans le Spectateur militaire et partage sa vie entre le château qui domine l’église, sa maison du 2 rue Garagnol et, l’été, le manoir de Calet, à Saint-Romans, qui lui est échu en 1817 à la mort de son beau-père, le médecin Antoine Sablière de La Condamine. Conseiller général de l’Isère et député en 1830, il meurt à Saint-Marcellin le 8 octobre 1832. Sa tombe, au cimetière de la ville, porte ses armes d’Empire, où une forteresse en flammes rappelle Almeida ; son nom est gravé sur le côté ouest de l’Arc de triomphe.

Les descendants

Le 1er mai 1801, les églises n’étant pas encore rouvertes, le futur général épouse Jeanne-Françoise-Emmanuelle Sablière de La Condamine dans la chambre même de sa belle-mère, à la maison forte de Calet. Ils ont cinq enfants : Antonia, qui épouse en 1826 le futur général Mayr de Baldegg ; Louise-Henriette, mariée à Aristide Giraud, président du tribunal de commerce de Romans ; Antoine-Gustave, officier emporté par le choléra à Cambrai en mai 1832, quelques mois avant son père ; Isabelle-Nathalie, épouse de Camille Jordan, magistrat à Lyon ; enfin Antoine-Maxime-Edmond.

Né le 21 juin 1813, Antoine-Maxime-Edmond, deuxième vicomte de Montmorand, fait carrière dans la diplomatie : consul à Elseneur, puis ministre plénipotentiaire de première classe, jusqu’à Pékin. Il hérite de son père l’ancien château de Saint-Marcellin, voisin de la cure, et deux domaines à Chevrières. Il a aidé le percepteur Touffait de la Besneraie à garder son poste en 1848 ; celui-ci lui lègue sa fortune, plus d’un million, et la maison des n° 6 et 8 du boulevard Riondel, où s’installe la famille. De son mariage avec Maria-Julia Quilles naissent cinq enfants, dont Georges, directeur des Messageries maritimes à Londres, et Antoinette, qui épouse en 1878 Jules-César-Claude Thibaudier ; la maison passera aux Thibaudier, puis aux Grison. Il meurt à Saint-Marcellin le 4 février 1894.


  1. Le livre place la sortie le 1er mai, jour anniversaire du mariage du général, et oppose 5 000 assiégés à 80 000 assiégeants. Elle a eu lieu dans la nuit du 10 au 11 mai, après la bataille de Fuentes de Oñoro (3-5 mai), avec environ 1 400 hommes face à un corps de blocus d’environ 13 000. ↩

Sources

  • Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, chapitres XIV et XVI
  • A. Lacroix, Saint-Marcellin, Grenoble, Xavier Drevet (Bibliothèque historique du Dauphiné), p. 6 et 40,
  • Les rues racontent notre histoire, Saint-Marcellin,

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Source : https://paul.argoud.net/saint-marcellin-isere/histoire/famille-brenier-de-montmorand/