Les Garagnol et les Beaumont, vibaillis de Saint-Marcellin

La rue Garagnol, qui fait communiquer la Grande Rue avec la place d’Armes, portait déjà ce nom bien avant 1860. Elle rappelle une famille venue de Romans qui fit souche à Saint-Marcellin et y tint, pendant plus d’un siècle, la charge de vibailli, c’est-à-dire de juge royal du bailliage. Les Garagnol occupaient les maisons des n° 1 et 2 de leur rue ; celle du n° 2, hôtel particulier d’allure sévère, abrita plus tard le général Brenier de Montmorand.

Antoine, le fondateur

Antoine Garagnol, écuyer, conseiller du roi, juge royal de Romans dès 1556, devient en 1565 vibailli du Bas-Viennois et Valentinois au siège de Saint-Marcellin. À partir de cette date, la charge reste presque sans interruption dans la famille jusqu’en 1698. Henri IV l’anoblit en 1605. Les Garagnol portent « d’azur à un buste de cerf coupé d’or, mis de profil, sommé de même ; au chef d’argent chargé de trois roses de gueules, boutonnées d’argent », avec la devise Sursum ! (« s’élever »).

Henri, vibailli et gouverneur

Le plus en vue de la lignée, et sans doute celui dont la rue garde le nom, est Henri de Garagnol, vibailli du Bas-Viennois, conseiller du roi, seigneur d’Armieux, aujourd’hui Saint-Gervais, dont il perçoit le péage. Le 25 juillet 1624, il épouse Françoise de Gilbert de Verdun, fille du seigneur de Beauvoir ; par elle, il tient la seigneurie de Beauvoir-en-Royans, dont il rend hommage en 1638, et la maison du Coupier, à Saint-Sauveur. Par lettres du 10 janvier 1653, il devient gouverneur de Saint-Marcellin, office resté vacant depuis la mort de son beau-père, le sieur de Verdun. C’est à lui que la ville doit l’installation des visitandines : en 1645, il vend sa maison de la Grande Rue aux religieuses de Sainte-Marie de Romans, qui y restent plus d’un siècle, jusqu’en 1746, dans un couvent couvrant tout le pâté de maisons compris entre la rue Garagnol et le rempart de la porte de Romans. Ses trois fils sont maintenus dans leur noblesse en 1667 : Nicolas-Melchior, l’aîné, seigneur de Verdun, qui hérite de Beauvoir à la mort de leur mère ; Guichard-Henri, qui succède à son père comme gouverneur en 1666 ; Alphonse, seigneur de Saint-Gervais, gouverneur à son tour, gentilhomme de la Chambre du duc de Soissons, qu’un acte de 1673 montre endetté à Paris pour les habits achetés pendant ses campagnes. Le fils d’Alphonse, Claude, page de la petite écurie en 1705, meurt sans postérité.

Melchior et le procès de Brochenu

Melchior de Garagnol, seigneur de Verdun, sans doute le Nicolas-Melchior de 1667, sans emploi et criblé de dettes, se sauve par un riche mariage : il épouse en 1669 Marguerite de Bonrepos, veuve depuis 1664 de Bertrand de Murinais, paie ses créanciers, achète la châtellenie de Saint-Marcellin et obtient la charge de vibailli. L’union tourne mal et sa femme se retire à Grenoble. À sa mort, en 1681, il emporte papiers, or et bijoux ; le fils de la défunte, Ennemond de Murinais, lui fait un long procès pour la maison-forte de Brochenu, achetée en 1676 pour 4 000 livres, des deniers de sa mère selon lui, mais le perd faute de preuves. Melchior donne Brochenu à sa fille, qui le vend ; le domaine reviendra plus tard aux Murinais.

Les Beaumont

En 1698, Melchior cède la charge à son gendre1, Jacques de Beaumont, fils d’Antoine de Beaumont, seigneur de Féries à Saint-Romans, et de Marie Baboy, époux de sa fille unique Anne-Marie. Seigneur de Beauvoir-en-Royans et du Coupier, dont il rend hommage en 1704, Jacques affronte en 1691 les Carmes de Beauvoir : ils reprochent à M. de Garagnol d’avoir pris un de leurs jardins, et au vibailli de tirer des ruines du château delphinal les pierres de son château et de ses moulins. Il meurt le 30 octobre 1719. Le couple eut quatorze enfants : sept fils, dont deux chanoines de Vienne, un capucin, un dominicain, un antonin et un capitaine au régiment de Normandie ; sept filles, dont Marie-Adélaïde, épouse d’Antoine de Brenier, et six religieuses, parmi lesquelles deux ursulines et une visitandine à Saint-Marcellin, et Gabrielle-Gastonne, abbesse de Saint-Just de Romans de 1751 à 1789. L’aîné, Melchior-Antoine de Beaumont, d’abord maire en 1719, juge majeur et lieutenant général au bailliage, est gouverneur de la ville à partir de 1723 et habite en 1746 le château qui domine l’église ; il meurt en 1779. M. de Beaumont de Verdun n’émigre pas sous la Révolution, à la différence de son cousin Christophe de Beaumont de l’Isle. La famille possède encore le plateau de Joud quand elle le met en vente en 1817 : le maire Robin du Vernay l’achète au nom de souscripteurs et le cède à la ville, qui en fait sa promenade. Les Beaumont portent « de gueules à la fasce d’argent chargée de trois fleurs de lys d’azur », avec la devise Impavidum ferient ruinae.

Des Garagnol à Bressieux

Le nom subsista longtemps après l’extinction de la branche principale. Sous la Révolution, un Rolland Garagnol, de Bressieux, siège parmi les administrateurs du district de Saint-Marcellin ; en 1793, « ex-administrateur », il figure sur la liste des personnes « notoirement suspectes ». Le petit cimetière de Bressieux garde les tombes des Rolland-Garagnol, magistrats et officiers, du substitut du procureur général mort en 1800 au capitaine d’artillerie de la Grande Armée mort en 1857, en passant par un procureur du roi, maire de Bressieux, mort en 1856.

Les Gilbert de Verdun

La famille de l’épouse d’Henri était originaire de Saint-Marcellin. Guillaume de Gilbert, catholique zélé, lieutenant particulier puis vibailli, fut nommé conseiller au parlement de Grenoble en 1574. Jean de Gilbert de Verdun, passé au protestantisme, gendre du chef huguenot Aimé de Glane de Cugy, compagnon de Lesdiguières et gouverneur de Barraux et de Livron, prit en 1563 la ferme du greffe du bailliage et acheta en 1594 la terre et la seigneurie de Beauvoir-en-Royans ; il est le père de Françoise. L’autre branche, celle des Gilbert de Collonges, s’allie elle aussi aux Garagnol : Claire de Garagnol, fille d’Antoine et de Fleurie Gilbert de Collonges, épouse François de La Combe, capitaine-châtelain de Beauvoir. Les Gilbert de Verdun portent « d’azur à la bande d’argent chargée d’un lion de gueules ; au chef d’or chargé d’une aigle de sable ».


  1. Le livre date la transmission de 1698, mais sa liste des officiers du bailliage porte « 1691-98-1719 », et le procès que lui font les Carmes de Beauvoir en 1691 donne déjà à Jacques de Beaumont le titre de vibailli. ↩

Sources

  • Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, chapitres III, X, XII, XIII, XIV et XVI
  • Date de publication :

Écrivez quelques éclats d'âme...

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Source : https://paul.argoud.net/saint-marcellin-isere/histoire/famille-de-garagnol-et-de-beaumont/