Société La Gendarmerie nationale gère un compte X à un million d’abonnés, une doctrine de communication formalisée, des hashtags soignés, et un budget de près de onze milliards d’euros par an financé par le contribuable. Le hashtag #FastAndFourrière, empruntant au cinéma d’action américain, transforme chaque interception routière en contenu marketing, en rupture totale avec la tradition militaire française de retenue. Ce n’est pas la mission qui est en cause, ni sa légalité : c’est la posture, et surtout ce qu’elle révèle par contraste. Car pendant que l’institution tweete avec emojis ses radars et ses fourrières, son rapport 2024 ne consacre plus que quatre pages à l’usage de la force létale, et ses signalements internes ont progressé de 28 % en un an. On ne se félicite pas de faire son devoir.
Économie En 2005, sous des gouvernements de gauche comme de droite, l’État a cédé 90 % du réseau autoroutier français pour 14,8 milliards d’euros — opération mal calibrée dès l’origine : le Sénat, l’IGF et la Cour des comptes documentent une rentabilité actionnaire de 11 à 12 % sur des concessions à risque quasi nul, avec 40 milliards de surprofit projeté d’ici 2036, mécaniquement amplifié par une indexation tarifaire sur l’inflation que les coûts fixes des concessionnaires ne suivent pas. La renationalisation reste piégée par son coût prohibitif et la compétence opérationnelle perdue en vingt ans. Une action collective portée par Maître Lèguevaques devant le Conseil d’État conteste la légalité du mécanisme d’indexation — interdit en droit français, jamais précisément encadré pour les péages — et constitue aujourd’hui le seul levier concret disponible. Les abonnés au télépéage peuvent rejoindre la procédure sur myleo.legal pour 36 euros, avant le 30 juin 2026.
Société À l’aire de Berchem Ouest, la plus grande station-service d’Europe en chiffre d’affaires, aller aux toilettes coûte 50 centimes. Le système du ticket de ristourne (récupérable sur vos achats) a une certaine cohérence, mais il conditionne l’accès à une fonction biologique à un acte marchand. Ce qui frappe davantage, c’est le dispositif : une machine pour changer vos billets en pièces, une borne pour payer, un tourniquet pour filtrer et en dernier recours, un distributeur bancaire si vous n’avez pas de monnaie. Une infrastructure industrielle qui tourne 24h/24, dans un lieu qui brasse des millions, pour percevoir 50 centimes par passage. On peut trouver ça raisonnable. Moi, je le trouve indécent.
Géopolitique Le détroit d’Ormuz a beau être à six mille kilomètres, il dicte depuis deux mois le prix du carburant à la pompe et promet de peser longtemps encore sur les prix alimentaires et les billets d’avion : la France, qui importe 29 % de son gazole du Proche-Orient, est l’otage consentant d’une dépendance qu’elle refuse depuis cinquante ans de réduire. Macron y a envoyé le Charles de Gaulle, une posture souveraine qui masque mal une politique de survie à court terme. Mais réduire ce conflit à une question de barils serait une façon commode de ne pas regarder ce qu’il y a derrière : Ormuz est le symptôme économique, Beyrouth est le cœur de la guerre, et les 2 454 morts libanais en six semaines ne sont pas une abstraction géopolitique. Manon Debs, Vernis Rouge, artiste franco-libanaise évacuée du Liban en 2006, vient de sortir une chanson parce qu’elle a peur pour les siens et qu’écrire est la seule façon qu’elle connaît de se sentir utile. Deux France face au même conflit : l’une regarde le prix du litre, l’autre attend des nouvelles d’une rue qu’elle connaît par cœur.
Intelligence artificielle Depuis le 8 avril, Grok traduit automatiquement tous les contenus sur X, sans que vous ne le remarquiez. Plus besoin de cliquer sur « Traduire » : l’algorithme intègre désormais des posts japonais, brésiliens ou nigérians directement dans votre fil. Cette automatisation invisible change tout : les silos linguistiques explosent, les créateurs touchent des audiences mondiales, les dissidents contournent la censure par la traduction instantanée. Évidemment, la désinformation circule aussi facilement que l’information. Mais pour la première fois dans l’histoire, des milliards de personnes peuvent communiquer sans friction linguistique et personne ne semble avoir compris l’ampleur du séisme.
Économie François Marciano, directeur général de Duralex, a été brutalement écarté le 12 avril 2026, cinq mois après que j’ai prédit qu’une nouvelle crise éclaterait « dans six mois maximum ». Malgré 8 millions levés en novembre 2025 via crowdfunding et une cagnotte solidaire en janvier, l’EBE de la SCOP est négatif de plus de 4 millions d’euros. Les salariés-actionnaires qui ont cru sauver leur entreprise découvrent qu’ils risquent une double peine : perdre simultanément leur emploi et leur épargne personnelle investie dans la coopérative. La Lettre Valloire confirme ce que j’annonçais depuis août 2025 : « Gouvernance instable, stratégie contestée, dépendance croissante à des financements externes : la SCOP vacille. » Dans 12 à 18 mois, Duralex sera soit reprise par un industriel, soit en redressement judiciaire.
Philosophie et existentialisme Nous savons tous que le passé ne prédit rien, pourtant nous persistons à y croire par une sorte de fidélité instinctive. Ce biais de récurrence n’est pas de la bêtise, mais une nostalgie cognitive héritée de l’évolution, nous poussant à chercher des promesses là où il n’y a que des courbes. Face à l’indifférence glaciale des marchés, la lucidité seule ne suffit pas car notre volonté s’épuise. La véritable sagesse consiste alors à déléguer nos décisions à des règles mécaniques pour protéger notre patrimoine de nos propres émotions. Choisir l’avenir plutôt que le souvenir est sans doute l’acte de discipline le plus difficile qui soit.
Géopolitique Alors que la France s’installe dans un record mondial de pessimisme, nos grands projets industriels comme le SCAF ou IRIS² s’embourbent dans la bureaucratie et les compromis européens. Pendant que la Chine et les États-Unis bâtissent le futur sans demander la permission, nous préférons ériger le principe de précaution en religion d’État. Ce blocage n’est pas technique, mais culturel : nous avons sacrifié l’ambition démesurée au profit d’un confort réglementaire qui fabrique du nihilisme. Il est urgent de retrouver le droit de rêver grand et de privilégier enfin les bâtisseurs sur les analystes. Car le sens ne naît pas de la prudence, mais d’une audace assumée.
Intelligence artificielle Un détecteur de texte IA n’est pas un outil imparfait qu’on va améliorer : c’est un outil impossible. Les grands modèles de langage sont entraînés à minimiser la divergence de Kullback-Leibler entre leur distribution et celle du texte humain ; leur objectif explicite est de rendre la distinction statistique impossible. Un score de « 87 % IA » n’est pas une preuve : c’est une estimation probabiliste sur des distributions qui se chevauchent, produite par un système que ses propres fabricants refusent de cautionner en contexte disciplinaire. OpenAI a retiré son propre détecteur en juillet 2023 en admettant un taux de détection correcte de 26 % ; le fabricant des armes admet que son radar est aveugle, les universités continuent d’acheter des licences. Condamner un étudiant sur ce fondement, c’est sanctionner un tirage statistique défavorable : une faute, pas une erreur de jugement.
Société Derrière le petit fil de verre qui arrive chez vous se cache une chaîne de sept entités (département, opérateur d’infrastructure, filiale locale, sous-traitants, plateforme de coordination) que vous n’avez jamais choisies et dont vous ignorez l’existence jusqu’au premier bug. Le RIP Isère THD représente 510 millions d’euros, dont 285,5 millions d’argent public engagés sur 25 ans au profit d’une filiale d’Altice. Si XPFibre change de mains (et la vente est envisagée) les contribuables isérois auront financé l’infrastructure qu’un fonds de pension étranger exploitera jusqu’en 2042. Chaque maillon fait son travail : ce n’est pas une critique des entreprises, c’est une question sur l’architecture du système qui les y place. La fibre est là mais si ça coupe, vous ne saurez toujours pas à qui vous plaindre.