Justice L’Union européenne frappe désormais ses propres citoyens de sanctions économiques sans procès, sans juge, sans loi pénale définissant l’infraction reprochée. Un colonel suisse et un journaliste allemand ont vu leurs comptes gelés pour avoir exprimé des analyses qui déplaisent au Conseil européen ; contraints de demander des dérogations humanitaires pour se nourrir. Ces mesures, étiquetées « administratives » pour contourner les garanties du droit pénal, infligent pourtant des conséquences plus lourdes qu’une condamnation judiciaire : interdiction de travailler, de voyager, de recevoir la moindre aide. Cette dérive s’inscrit dans une escalade méthodique en trois temps : la censure déléguée aux plateformes via le DSA, l’infrastructure de contrôle (identité numérique, euro numérique), et désormais la sanction existentielle par gel des avoirs. En transformant l’opinion politique en motif de mort civile, l’UE bascule du soft power au hard power ; et piétine les principes mêmes de l’État de droit qu’elle prétend défendre.
Souveraineté numérique Le Cloud Act américain de 2018 autorise les autorités fédérales à exiger de n’importe quelle entreprise américaine qu’elle transmette des données hébergées partout dans le monde — y compris en Europe. OpenAI, Anthropic, Google et Microsoft y sont tous soumis, quelle que soit la localisation physique de leurs serveurs. Choisir Mistral ne suffit pas : tant que l’accès passe par Azure, le modèle reste hébergé sur une infrastructure américaine soumise à cette même juridiction. La souveraineté commence au moment où le modèle tourne sur une infrastructure que vous maîtrisez — un serveur dédié en France, ou le datacenter en propre de Mistral en Essonne. En 2026, avec Ollama et les modèles Mistral Small quantifiés, cette architecture n’est plus réservée aux grands groupes : elle est à portée de toute équipe qui administre déjà des serveurs Linux.
Géopolitique Alors que la France s’installe dans un record mondial de pessimisme, nos grands projets industriels comme le SCAF ou IRIS² s’embourbent dans la bureaucratie et les compromis européens. Pendant que la Chine et les États-Unis bâtissent le futur sans demander la permission, nous préférons ériger le principe de précaution en religion d’État. Ce blocage n’est pas technique, mais culturel : nous avons sacrifié l’ambition démesurée au profit d’un confort réglementaire qui fabrique du nihilisme. Il est urgent de retrouver le droit de rêver grand et de privilégier enfin les bâtisseurs sur les analystes. Car le sens ne naît pas de la prudence, mais d’une audace assumée.
Souveraineté numérique L’État français perd 1,2 million de données bancaires sur un mot de passe volé. La même semaine, l’administration Trump dévoile Freedom.gov, un VPN gouvernemental confié à une activiste du Premier Amendement et à un ancien du DOGE accusé d’avoir exposé 300 millions de numéros de sécurité sociale. Pendant ce temps, l’Europe annonce vouloir numériser notre monnaie. Trois promesses de confiance numérique, trois faillites symétriques et au milieu, des citoyens à qui l’on demande de choisir leur tuyau sans jamais voir qui est à l’autre bout.
Souveraineté numérique Trois jours après mon billet sur le virage infrastructure de Mistral AI (1,2 milliard d’euros dans un datacenter en Suède), l’entreprise confirme la thèse en rachetant Koyeb, une startup parisienne de 13 ingénieurs spécialisée dans le déploiement serverless d’applications IA. C’est sa toute première acquisition, et elle comble exactement la lacune que j’identifiais : il manquait la couche logicielle pour transformer du béton et des GPU en cloud utilisable. Mistral ne pivote plus, Mistral a pivoté, du modèle de langage au fournisseur de cloud IA full-stack européen. Les risques que je pointais (étirement opérationnel, dépendance à NVIDIA, course au compute face aux hyperscalers) restent intacts, mais la trajectoire est désormais irréversible.
Politique L’affaire Epstein dépasse le fait divers criminel. Derrière le prédateur, un organe de gouvernance informel : diplomatie de l’ombre, chantage comme assurance mutuelle, finance opaque et justice complice. De Tucker Carlson à Xavier Poussard, les grilles de lecture convergent, ce scandale est une clé systémique pour comprendre le pouvoir mondial depuis 1945. Et si Epstein compromettait par la chair, les GAFAM le font désormais par le code.
Géopolitique Le SCAF est en état de mort clinique : huit ans de négociations, 100 milliards d’euros en jeu, un démonstrateur repoussé à 2029 et trois nations incapables de s’accorder. Pendant que l’Allemagne exige un transfert de technologie sur les commandes de vol françaises, elle achète 50 F-35 américains dont elle ne contrôlera jamais ni le code source, ni la maintenance. Dassault a raison de bloquer ; comme il a eu raison de claquer la porte de l’Eurofighter pour construire le Rafale. La France a les moyens, le tissu industriel et les compétences pour bâtir seule son chasseur de sixième génération : ce qui manque, c’est le courage politique de l’assumer.
Souveraineté numérique L’UE inaugure NanoIC, une ligne pilote à 700 millions d’euros chez imec à Louvain, dans le cadre du Chips Act européen. Même portée à 2,5 milliards avec les cofinancements, l’enveloppe reste dérisoire face aux 165 milliards de dollars investis par TSMC rien qu’en Arizona. Pendant ce temps, la France (qui possède avec le CEA-Leti et l’écosystème grenoblois l’un des meilleurs atouts européens en semiconducteurs) regarde Bruxelles financer du prototypage en Belgique. Entre saupoudrage communautaire et absence de stratégie industrielle souveraine, l’Europe confond vitrine et usine.
Géopolitique Le règlement EDIP, voté en décembre, transfère pour la première fois des compétences en matière d’industrie de défense à la Commission européenne. Sans expertise propre, Bruxelles sera capturée par ceux qui savent l’influencer et Rheinmetall part avec une longueur d’avance sur Dassault. Pendant ce temps, Paris vient d’autoriser la vente de LMB Aerospace à un groupe américain, contre l’avis de la DGA. L’industrie de défense française entre dans une zone de turbulences.
Intelligence artificielle Aujourd’hui, les grands modèles comme GPT-4, Claude ou Gemini sont devenus de pures commodités : tout le monde y a accès, du startup au géant industriel. L’IA seule ne crée plus d’avantage durable ; ce qui compte vraiment, c’est de marier votre savoir-faire métier unique – cette expertise que personne d’autre ne possède – à une exécution et une ontologie que la concurrence ne peut copier. Sans cela, vous ne faites que louer votre avenir à OpenAI, tandis que des acteurs comme Palantir ou les intégrateurs verticaux chinois bâtissent des sanctuaires imprenables.