On ne commande pas un enfant

Pourquoi la GPA n’est pas un progrès mais une régression humaine

Il y a des sujets où l’on vous somme de choisir un camp, comme si la nuance était une lâcheté. La gestation pour autrui en fait partie. Alors, posons les choses clairement : je suis contre la GPA. Fermement. Pas par conservatisme, pas par homophobie, pas par ignorance des souffrances liées à l’infertilité. Je mesure la détresse des couples confrontés à cette épreuve intime, qui n’appelle ni jugement ni moquerie. Mais je crois, au plus profond, que la médecine a vocation à réparer ce qui dysfonctionne, pas à forcer la nature à se plier aux désirs des adultes, fussent-ils sincères. J’avais déjà exprimé cette conviction sur l’euthanasie : quand on commence à marchander la dignité humaine, il n’y a plus de limite.

Et s’il faut que ce texte dérange, tant mieux. Un billet d’humeur qui ne dérange personne n’est qu’un communiqué de presse.

Ce que le corps sait et que le contrat ignore

La science nous offre parfois des découvertes qui ressemblent à des confirmations. Le microchimérisme fœtal en est une : lorsqu’une femme porte un enfant, des cellules de ce dernier migrent dans son organisme. Elles s’installent dans son cœur, ses os, son cerveau. Elles y restent des décennies, participant même à la réparation de lésions. Une femme porte littéralement ses enfants bien après les avoir mis au monde.

Ce n’est pas de la poésie. C’est de la biologie. Et c’est précisément ce lien charnel, cette empreinte réciproque entre la mère et l’enfant, que la GPA prétend effacer d’un trait de plume juridique. Comme si neuf mois de symbiose biologique pouvaient se résoudre dans une clause contractuelle. Comme si le corps n’avait rien à dire.

Le mirage de la GPA « éthique »

On nous promet, avec un aplomb remarquable, qu’il serait possible d’organiser une GPA « éthique ». L’expression elle-même est un tour de passe-passe linguistique. Accoler le mot « éthique » à une pratique qui consiste à rémunérer une femme pour qu’elle porte et cède un enfant ne la rend pas vertueuse. Cela la rend simplement plus présentable.

Regardons les faits sans ornement : dans l’immense majorité des cas, ce sont des femmes en situation de précarité (en Inde, en Ukraine, en Géorgie, au Kenya) qui portent les enfants de commanditaires fortunés. Les paiements se font souvent de manière opaque, hors de tout cadre déclaratif. Et quand l’argent circule, seulement 1 % du marché revient aux mères porteuses, le reste allant aux cliniques, avocats et intermédiaires. Quand l’Inde a interdit la GPA commerciale pour les étrangers, le marché ne s’est pas effondré : il s’est déplacé vers des pays où les protections sociales sont plus faibles. Le marché mondial de la GPA, estimé à plus de 21 milliards de dollars, pourrait atteindre près de 200 milliards en 2034. Derrière le vocabulaire compassionnel, il y a une industrie.

A-t-on déjà vu, où que ce soit dans le monde, une femme aisée porter bénévolement un enfant pour un couple modeste ? La question se pose. La réponse, on la connaît.

La psychologue clinicienne Marie-Estelle Dupont ne mâche pas ses mots : la GPA, dit-elle, c’est « l’obscurantisme absolu ». Et elle a raison d’alerter sur un chiffre que l’on préfère taire : l’augmentation du taux de suicide chez les femmes qui ont été mères porteuses. Des cicatrices invisibles, amplifiées par la pression économique, et que personne ne veut compter.

Les enfants, ces grands absents du débat

On parle beaucoup du consentement dans le débat sur la GPA. Les parents commanditaires consentent. La mère porteuse consent. Tout le monde consent. Sauf une personne : l’enfant.

Aucun enfant n’a jamais demandé à être conçu par contrat, à être séparé de la femme qui l’a porté pendant neuf mois, à devenir l’objet d’un arrangement entre adultes. Olivia Maurel, née par GPA, témoigne de cette perte d’identité, de ce sentiment d’avoir été traitée comme un produit. D’autres voix, recueillies par le collectif Stop Wombs for Rent, décrivent le même malaise : incertitudes identitaires, sentiment d’abandon, quête d’une mère biologique que l’on n’a pas le droit de connaître. En 2023, des experts de 75 pays ont signé la Déclaration de Casablanca, réclamant l’abolition universelle de la GPA.

Prétendre que tout est en ordre parce que « les adultes sont d’accord », c’est effacer la personne la plus concernée. Ce n’est pas de l’amour ; c’est la rationalisation d’une exploitation dont on refuse de voir les victimes.

Olivia, née de GPA, se bat pour abolir cette pratique

Non, s’opposer à la GPA n’est pas de l’homophobie

C’est le procès d’intention favori des partisans de la GPA : quiconque s’y oppose serait homophobe, voire complice de la dénatalité. L’argument est aussi commode qu’intellectuellement malhonnête. Les études montrent que la majorité des couples ayant recours à la GPA en Europe sont hétérosexuels. Le sujet n’a donc rien à voir avec l’orientation sexuelle.

Être contre la GPA, c’est refuser l’exploitation du corps des femmes. C’est refuser la marchandisation des enfants. C’est refuser la transformation d’un désir (aussi légitime soit-il) en un droit opposable. Ce combat dépasse les clivages politiques et les orientations sexuelles. Il s’agit, tout simplement, de protéger les plus vulnérables.

Quand les élites dictent la norme

En France, la GPA est interdite. Mais certains voudraient que cela change. Gabriel Attal et Olivier Dussopt militent pour une légalisation encadrée. Des personnalités médiatiques publient des livres pour raconter leur parcours de GPA à l’étranger, avec la complaisance de plateaux télévisés qui transforment le contournement d’une interdiction en récit de vie touchant.

Christophe Beaugrand, par exemple, dénonce les critiques reçues après avoir recouru à la GPA aux États-Unis. Marc-Olivier Fogiel, avec son livre Qu’est-ce qu’elle a ma famille ?, s’inscrit dans la même démarche. Lorsqu’une personnalité médiatique raconte son recours à la GPA comme une réussite émouvante, ce n’est pas son parcours personnel que je questionne, mais la normalisation qu’il induit. La violence des messages que ces personnes reçoivent, je la condamne. Mais le fond du problème est ailleurs : ces hommes ont eu recours, à l’étranger, à une pratique que la France interdit sur son sol pour satisfaire un désir de paternité qu’ils auraient pu combler autrement, notamment par l’adoption. En médiatisant leur choix, ils contribuent à normaliser une pratique qui repose, in fine, sur l’exploitation du corps d’une femme. Et ils donnent l’impression, désastreuse, que la loi ne s’applique qu’à ceux qui n’ont pas les moyens de la contourner.

La narration est rodée : on parle d’amour, de famille, de modernité. Jamais de la femme qui a porté l’enfant. Jamais de ses conditions de vie. Jamais de l’après.

Résister : le projet de Valérie Boyer

Face à cette offensive, il existe heureusement des voix qui résistent. La sénatrice Valérie Boyer a déposé deux textes visant à renforcer l’interdiction de la GPA en France. Le premier, une proposition de loi ordinaire, cherche à durcir les sanctions et à combattre le contournement par le tourisme procréatif. Le second, plus ambitieux, est une proposition de loi constitutionnelle destinée à sanctuariser le principe d’indisponibilité du corps humain. Inscrire ce principe dans la Constitution, c’est poser un rempart que les pressions économiques et médiatiques ne pourront pas faire tomber facilement.

L’Italie a déjà montré la voie en 2024, en pénalisant le tourisme procréatif : jusqu’à un million d’euros d’amende et deux ans de prison. La démarche peut diviser, mais elle a le mérite d’affirmer un principe simple : la maternité n’est pas un service externalisable.

Le mot de la fin

Je ne veux pas d’un monde où l’on commande un enfant comme on commande un bien. Je ne veux pas d’un monde où le ventre d’une femme pauvre est loué par des clients fortunés qui parlent d’amour pour ne pas dire exploitation. Je ne veux pas d’un monde où un nourrisson est séparé de celle qui l’a porté parce qu’un contrat l’exige.

La GPA dite « éthique » est un mensonge confortable. Un mensonge qui permet aux puissants d’acheter ce que la nature ne leur donne pas, en se débarrassant de la culpabilité derrière un adjectif rassurant.

Il est temps de dire non. Clairement. Sans s’excuser.

Parce que dire non, parfois, c’est encore la plus haute forme d’humanité.


Écrivez quelques éclats d'âme...

Dans l'ombre vacillante d'une chandelle, où les murmures du vent se mêlent aux secrets d'un vieux parchemin, je vous invite à tisser une toile de mots. Écrivez quelques éclats d'âme – rêve, étoile, abîme, étreinte, brume – et laissez-les danser sur la page, comme des lucioles dans une nuit d'encre. Que diriez-vous de les entrelacer dans une phrase, un souffle, une histoire ?

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