Souveraineté numérique Trois jours après mon billet sur le virage infrastructure de Mistral AI (1,2 milliard d’euros dans un datacenter en Suède), l’entreprise confirme la thèse en rachetant Koyeb, une startup parisienne de 13 ingénieurs spécialisée dans le déploiement serverless d’applications IA. C’est sa toute première acquisition, et elle comble exactement la lacune que j’identifiais : il manquait la couche logicielle pour transformer du béton et des GPU en cloud utilisable. Mistral ne pivote plus, Mistral a pivoté, du modèle de langage au fournisseur de cloud IA full-stack européen. Les risques que je pointais (étirement opérationnel, dépendance à NVIDIA, course au compute face aux hyperscalers) restent intacts, mais la trajectoire est désormais irréversible.
Politique L’affaire Epstein dépasse le fait divers criminel. Derrière le prédateur, un organe de gouvernance informel : diplomatie de l’ombre, chantage comme assurance mutuelle, finance opaque et justice complice. De Tucker Carlson à Xavier Poussard, les grilles de lecture convergent, ce scandale est une clé systémique pour comprendre le pouvoir mondial depuis 1945. Et si Epstein compromettait par la chair, les GAFAM le font désormais par le code.
Géopolitique Le SCAF est en état de mort clinique : huit ans de négociations, 100 milliards d’euros en jeu, un démonstrateur repoussé à 2029 et trois nations incapables de s’accorder. Pendant que l’Allemagne exige un transfert de technologie sur les commandes de vol françaises, elle achète 50 F-35 américains dont elle ne contrôlera jamais ni le code source, ni la maintenance. Dassault a raison de bloquer ; comme il a eu raison de claquer la porte de l’Eurofighter pour construire le Rafale. La France a les moyens, le tissu industriel et les compétences pour bâtir seule son chasseur de sixième génération : ce qui manque, c’est le courage politique de l’assumer.
Souveraineté numérique Mistral AI investit 1,2 milliard d’euros dans un datacenter en Suède, marquant un virage stratégique de la startup française vers l’infrastructure. Un pari cohérent si l’IA se commoditise, mais qui expose l’entreprise à des risques majeurs : dépendance à NVIDIA, course au capex face aux hyperscalers américains et timing incertain dans un secteur qui évolue à la vitesse du logiciel. Seul candidat européen encore debout sur le ring de l’IA, Mistral joue désormais sa crédibilité sur l’exécution.
Souveraineté numérique CB revient sur le devant de la scène, Wero s’allie aux systèmes nationaux européens : le tandem est séduisant sur le papier. Mais personne ne pose la vraie question, dans un monde qui se dématérialise, Wero ne risque-t-il pas de cannibaliser CB plutôt que Visa et Mastercard ? Entre absorption douce par Francfort et euro numérique en embuscade, la complémentarité affichée pourrait n’être qu’une transition organisée. La question n’est plus technique : qui décidera du sort de CB dans cinq ans ?
Souveraineté numérique L’UE inaugure NanoIC, une ligne pilote à 700 millions d’euros chez imec à Louvain, dans le cadre du Chips Act européen. Même portée à 2,5 milliards avec les cofinancements, l’enveloppe reste dérisoire face aux 165 milliards de dollars investis par TSMC rien qu’en Arizona. Pendant ce temps, la France (qui possède avec le CEA-Leti et l’écosystème grenoblois l’un des meilleurs atouts européens en semiconducteurs) regarde Bruxelles financer du prototypage en Belgique. Entre saupoudrage communautaire et absence de stratégie industrielle souveraine, l’Europe confond vitrine et usine.
Économie Le 5 février 2026, Anthropic n’a pas simplement lancé un modèle plus intelligent ; il a déclenché un repricing structurel de toute l’industrie du logiciel d’entreprise. En trois semaines, Claude Cowork et Opus 4.6 ont évaporé 285 milliards de dollars de capitalisation SaaS. Derrière le signal boursier, c’est une transformation plus profonde qui s’amorce : gel des embauches juniors, opacité organisationnelle, dépendance cognitive envers des acteurs californiens. Le verdict est rendu, même si l’exécution prendra des années.
Surveillance et libertés Le Congrès américain a publié un rapport de 160 pages, appuyé sur des documents internes obtenus par assignation auprès de Meta, Google, TikTok et X, révélant comment la Commission européenne a bâti en dix ans un appareil de contrôle du discours en ligne. La France y a joué un rôle actif, poussant à Bruxelles ce que le Conseil constitutionnel avait refusé avec la loi Avia. Des codes de conduite secrets aux Trusted Flaggers, le DSA a légalisé un système de censure déléguée sans contrôle démocratique. Cinq propositions concrètes pour replacer la liberté d’expression sous la protection du juge et du Parlement.
Souveraineté numérique Le 2 février 2026, cinq systèmes de paiement nationaux (français, espagnol, italien, portugais, nordiques) ont signé un accord d’interopérabilité. 130 millions d’utilisateurs pourront bientôt payer sans Visa ni Mastercard. Une victoire pour les souverainetés nationales face aux géants américains ? Peut-être, à condition que la BCE ne récupère pas le projet pour imposer son euro numérique.
Géopolitique Le règlement EDIP, voté en décembre, transfère pour la première fois des compétences en matière d’industrie de défense à la Commission européenne. Sans expertise propre, Bruxelles sera capturée par ceux qui savent l’influencer et Rheinmetall part avec une longueur d’avance sur Dassault. Pendant ce temps, Paris vient d’autoriser la vente de LMB Aerospace à un groupe américain, contre l’avis de la DGA. L’industrie de défense française entre dans une zone de turbulences.