Il y a des catégories que l’on crée par commodité éditoriale et d’autres qui s’imposent parce qu’on ne sait plus où ranger ce qui déborde — les textes qui commencent par une question technique et finissent par une angoisse métaphysique, ceux qui partent d’un fait divers et atterrissent dans les marges d’un exemplaire corné du Meilleur des mondes, ceux qui ne cherchent ni à informer ni à convaincre mais simplement à comprendre pourquoi on s’accroche, pourquoi on lâche, pourquoi on se lève un matin sans avoir mal alors qu’on croyait que la douleur était devenue un organe. Celle-ci est de la seconde espèce. On y trouvera des réflexions sur la tristesse qu’on porte comme un vieux manteau parce qu’elle ne demande rien, sur la rupture amoureuse comme dynamitage nécessaire du connu, sur Huxley qui avait vu juste quand Orwell n’imaginait encore que la botte, sur la métaphore du marteau qu’on applique à l’intelligence artificielle pour se dispenser de penser ce qu’elle institue vraiment, sur Bitcoin comme seul objet numérique qui ne ment pas, sur Durov interrogé quatre heures durant et qui incarne la cohérence devenue rare entre principes et actes. Ce sont les textes écrits à l’heure où l’on ne travaille plus, où l’on n’analyse plus, où l’on se demande seulement ce que signifie vivre dans un monde qui a renoncé à poser la question — avec la conviction que nommer ce qui fait mal est déjà le premier geste de celui qui refuse de rester allongé.
J’ai souscrit aux offres « x20 » (celles qui font exploser les limites de tokens, de contexte et de fréquence d’usage) et ce que j’y ai découvert m’a pris par surprise. Mon cerveau a rapidement appris à attendre la récompense : une idée surgit, une réponse arrive, dopamine immédiate, effort minimal ; le même mécanisme que les réseaux sociaux, mais appliqué cette fois à ma propre pensée. J’ai observé chez moi trois glissements progressifs : la pensée profonde est devenue optionnelle, mon exploration s’est emballée, et ma persévérance cognitive s’est atrophiée. Ce qui m’a le plus déstabilisé, c’est de réaliser que ces outils ne se contentaient pas de répondre à mes questions ; ils fabriquaient des besoins que je n’avais pas, élargissant mon champ des possibles jusqu’à ce que le « pourquoi pas ? » devienne presque une obligation. J’ai fini par couper volontairement l’abonnement, avec une conclusion qui me semble honnête : comprendre le fonctionnement interne d’un LLM ne m’a pas protégé de ses effets sur mon comportement.
Il m’a fallu traverser bien des hivers de l’esprit avant de découvrir que les livres ne sont pas des tombeaux de papier, mais des chemins de Damas. De l’éveil sensuel d’Indiana aux gouffres métaphysiques de la Correspondance de Sand, j’ai appris à respirer au rythme d’un XIXe siècle incandescent. Cette initiation, guidée par des professeurs passionnés, m’a conduit des ombres du fantastique jusqu’au seuil monumental de la nef hugolienne. Au pied de cette cathédrale de mots, j’ai fini par discerner les contours d’un monstre sacré dont l’oraison funèbre pour George Sand a scellé mon propre destin. Sur ce sentier pavé de rêves et de fièvres, j’ai enfin fait ma première véritable rencontre : celle de l’homme que j’allais devenir.
Face au catastrophisme ambiant, il est temps de voir l’intelligence artificielle pour ce qu’elle est : une véritable Renaissance technologique. Contrairement aux discours déclinistes, l’histoire prouve que chaque rupture majeure, de l’imprimerie au web, a toujours démultiplié la création humaine plutôt que de l’éteindre. L’IA ne détruit pas le travail, elle le transforme en déplaçant la valeur de l’exécution technique pure vers la vision et le sens. En permettant à chacun de dialoguer avec la machine en langage naturel, elle brise les anciennes castes pour libérer une nouvelle ère de bâtisseurs. Le seul véritable risque n’est pas l’innovation, mais notre propre inertie face à un monde qui s’invente sans nous.
Derrière le racket fiscal que constitue la taxe foncière se cache une réalité plus ancienne et plus structurelle : la France n’est pas une démocratie libérale d’égaux, mais une néo-féodalité de statuts. D’un côté les statutaires — fonctionnaires, grands corps, professions réglementées — protégés par leur « loi privée » ; de l’autre les exposés — artisans, indépendants, propriétaires bailleurs — qui financent le maintien des premiers sans corps pour les défendre. Ce système brise le lien entre l’action et sa conséquence, produisant ce que Durkheim nommait l’anomie : une désynchronisation sociale où l’effort individuel paie moins bien que la position statutaire. Le citoyen responsable a été méthodiquement remplacé par l’administré passif — et ce que certains appellent « l’ensauvagement » n’est que le sous-produit logique de cette substitution. La Révolution a aboli les ordres de l’Ancien Régime dans la nuit du 4 août 1789 ; la Ve République les a silencieusement reconstitués — il reste à les abolir pour de bon.
Crier « fascisme » en 2026 ne coûte rien, ni une amitié, ni un emploi, ni un centime. Cette dénonciation de confort offre un prestige moral immédiat tout en dispensant d’affronter les menaces réelles : islamisme politique, antisémitisme masqué en lutte anticoloniale, ingérences autoritaires, nationalismes ethniques. Hannah Arendt l’avait prévenu : le totalitarisme ne revient jamais sous les mêmes traits, et on le rate en guettant les uniformes d’hier. Notre obsession antifasciste atomise le débat en clans (allié ou traître) pendant que les corrosions concrètes avancent sans opposition. Il est plus facile de dénoncer un fantôme que de regarder en face ce que nous laissons pourrir.
Il existe des objets qu’on utilise, et d’autres qu’on contemple. L’iPhone 5S Gris Sidéral était les deux à la fois. Son chanfrein diamanté, son aluminium anodisé, ses 112 grammes de perfection représentent l’apogée d’une lignée née avec l’iPhone 4 et que personne, chez Apple, n’a su ni voulu prolonger. Ceci est une ode au dernier iPhone qu’on pouvait aimer sans raison utilitaire.
IPv6 est né la même année que Windows 98. L’un est dans un musée. L’autre est dans les « objectifs de migration 2027 ». Après 27 ans, moins de la moitié d’Internet a basculé, non pas parce que les ingénieurs réseau sont incompétents, mais parce que la solution elle-même est un chef-d’œuvre d’over-engineering que le réel refuse d’adopter. Quand le monde entier vous dit non pendant trois décennies, le problème n’est peut-être pas le monde.
La GPA n’est pas un progrès, c’est une industrie à 21 milliards de dollars qui exploite le corps des femmes précaires au profit de commanditaires fortunés. Du microchimérisme fœtal au taux de suicide des mères porteuses, la biologie et les faits contredisent le récit compassionnel. Pendant que des personnalités médiatiques normalisent le contournement de la loi française, des voix comme celle de la sénatrice Valérie Boyer tentent de sanctuariser l’indisponibilité du corps humain dans la Constitution. On ne commande pas un enfant et accoler le mot « éthique » à cette pratique ne la rend pas vertueuse.
En explorant le fonctionnement des chatbots IA, un mot m’a interpellé : « vectoriser ». Le même terme qu’utilisent les graphistes dans Illustrator depuis des décennies. Et en creusant, j’ai découvert que les physiciens manipulent ce concept depuis Newton. Trois mondes, un seul mot, coïncidence lexicale ou intuition profonde partagée à travers les siècles ?
Dans le vacarme des acronymes et du storytelling Web3, il ne reste qu’une seule chose vraie : Bitcoin. Tandis qu’Ethereum s’enfonce dans une bureaucratie algorithmique pour spéculateurs, le reste du « zoo crypto » n’est qu’un cimetière de promesses en plastique. Bitcoin, avec sa rareté mathématique gravée dans le code, est la seule monnaie qui ne ment pas.