Plan-lès-Saint-Marcellin (jusqu’en 1794)

Plan-lès-Saint-Marcellin (on trouve aussi « Plan-lez-Saint-Marcellin ») est une ancienne communauté d’habitants et seigneurie voisine de Saint-Marcellin, en Isère. Elle a disparu à la Révolution, lorsqu’elle a été réunie à Saint-Marcellin. Son territoire correspond aujourd’hui à une partie des coteaux nord et ouest de la commune, autour des lieux-dits Haut Plan et Bas Plan.

Le nom

« Plan » vient du latin planum, qui désigne un terrain plat ou un replat. Le complément « lès Saint-Marcellin » signifie « près de Saint-Marcellin ». Il servait à distinguer cette localité des autres lieux nommés Plan, notamment la commune de Plan située près de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, qui existe toujours.

La forme complète « Plan-lès-Saint-Marcellin » est attestée au moins depuis 1573.

Une communauté et une seigneurie, pas une paroisse

Une communauté d’habitants distincte

Sous l’Ancien Régime, Plan formait une communauté d’habitants distincte de celle de Saint-Marcellin. En Dauphiné, la communauté était l’unité fiscale et administrative de base : elle répartissait et levait la taille, tenait ses comptes et répondait aux enquêtes de l’administration royale.

Plan faisait partie de l’ancienne taillabilité de Saint-Marcellin, avec Blagnieu, Chatte, Chevrières, Bessins, Murinais, Vinay et Geyssans. Les fonds situés dans ces communautés étaient comptés dans les feux de Saint-Marcellin, ce qui a provoqué en 1632 un procès entre la communauté de Saint-Marcellin et ces communautés voisines, dont Plan, devant les élus de Romans.

Une seigneurie du domaine delphinal

Plan était aussi une seigneurie avec sa juridiction, qui faisait partie du domaine delphinal. En 1573-1574, des commissaires royaux chargés de vendre des biens du domaine pour renflouer le Trésor cèdent :

« la seigneurie et juridiction de Plan-lès-Saint-Marcellin, à Jean de Chissé, seigneur de La Marcousse, pour le prix de 220 livres, outre la somme de 420 livres et loyaux coûts à rembourser au précédent acquéreur »

La mention d’un précédent acquéreur montre que la seigneurie avait déjà été engagée une première fois avant 1573.

Un texte d’histoire locale cite cet acte sous la cote B 3082. L’inventaire sommaire le place en réalité sous la cote B 3081.

En 1632, le seigneur de Plan est Jean du Vache, seigneur de Plan et de l’Albenc, maître ordinaire à la Chambre des comptes du Dauphiné. Il est alors en procès avec la communauté de Saint-Marcellin. C’est très probablement le « baron du Vache » grâce auquel la construction du couvent des Récollets de Bellevue (Notre-Dame des Anges) reprend la même année 1632. Ce rapprochement reste une hypothèse.

Rattachée à la paroisse de Saint-Marcellin

Sur le plan religieux, Plan-lès-Saint-Marcellin n’était pas une paroisse : elle dépendait de la paroisse de Saint-Marcellin. Ses habitants étaient baptisés, mariés et enterrés à Saint-Marcellin et inscrits dans les registres de la ville comme « de cette paroisse ». C’est pourquoi le nom de Plan n’apparaît pas dans les registres paroissiaux de Saint-Marcellin (1611-1792).

Les deux communautés partageaient d’ailleurs les charges de l’église paroissiale. En 1774-1775, une taille est levée sur les communautés de Saint-Marcellin et de Plan pour les réparations de l’église, et sa répartition donne lieu à un différend entre elles.

Population

En 1764, en réponse à une enquête de l’intendant, la communauté de Plan compte environ 165 personnes de tous âges. C’était donc un petit territoire rural de hameaux et de fermes dispersées, sans bourg.

La disparition

Plan a été érigée en commune en 1790, comme toutes les communautés d’habitants, puis supprimée et réunie à Saint-Marcellin :

  • selon un texte d’histoire locale, en 1790 ;
  • selon la base « Des villages de Cassini aux communes d’aujourd’hui » (EHESS), entre 1790 et 1794.

La date exacte reste à établir à partir des archives révolutionnaires (série L).

Le territoire

Sur la carte de Cassini (XVIIIe siècle)

La carte de Cassini porte la mention « Plan les St Marcellin » au nord du territoire actuel de Saint-Marcellin, au-dessus du lieu-dit « Chauzan » (Chavausan). Un symbole de clocher y est dessiné. Puisque Plan n’était pas une paroisse, ce symbole pourrait désigner une chapelle, ou simplement le chef-lieu de la communauté. La question reste ouverte. Cassini indique aussi « le Molar » à l’ouest et « l’Hermitage » au nord de la ville.

Dans le cadastre napoléonien (1830-1831)

Le cadastre de Saint-Marcellin divise la commune en quatre sections :

Section Nom
A dite « de Plan »
B dite « de la Ville »
C dite « de la Plaine »
D dite « du Molard »

La section A, au nord, conserve donc le nom de Plan. On y trouve les hameaux de Haut Plan et Bas Plan, le lieu-dit Chavausan et, à sa limite sud-est, le château de Belle Vue (ancien couvent des Récollets). Le Haut Plan, à 448 m, est aujourd’hui le point culminant de la commune.

Un ruisseau légendé « Savouret » traverse la section A au pied de Bas Plan. Le Savouret, intermittent, descendait ensuite vers la ville, dont il alimentait autrefois les fossés.

Une limite jaune inhabituelle traverse la section A sur le plan d’assemblage. Elle n’est pas expliquée.

Le « Domaine Barbier Curé »

Dans la section A, entre Bas Plan et Chavausan, les parcelles 308 et 309 portent la mention « Domaine Barbier Curé ». On y voit :

  • un bâtiment long et étroit (parcelle 309), à décrochement ;
  • une croix rouge à l’angle du bâtiment, d’où partent des lignes de triangulation en pointillés rouges ;
  • un cercle tracé au crayon autour du domaine, ajouté ultérieurement.

On a d’abord pensé y voir l’église de Plan. Comme Plan n’avait pas de paroisse, il s’agit plus probablement du bien personnel d’un curé nommé Barbier, éventuellement avec une chapelle. Seul l’état de section de 1831 permettra de connaître la nature exacte de la parcelle 309.

Superposé aux vues aériennes actuelles, le domaine correspond au bâtiment à toit rouge situé à l’ouest de la rue de Bas Plan, dont l’orientation reprend celle du bâtiment de 1830. Les fermes Picat voisines, le chemin et le carrefour avec la route qui suit le vallon du Savouret permettent de caler la superposition.

Reconstitution des limites

Une reconstitution du territoire de Plan a été tracée en GeoJSON (fichier plan-les-saint-marcellin.geojson). Elle couvre environ 3,6 km², soit un peu moins de la moitié de la commune actuelle (7,7 km²), au nord et à l’ouest. Elle correspond aux sections A et D du cadastre, et exclut la ville close (section B) et la plaine du sud (section C).

Cette reconstitution doit être tenue pour une hypothèse haute : la section D porte le nom du Mollard et non celui de Plan, et rien ne prouve encore qu’elle appartenait à Plan. L’hypothèse basse limiterait Plan à la section A. Seul le parcellaire de 1718 permettra de trancher.

Par complément, le territoire de Saint-Marcellin avant la réunion de Plan (fichier saint-marcellin-avant-1794.geojson) couvre environ 4,1 km². La petite bande de terrain cédée par Chatte à Saint-Marcellin par arrêté préfectoral du 26 novembre 1960 (environ 0,7 ha, fichier cession-chatte-1960.geojson) n’a jamais fait partie de Plan.

Ce qui reste à éclaircir

  • La date exacte de la réunion à Saint-Marcellin (1790 ou 1790-1794).
  • Les limites précises du territoire, et l’appartenance ou non de la section D.
  • L’existence d’une chapelle à Plan, et la nature du « Domaine Barbier Curé ».
  • La liste complète des seigneurs de Plan, entre l’acquéreur antérieur à 1573, Jean de Chissé (1573) et Jean du Vache (1632).

Sources à consulter

Archives de la mairie de Saint-Marcellin

  • Parcellaire de Plan-lès-Saint-Marcellin, 1718. C’est la source décisive pour les limites : il décrit toutes les parcelles de la communauté.

Archives départementales de l’Isère

Fonds des archives communales de Saint-Marcellin (4 E 370) :

Cote Contenu Dates
4 E 370 / CC 2 Parcelles de l’ancienne taillabilité de Saint-Marcellin, dont Plan 1608-v. 1634
4 E 370 / CC 48 Rôle sur les communautés de Saint-Marcellin et de Plan pour les réparations de l’église paroissiale 1774
4 E 370 / CC 176 Capitation de Plan : lançons et rôles (liste des chefs de famille) 1774-1789
4 E 370 / CC 177 Taille, vingtième, corvée, comptes, différend avec Saint-Marcellin, route de Grenoble, grêle de 1778, réponse à l’enquête de l’intendant (1764) 1740-1789
4 E 370 / FF 4 Procès de la taillabilité de Saint-Marcellin contre les communautés voisines, dont Plan 1632
4 E 370 / FF 8 Procès entre la communauté et Jean du Vache, seigneur de Plan 1632

Cadastre napoléonien de Saint-Marcellin :

Cote Contenu Dates
6141 W 248 État de section (nature de la parcelle A 309) 1831
3333 W 45-46 Matrice des propriétés foncières (propriétaires du Domaine Barbier) 1831-1914
4P4/411 Plans originaux, dont la section A « de Plan » 1830

Autres séries :

  • B 3081 : vente de la seigneurie de Plan à Jean de Chissé (1573-1574), Chambre des comptes du Dauphiné.
  • Série Q : ventes de biens nationaux, pour une éventuelle chapelle ou un bien ecclésiastique à Plan.
  • Série L : administrations révolutionnaires, pour la municipalité de Plan en 1790 et sa réunion à Saint-Marcellin.
  • Série C : révisions des feux et rôles de taille de l’administration provinciale.

Ouvrages

  • A. Prudhomme, Inventaire sommaire des Archives départementales de l’Isère, série B, tome II, Grenoble, 1884, p. 483 (analyse de B 3081).
  • D. Dupraz, Répertoire des archives communales déposées de Saint-Marcellin (4 E 370), Archives de l’Isère, 1974, complété en 2018-2024.
  • É. Clouzot, Pouillés des provinces de Besançon, de Tarentaise et de Vienne, Paris, 1940, pour vérifier l’absence de lieu de culte à Plan dans les pouillés médiévaux.
  • U. Chevalier, Regeste dauphinois, pour les mentions médiévales de Plan.
  • Carte de Cassini (XVIIIe siècle), consultable sur remonterletemps.ign.fr.

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