Lettre du seigneur de Beaucroissant à Laurent de Maugiron (13 avril 1580)

  • Date : le
  • Cote : Bibliothèque de Grenoble, ms. 1434, Recueil de documents, t. XVI
  • Source du texte : Bibliothèque de Grenoble, ms. 1434, d'après A. Lagier, La baronnie de Bressieux (1901), p. 127-128, orthographe du document respectée.

Au printemps de 1580, la guerre tient tout le pays de Saint-Marcellin. Les huguenots occupent Beauvoir, de l’autre côté de l’Isère, et le Royans, d’où Lesdiguières, chef des protestants du Dauphiné, peut à tout moment passer la rivière. Pour le roi, la ville est tenue par un gentilhomme du voisinage, le seigneur de Beaucroissant, Louis de Bressieu, d’une branche cadette de la maison de Bressieux, que l’on retrouve trois mois plus tard, le 4 juillet, à la poursuite des pillards de l’abbaye de Saint-Antoine.

Le 13 avril, il rend compte à son chef, le lieutenant général Laurent de Maugiron, seigneur du Mollard. Ses nouvelles viennent d’un homme de la ville qui a quitté le camp protestant le jour même : Lesdiguières s’éloigne vers le Briançonnais et le Royans meurt de faim. Beaucroissant s’emploie à faire sortir de Beauvoir les catholiques restés parmi les huguenots, garde à grand-peine le château de Chatte et soupçonne un traître dans l’entourage de Maugiron.

Il était mal renseigné. Deux jours plus tard, le 15 avril, Lesdiguières passe l’Isère à la faveur du fort de Beauvoir, feint d’attaquer Saint-Marcellin et va surprendre Tullins. Le récit Le siècle des guerres de Religion replace la lettre dans son temps. Le nom de Beaucroissant (« Baucressant ») se lit encore parmi les signataires de la supplique de la noblesse de 1609.

La lettre est signée « Breissieu » : les seigneurs de Beaucroissant portaient le nom de la maison dont ils étaient issus. Le texte est donné tel que l’a publié l’abbé Lagier en 1901.

Le texte

« Monsieur, par la derniere que je vous ay escript, je vous ay dict que Lesdiguieres estoit allé avec partie de ses forces tirant a Sassenage, partie revenu en Royans. Et depuis, j’ay su la vérité par homme de sette ville1, qui set retiré se jourdhuy daveqeux2, qu’il san va en diligence en Briançonnois ; et nia gueres de gens en Royan ; et encore se qui est endure la fain jusque a me dire que s’il estoit assiégé, il ne sauriont durer trois ou quatre jours, tant la nécessité i est grande. Et mesme, a Beauvoir, je fais se que je puis pour retirer les catoliques qui sont parmy eulx, suivant la commission que me avez donnée. Il i en a beaucoup qui disent que se veullent retirer ; mais je crains que set plustot pour envie qu’ils ont de manger leur soul que non pour bien faire. Je fais garder le chasteau de Chate3 aveque grand incommodité. Beaulieu4 m’a dit quil ia quelquung aupres de vous qui tient averti les ennemis de toutes vos entreprinses et que ung laquais abillée de toille va et vien souvent vers eux. Il nous gaignent de la main par cautelle et subtillité. Il nia que Dieu qui nous pourra garder des traitres, auquel je prieray, Monsieur, qui vous donne en santé tres longue et tres heureuse vie.

« De Sainct Marcellin, le xiii apvril 1580, votre tres humble et obéissant serviteur, Breissieu. »


  1. Un homme de Saint-Marcellin. ↩

  2. « Qui s’est retiré ce jourd’hui d’avec eux » : qui a quitté le jour même le parti des huguenots. ↩

  3. Le château de Chatte, sur la colline voisine de Saint-Marcellin. ↩

  4. Personnage non identifié, sans doute un capitaine du parti catholique. ↩

Sources

  • Bibliothèque de Grenoble, Recueil de documents, ms. 1434, t. XVI
  • A. Lagier, La baronnie de Bressieux, Valence, Jules Céas et fils, p. 127-128,

Dans le récit : Le siècle des guerres de Religion

Chronologie

  1. 13 avril 1580 De Saint-Marcellin, le seigneur de Beaucroissant écrit à Laurent de Maugiron que Lesdiguières part en diligence pour le Briançonnais et que le Royans, affamé, ne tiendrait pas trois ou quatre jours ; il s’emploie à faire sortir de Beauvoir les catholiques mêlés aux huguenots, fait garder le château de Chatte et met Maugiron en garde contre un espion de son entourage.

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Source : https://paul.argoud.net/saint-marcellin-isere/histoire/lettre-de-beaucroissant-1580/