De la Grande Guerre à la veille de la Seconde (1914-1939)
De la mobilisation de 1914 à celle de 1939
Une petite ville que la guerre vide de ses hommes, puis que l’État prive de son arrondissement
La Grande Guerre
La mobilisation générale est décrétée le 1er août 1914. Dès le 5, Joseph Thomé, le cuisinier de l’Hôtel de France, place Lacombe-Maloc, part pour un front d’où il ne reviendra qu’en février 1919, blessé deux fois en Alsace et resté simple soldat. Le sous-préfet Charles Cavallier, arrivé en janvier, est mobilisé à son tour le 11 août.
La ville soigne les blessés : le couvent de Bellevue abrite en 1916 une ambulance militaire, et l’École supérieure de jeunes filles est elle aussi transformée en ambulance.
La guerre renfloue le tramway de Lyon, jusque-là déficitaire. Il dessert le camp militaire de Chambaran, où l’on s’entraîne au tir au canon, et les usines d’armement de la banlieue lyonnaise : près de 500 000 hommes de troupe et 150 000 tonnes de marchandises l’empruntent vers le camp ou depuis le camp. Le 10 août 1917, un « cyclone » détruit la ligne de Saint-Marcellin à Roybon.
La guerre saigne la ville. Le monument aux morts porte, pour 1914-1918, les noms de 115 Saint-Marcellinois ; le livre d’or du ministère des pensions en recense 89, dont une douzaine qui ne figurent pas sur le monument. Les premiers tombent dès le 19 août 1914 en Alsace ; d’autres meurent dans les Vosges, dans la Somme, en Champagne, à Verdun en 1916, aux Dardanelles en 1915, ou en captivité en Allemagne. À l’église, la cloche moyenne, Victoire, se brise en sonnant le glas des soldats morts pour la patrie.
Le retour de la paix (1919-1925)
Retardées par la guerre, les élections municipales ont lieu les 30 novembre et 7 décembre 1919 : le vétérinaire Georges Dorly, conseiller général du canton depuis 1911, devient maire. Il le restera jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Le 13 novembre 1921, la ville inaugure son monument aux morts, élevé derrière le palais de justice « aux enfants de Saint-Marcellin morts pour que la France vive » ; la carte postale de l’inauguration l’attribue au statuaire de Tarnowsky.
En 1923, Victoire est refondue ; une nouvelle petite cloche, Thérèse de l’Enfant-Jésus, offerte par les enfants de la ville, la rejoint au clocher. Au château du Mollard, Mme Jean-Alphonse Clerc s’est installée à demeure en 1920.
La paix amène l’industrie. En 1922, la Compagnie générale d’électricité construit à Saint-Marcellin une usine de sa filiale de fabrication d’appareillage électrique, la FAE, qui travaille déjà à Pont-en-Royans depuis 1918. La même année, un décret approuve le rachat du réseau de tramways de l’Ouest du Dauphiné, qui achète ses premiers autorails.
Revenu de l’armée en novembre 1922, René Guttin reprend avec sa mère l’Hôtel de France ; leur cuisinier Joseph Thomé ouvre bientôt son propre hôtel rue Saint-Laurent. En 1924, le maire Georges Dorly est élu député de l’Isère sur la liste du Bloc des gauches ; battu dans la circonscription de Saint-Marcellin en 1928, il ne se représente plus.
1926 : la fin de la sous-préfecture
Le 10 septembre 1926, la réforme administrative du gouvernement Poincaré supprime l’arrondissement de Saint-Marcellin, rattaché à celui de Grenoble ; le dernier sous-préfet, Sully Dumas, quitte la ville le 22 septembre. Depuis 1800, la sous-préfecture faisait de Saint-Marcellin la petite capitale de sept cantons. Le tribunal, supprimé lui aussi, est ensuite rendu à la ville. Le 28 octobre de la même année, le clocher de l’église est inscrit à l’inventaire des monuments historiques.
Une petite ville entre deux guerres (1927-1939)
La Lyre saint-marcellinoise remporte des premiers prix au concours international de Cannes en 1927, puis fait le voyage d’Alger en 1930. La ville a trois cinémas : celui de la salle des fêtes, celui de l’Amicale laïque, dans l’École supérieure du boulevard Riondel, et celui du presbytère ; à la demande du préfet, une commission municipale les contrôle en 1931. En 1932, on construit le gymnase de l’avenue de la Santé ; la petite chapelle funéraire de l’enclos démoli est remontée au cimetière. La même année meurt Victor Matraire, ancien maire, dont le journal garde la mémoire de la ville du XIXe siècle.
L’Hôtel de France fait la réputation de la ville : le 12 juin 1934, la municipalité et le syndicat d’initiative y reçoivent à déjeuner un voyage d’information touristique en Dauphiné, et le Chicago Daily Tribune vante bientôt le foie gras en gelée et la truite à la hussarde de René Guttin ; en 1937, le guide Michelin lui donne deux étoiles.
En 1935, le tramway de Saint-Marcellin à Roybon cesse de rouler, après vingt-sept ans de service ; la même année, la FAE installe son siège social à Saint-Marcellin. En 1936, la ville compte 4 258 habitants. Le poète Maurice Prax s’y installe en 1937. Deux ans plus tard, la mobilisation de septembre 1939 rappelle les hommes : la suite est dans la Seconde Guerre mondiale.
Études liées : la ligne de tramway Lyon – Saint-Marcellin, le Mollard et ses seigneurs.
Sources
- Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, chapitres I, X, XV, XVII et XVIII
- « Le Faubourg Saint-Laurent, à Saint-Marcellin », thermopyles.info, articles IV à VI (Hôtel de France, familles Guttin et Thomé),
- « Françoise Sagan et les usines de la FAE », thermopyles.info, cinquième chapitre,
- « Les Méliès, cinéma de Saint-Marcellin ; un bel octogénaire », thermopyles.info, premier article,
- « Les derniers écrits de Paul Berret », thermopyles.info, quatrième article,
- « L’histoire de la ligne de tramway Lyon – Saint-Marcellin »
- « Arrondissement de Saint-Marcellin », Wikipédia (liste des sous-préfets, d’après les Archives nationales)
- « Georges Dorly », Wikipédia
- « Église (clocher), Saint-Marcellin », base Mérimée, notice PA00117259
- « Saint-Marcellin : monument aux morts et livre d’or du ministère des pensions », MémorialGenWeb, relevés n° 1903 et 110829
- Cartes postales anciennes de Saint-Marcellin, collection du site : monument aux morts (13 novembre 1921), ambulances du couvent de Bellevue (1916) et de l’École supérieure de jeunes filles
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