Philosophie et existentialisme Quand un constructeur découvre un composant défectueux, il publie un avis de rappel. Pour ses produits intellectuels, la France ne l’a jamais fait. Foucault, Derrida et Deleuze ont pourtant fourni les mécanismes que les campus américains ont assemblés en machine de guerre identitaire, sans notice ni garde-fous, sous le regard flatté de leurs auteurs. Quarante ans plus tard, le produit nous revient par containers entiers et le réquisitoire ne suffit plus. Voici l’avis de rappel, et le service après-vente commence ici.
Politique En France, près de 50 milliards d’euros de financements publics sont versés chaque année au monde associatif. Derrière la gestion légitime des services publics se cache pourtant une dérive démocratique majeure : le financement d’organisations dont la seule activité est de fabriquer de la norme et d’influencer les politiques. Subventionnées par l’État qu’elles prétendent surveiller, ces structures utilisent l’argent du contribuable pour mener des guerres juridiques permanentes, paralysant les projets et remplaçant le vote des électeurs par le contentieux. En perdant leur indépendance financière, ces précieux contre-pouvoirs ont changé de nature. Le chien de garde de notre démocratie s’est ainsi transformé en animal de compagnie de l’administration.
Ma vie Le même jour, la France s’est battue pour des ventilateurs chez Lidl et m’a confié une chaussure à la fois dans un magasin du coin. En amont, une pénurie transformée en émeute, portes arrachées et gaz lacrymogène pour deux climatiseurs ; en aval, des cartons amputés de leur moitié, la seconde chaussure étant séquestrée à l’accueil par présomption de vol. Deux scènes anodines, deux symptômes du même mal : l’effondrement silencieux de la confiance, ce capital invisible dont la disparition se paie en portiques, en vigiles et en petites humiliations réciproques. Chacun agit rationnellement, et le résultat collectif est absurde. Une civilisation ne s’effondre pas dans un fracas de colonnes : elle s’effrite un jeudi matin devant un supermarché, une chaussure à la fois.
Politique Le débat entre Éric Zemmour et François Bayrou est ce qu’on a vu de mieux depuis longtemps : deux orateurs qui écoutent, argumentent et convoquent l’histoire de France sans se diaboliser. Mais bien débattre n’est pas débattre de la bonne chose. Derrière la hiérarchie civilisationnelle de l’un et l’urgence budgétaire de l’autre se cache un angle mort commun : la machine étatique à 1 714 milliards qui produit simultanément les deux crises, et que personne ne propose de démonter. Vérification des chiffres à l’appui, des créanciers étrangers de la dette à l’écart de richesse avec les Pays-Bas, cet article montre pourquoi ce face-à-face rejoue en miniature l’étrange défaite de Marc Bloch. Et pourquoi 1958, que Zemmour invoque, ne fut pas sauvée par un tribun mais par un économiste.
Technologie Depuis deux ans, mon casque Logitech PRO X 2 relié en Lightspeed à un Mac mini Apple Silicon décroche sans prévenir, dans un silence total, en prenant au passage tout le sous-système audio de la machine en otage. En croisant les retours d’utilisateurs, le constat est sans appel: ce n’est ni ma malchance ni mon installation, mais la collision de deux fragilités, le sans-fil propriétaire de Logitech et la pile audio USB de macOS, aggravée par sa surcouche logicielle G Hub. Le fiasco du certificat expiré de janvier 2026, qui a paralysé G Hub sur le seul macOS, en est la preuve éclatante. Le repli en Bluetooth offre une stabilité relative, mais au prix de la latence et de la qualité, autant dire un aveu d’échec déguisé en fonctionnalité. À 300 euros, c’est une déception qui m’a guéri de l’Astro A50 X et fait douter jusqu’à ma future MX Master 4.
Politique Le camion qui ramassait vos ordures devant votre porte disparaît, remplacé par des moloks vers lesquels vous devez désormais vous déplacer, sac à la main. Saint-Marcellin Vercors Isère Communauté appelle cela une modernisation, mais l’opération est d’abord comptable : l’ADEME reconnaît elle-même que l’apport volontaire coûte 25 % de moins à la collectivité, parce que le carburant, le temps et l’effort passent dans le coffre des administrés, pendant que la taxe ordures ménagères, elle, augmente. Derrière l’alibi écologique se profile la vraie cible, la tarification incitative et le comptage nominatif de vos déchets, tandis que les bornes débordent, que les rats prospèrent et que le sous-dimensionnement perdure depuis plus de dix ans sans la moindre correction. Le fiasco des conteneurs de la place Charles-de-Gaulle, imposés sans concertation puis retirés après sept mois de fronde, illustre une régression qui frappe d’abord les plus fragiles, exclus du service public avant d’être verbalisés. Une analyse à charge d’un service qu’on ne supprime pas, qu’on vous transfère, et dont personne ne pourra fuir la responsabilité.
Politique
La municipalité de Saint-Marcellin célèbre son cimetière comme un patrimoine à visiter tout en le laissant retourner à la friche le reste de l’année, sous le mot flatteur de « végétalisation ». Derrière ce vernis vert se cache une réalité prosaïque : depuis l’interdiction des herbicides dans les cimetières au 1er juillet 2022, la commune a retiré l’outil chimique sans financer les dizaines de passages manuels que l’entretien exige désormais. Le retournement est cinglant, car la vraie végétalisation est un couvert maîtrisé qui concurrence l’ambroisie, quand la friche observée sur place en est au contraire le terrain de prédilection, au mépris d’une obligation légale de salubrité publique qui pèse sur la mairie. Des riverains constatent même que les services municipaux n’interviennent qu’après une publication dénonçant l’abandon, preuve que c’est la pression citoyenne et non l’entretien régulier qui déclenche l’action. Sur un lieu de deuil, ce mensonge par euphémisme ne devient pas seulement malhonnête, il devient indécent envers les familles qui découvrent les tombes de leurs proches sous les ronces.
Société Il y a un son que j’ai appris à haïr : ce petit « blop » mou suivi d’un chiffre obscène, 4:10, qui m’annonce qu’on vient encore de me prendre pour un répondeur sur pattes. Le message vocal n’est pas un transfert d’information, c’est un transfert de charge : l’expéditeur économise vingt secondes d’écriture et me refile quatre minutes de décodage, interjections, respirations de marathonien et bruit de fond compris. Car le vocal n’arrive presque jamais d’un endroit décent : rue venteuse, salle de bains qui résonne, rayon de supermarché, je ne reçois pas un message mais une prise de son de terrain à débruiter moi-même. Ni la courtoisie de l’appel, ni la précision de l’écrit, et mon conduit auditif reste un territoire souverain que je refuse de voir annexer au nom de la flemme d’autrui. Petit coup de gueule, méthode assumée, et plaidoyer pour la plus belle preuve de respect qui soit : m’écrire deux lignes.
Société Qobuz vient d’annoncer une croissance de 45,7% et son passage à l’équilibre, belle revanche d’un acteur français qui a parié sur la qualité sans compromis plutôt que sur la gratuité publicitaire. Utilisateur fidèle du seul service d’achat et de téléchargement, j’y vois autant un plaisir esthétique qu’un geste de souveraineté. Mais treize ans après l’avoir payé, le « Hotel California » qui m’avait fait découvrir la plateforme m’est aujourd’hui refusé au retéléchargement, droits révoqués par le label, facture envolée avec lui. Cette mésaventure pose la vraie question, celle d’un « achat » qui n’est en réalité qu’une licence d’accès révocable, et rappelle que le bien numérique nous échappe dès qu’un intermédiaire le détient à notre place. La seule propriété qui vaille reste celle que l’on rapatrie et que l’on tient physiquement entre ses mains.
Société Si nos amours durent moins que celles de nos parents, ce n’est pas que nous aimerions moins bien, c’est que les barreaux qui retenaient les couples d’autrefois, la honte, la religion, la dépendance économique, sont tombés, et qu’ils ont longtemps tenu lieu de ce qu’ils n’étaient pas : de l’amour. Les chiffres le confirment, du pic du divorce vers 1980 à son reflux chez les plus diplômés, en passant par cette courbe du bonheur conjugal qui ne remonte sur le tard que parce que les malheureux ont divorcé en chemin. Or l’état amoureux n’est pas l’amour : ce n’est qu’une ivresse biologique où nous projetons nos désirs sur l’autre, et le véritable amour commence précisément là où s’éteint cette magie, dans le choix exigeant d’accueillir un être réel avec ses fêlures. Privée de toute contrainte, cette discipline repose désormais sur des qualités que la plupart réclament chez les autres sans jamais les cultiver en eux-mêmes. Et c’est ainsi que la confiance s’effondre, non sous les coups de quelques monstres, mais sous les millions de petits coups de canif de gens parfaitement normaux qui, chaque fois, avaient une bonne raison.