Promenade de Joud
Les dieux auraient-ils présidé à la naissance de Joud ? Son nom viendrait, dit-on, de « Jovis », c’est-à-dire Jupiter. Encore faudrait-il, pour en être certain, qu’on découvrît à Saint-Marcellin un ex-voto, une inscription romaine ou quelque vestige incontestable. Si les érudits ont fait ce rapprochement, c’est qu’il existe en Dauphiné plusieurs « Mons Jovis », francisés en « Monjoud », lieux où s’élevait jadis un temple dédié à Jupiter. Le recoupement est tentant, mais sans doute trop facile.
Au XIVe siècle, la charte delphinale désigne Joud sous le simple nom de « Jo », sans trancher la question pour autant. Que le père des dieux y ait été adoré ou qu’il y soit resté parfaitement inconnu, l’essentiel est ailleurs : Joud est avant tout un don magnifique de dame Nature.
Un plateau né de l’Isère
Un mot d’abord de ses origines. Ce plateau très ancien est un dépôt laissé par l’Isère, qui l’a façonné au fil des millénaires, à l’époque où se dessinait notre région. Immense à l’origine, la rivière s’est retirée par étapes à la fin des glaciations, jusqu’à devenir le cours d’eau bien modeste, en comparaison, que nous connaissons aujourd’hui. En se retirant, elle a abandonné des masses de galets et la molasse qu’elle recouvrait, formant quatre terrasses d’altitudes différentes. La deuxième de ces étapes a donné naissance au plateau de la Blache, à Vinay, et au coteau de Joud, qui s’étage de 285 à 351 mètres. Les trois autres terrasses composent notre paysage familier, mais ce serait nous éloigner du sujet.
Comment Joud devint promenade publique
Au début du XIXe siècle, le plateau appartenait à la famille de Beaumont, qui le mit en vente en 1817. Le public avait déjà toute liberté de le fréquenter, mais ses admirateurs voulurent en garantir l’accès pour l’avenir. Ils sollicitèrent Lambert-Antoine Robin du Vernay, jurisconsulte et maire de Saint-Marcellin, pour qu’il s’en porte acquéreur, en s’engageant à lui rembourser le prix par une souscription. M. du Vernay acheta donc le plateau et fit replanter de marronniers l’allée centrale, que seuls quelques tilleuls ombrageaient encore. Il le céda plus tard à la ville au nom des souscripteurs, à une condition : qu’on n’y construise jamais aucun bâtiment public.
Monter à Joud
Depuis le centre-ville, deux chemins mènent à Joud : la montée du Calvaire et le pittoresque escalier qui s’ouvre à l’entrée du faubourg Vinay. Avant que cet escalier ne fût construit, un sentier caillouteux longeait à cet endroit le rempart.
Ces deux accès ont leur histoire. Jadis, à la première menace de peste, les consuls faisaient fermer les quatre portes de la ville et les faisaient garder jour et nuit, afin qu’aucun « estranger » ne pénètre dans nos murs. Le voyageur venant de Vinay pour gagner Romans devait alors contourner la cité par les hauteurs : gravir la rampe caillouteuse, traverser Joud, puis redescendre par la montée du Calvaire, ou faire le chemin inverse. Un acte de 1586 en témoigne : au besoin, on réparait en hâte ces deux voies, les seules officielles et autorisées, ainsi que le rempart.
Au sommet de la montée, Joud avait naturellement son calvaire, dressé sur le tertre à droite de l’entrée de l’allée. Il fut le but de moult processions.
Images
Promenade de Joud
La Promenade de Joud
Promenade de Joud
Promenade de Joud
La Promenade de Joud
La Promenade de Joud.
Promenade de Joud
Promenade de Joud
Promenade de Joud
Évoqué dans
- Une terre de passage : de Rome au saint qui donna son nom à la ville (récit, De l'Antiquité au haut Moyen Âge)
- La naissance d’un bourg autour d’une église (récit, XIe et XIIe siècles)
- Les Robin du Vernay et du Truchey (étude thématique)
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