Délibération des trois ordres en l’honneur de M. Brenier (24 juin 1724)

  • Date : le
  • Source du texte : Délibération de l'assemblée des trois ordres ; original non localisé.

En 1723, Louis XV crée à Saint-Marcellin une série de nouveaux offices municipaux, que la ville doit racheter ou dont elle doit payer les gages : 1 617 livres par an. L’assemblée des trois ordres, atterrée, est réunie par le premier consul, M. Brenier. Il rédige séance tenante une supplique à l’intendant, se rend plusieurs fois à Grenoble et obtient secours et dégrèvements.

Le 24 juin 1724, jour de la Saint-Jean où l’on élit les consuls, l’assemblée le reconduit pour la troisième fois, du jamais vu, et justifie son choix dans cette délibération.

La délibération

« Il est sans exemple dans la communauté, que la même personne ait été premier consul pour la troisième fois. C’est cependant ce que l’on trouve dans celle de M. Brenier, preuve certaine et convaincante de la confiance qu’on a en lui.

« Ses plus particulières attentions ont toujours été le bien de la communauté, le repos et la tranquillité de ses habitants, aux dépens même de la sienne propre.

« Il n’a jamais rien trouvé de rude et de difficile lorsqu’il a fallu défendre l’intérêt public ; et les années de son consulat ont été autant de cours1 heureux pour cette communauté.

« Le Tiers Etat n’oubliera jamais qu’il a su le faire décharger des charges locales pour les faire répartir sur le clergé et la noblesse, suivant les dispositions des réglements2.

« M. Brenier n’a pas moins mérité l’estime des deux premiers Ordres, puisqu’il a toujours été très attentif à leur faire rendre ce qui leur était dû, dans la justice et dans l’équité.

« Un attachement si parfait et si désintéressé3 au bien de sa patrie mérite des sentiments éternels de reconnaissance. Aussi les membres de cette assemblée lui en donneront-ils des marques dans toutes les occasions. Et, comme dans la situation de leurs affaires communes, ils ne peuvent jeter les yeux sur personne qui puisse occuper avec plus de dignité la charge de premier consul que M. Brenier, ils l’ont tous unanimement nommé, le priant instamment de vouloir l’accepter, n’en ayant voulu nommer aucun autre. »

Quel Brenier ?

La délibération ne donne pas de prénom. On l’a parfois attribuée à Antoine Brenier, mais celui-ci, né en 1712, n’avait que douze ans. Le premier consul de 1724 est très probablement Alexandre Brenier (1674-1740), avocat au Parlement, déjà premier consul en 1718. La délibération elle-même le désigne : elle le loue d’avoir fait répartir les charges locales sur le clergé et la noblesse, ce qui est précisément l’enjeu de l’affaire de 1717. L’homme que l’assemblée couvre d’éloges serait donc le premier consul que le syndic de la noblesse traitait alors d’« homme inquiet et présomptueux ».

L’hommage ménage pourtant tout le monde : l’éloge rappelle aussitôt que M. Brenier a toujours veillé à rendre aux deux premiers ordres « ce qui leur était dû ». En 1724, la paix est faite, au moins sur le registre.


  1. Ainsi dans le livre ; sans doute « jours heureux ». ↩

  2. Allusion à l’affaire de 1717, quand la communauté décida de répartir sur tous les habitants les 300 livres de dépenses ordinaires jusque-là payées par le seul tiers état. ↩

  3. Le livre imprime « détintéressé ». ↩

Sources

  • Registre des délibérations de la communauté, 24 juin 1724 (archives communales)
  • Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, annexe du chapitre IV

Dans le récit : Robe, couvents et misère : la ville sous l’Ancien Régime

  • Date de publication :

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Source : https://paul.argoud.net/saint-marcellin-isere/histoire/hommage-a-antoine-brenier-1724/