Grande Rue : un siècle de cafés, de boulangeries et de vitrines (1900-2026)

Des cafés par dizaines avant 1950, deux adresses qui en gardent un plus d’un siècle, une boulangerie qui tient au même numéro depuis avant 1962, un snack à la place de la Maison de la Presse : la Grande Rue, la mieux documentée du site, raconte une ville marchande qui change de métiers.

Elle compte quarante-huit adresses et plus de cent quarante établissements. Cette étude ne les raconte pas tous ; elle suit les fils qui se dégagent des fiches : les Carmes, les cafés, le pain, une vitrine qui change de métier, deux numéros voisins réunis, l’habillement, et la restauration rapide qui arrive.

Cette étude est un instantané : elle suit les fiches du site telles qu’elles étaient le 7 novembre 2026, et ce qu’elle dit de « l’état actuel » vaut à cette date. Les fiches, elles, sont tenues à jour : toutes les adresses de la rue, avec leurs occupants successifs, sont sur la page de la Grande Rue.

Les Carmes, du 61 au 69

Avant les commerces, il y a un couvent. Les Grands Carmes, établis vers 1400, occupent jusqu’au 9 février 1791 les numéros 61, 63, 65, 65 bis, 67, 67 bis et 69. Voir l’organisation « Grands Carmes ».

Des cafés partout

Avant 1950, c’est le café qui fait la rue. Les fiches en nomment une douzaine : le « Café Mandier » (peut-être dès 1904 jusqu’en 1913) puis le « Café Loubet » (1913-1924) au 46, remplacé en avril 1924 par le « Grand Café de la Poste », ouvert encore en 1945 ; le « Café des Sports » de Régis Mandier, l’ancien exploitant du 46, au 16, jusque vers 1929 ; le « Café de l’Union » au 41, de mars 1909 à mars 1945 ; le café « En face de la Poste » au 63 jusqu’en avril 1920, que reprennent d’autres exploitants jusqu’en 1928 ; le « Grand Café » au 22, de 1894 au moins jusqu’après 1945 ; et, au 14, le « Café Arribert » dès avant 1908, puis le « Café Blay » et d’autres encore.

Deux adresses gardent un café très longtemps. Au 14, des cafés se succèdent de 1908 environ jusqu’au 21 avril 2026, date de fermeture d’un café-bar : plus d’un siècle, avec des enseignes et des exploitants différents, dont les fiches ne notent pas tous les intermédiaires. Au 46, un café est attesté, peut-être dès 1904, jusqu’au 4 avril 2019 : « Grand Café de la Poste » jusqu’après 1945, un café-bar jusqu’en 1986, puis « Hippo 38 » de 2001 à 2015, puis un dernier exploitant. Le 6 décembre 2019, un fleuriste, « Les Fleuristes », prend la place ; il s’en va le 14 mars 2023. Le 46 abrite aussi un médecin, le docteur Victor Carrier, du 1er juin 1931 au 29 novembre 1943, jour de sa mort.

Le « Grand Café » du 22, qui a une seconde entrée rue du Cardinal, garde son nom plus d’un demi-siècle malgré sept exploitants successifs, de Victor Teste, premier tenancier connu en 1894, à Marcel et Maggiorina Larochaix, qui l’achètent le 7 avril 1944. Le café est aussi un lieu de la vie associative : siège de la Basoche saint-marcellinoise en 1922, du Boxing-Club saint-marcellinois en 1928, de l’Union Cycliste en 1929, qui vient de perdre le café des Sports, et du club Saint-Marcellin Sports en 1944. Cette année-là, lors d’une rafle allemande, les résistants cachent des documents dans une niche dissimulée derrière l’armoire où le club range son matériel de rugby (voir Saint-Marcellin dans la Seconde Guerre mondiale).

Le pain et les gâteaux

Quatre adresses ont eu une boulangerie-pâtisserie, et l’une d’elles ne s’est jamais arrêtée. Au 19, un boulanger-pâtissier et chocolatier est en place jusqu’au 31 décembre 1962 ; la « Pâtisserie Bonnet » lui succède le 1er janvier 1963 et tient jusqu’au 30 juin 1997 ; une nouvelle boulangerie-pâtisserie ouvre le 31 juillet 1997 et existe toujours. Du pain et des gâteaux à la même adresse depuis 1962 au moins, à un mois d’interruption près en 1997. Au 45, trois boulangers se succèdent de 1982 à 2018 : un du 15 avril 1982 au 31 mars 1995, un du 7 avril 1995 au 1er janvier 2008, puis « L’Écrin Fruité » du 18 septembre 2007 au 17 avril 2018. Au 6, « Aux Délices » tient jusqu’en 2004, une autre boulangerie jusqu’en 2006 ; au 23, une boulangerie-pâtisserie du 28 mai 1990 au 25 décembre 2001.

Du médicament au parfum, du parfum à l’immobilier : le 50

Le 50 Grande Rue change de métier comme aucune autre adresse. Une « Pharmacie Moderne » y est connue vers 1920 et vers 1944, puis la « Pharmacie Dubreuil » de 1957 à 1970 et la « Pharmacie Pitre » après 1970, jusqu’avant 1982. Le 1er juillet 1982 s’ouvre une parfumerie, qui change trois fois d’exploitant jusqu’au 6 octobre 2009. En 2005 arrivent une entreprise de bâtiment, « Maisons Liberté », jusqu’en 2010, et une agence immobilière, « Valrim », jusqu’en 2011. Depuis le 8 juillet 2016, la vitrine est celle d’un bailleur de logements, « Actis ». Quatre vocations en un siècle : la santé, le parfum, la construction, le logement.

Le 18 et le 20 : de la quincaillerie et de l’épicerie à l’optique

Deux numéros voisins finissent par n’en faire qu’un. Au 18, deux quincailleries se succèdent avant que « Bleu Marine » n’y vende des vêtements, de 1986 à 1994 ; au 20, deux épiceries se suivent, dont la dernière ferme le 7 janvier 1993. Depuis le 11 octobre 1994, l’opticien « Krys » occupe les deux adresses.

Les vitrines de l’habillement

Les magasins de vêtements tiennent longtemps ou changent vite. Au 40, un commerce tient du 25 décembre 1960 au 31 août 1985, la « Boutique Kheops » prend la suite le 5 octobre 1985 et reste jusqu’au 31 décembre 2015, puis « Kheops » continue depuis 2016 : une vitrine d’habillement tenue depuis 1960. « Bleu Marine » ouvre au 18 le 1er juillet 1986, ouvre un second magasin au 61 le 16 mars 1990, ferme celui du 18 le 11 septembre 1994 (un opticien, « Krys », y ouvre le 11 octobre) et garde le 61 jusqu’au 10 avril 2019 : vingt-neuf ans de mode à la même adresse. Le 61 passe ensuite par deux enseignes d’habillement et de chaussures, jusqu’au 14 novembre 2024. Au 67, « Convexe » habille du 14 mars 1983 au 30 novembre 1999 ; une pizzeria à emporter lui succède en 2001. Au 22, l’ancien Grand Café, un magasin d’habillement passe de 1985 à 1992, et la boutique « Séléné », où les vêtements côtoient les bijoux, la décoration et le thé, est ouverte depuis 2008.

La restauration rapide arrive

Les fiches ne notent aucune restauration rapide avant les années 1990. La première est au 15 du 1er avril 1994 au 15 décembre 1996. Puis le mouvement s’accélère : une pizzeria au 67 de 2001 à 2009, un autre snack jusqu’en 2016, « Dellys Pizza » du 8 janvier 2017 au 30 novembre 2022 ; « Bergamote » au 16 de 2009 à 2012 ; le restaurant « Byzance » au 23 de 2010 à 2021, relayé en 2022 par un autre commerce de restauration rapide. Au 43, la « Maison de la Presse », librairie-papeterie du 1er octobre 1996 au 31 janvier 2017, cède la place à un snack le 29 mars 2017, puis à « Le Papillon » depuis le 1er mars 2020.

Les nouveaux venus

Les dernières années apportent des activités que la rue n’avait pas : un salon de tatouage et de piercing au 17 A depuis le 25 avril 2021, un autre au 17 B depuis le 4 août 2024 ; une cave à vin au 17 ter depuis le 1er juillet 2024, à la place d’une épicerie ouverte en 2005 et fermée le 4 juin 2024 ; un pressing au 7 depuis le 21 février 2026, après un studio de photographie, « Studio Faurie », en place depuis avant 1991 et fermé le 15 novembre 2022. Un supermarché a passé sept mois au 23, du 4 juillet 2022 au 20 février 2023.

Ce que la rue dit

Trois mouvements se lisent. Les deux derniers cafés que connaissent les fiches ferment en 2019 (le 46) et en 2026 (le 14), alors que le café faisait la rue avant 1950 et servait aussi de siège aux sociétés de la ville. Le pain tient : la boulangerie-pâtisserie survit d’un exploitant à l’autre, au 19 comme au 45. L’habillement résiste là où il s’est enraciné (Kheops, Bleu Marine pendant près de trente ans), mais plusieurs de ses vitrines changent d’activité, et la restauration rapide occupe peu à peu les places que laissent le livre, la presse et le vêtement.

Sources

Pour aller plus loin

  • « Fiches du site : emplacements de la Grande Rue, leurs occupations, propriétaires et habitants »

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Source : https://paul.argoud.net/saint-marcellin-isere/histoire/grande-rue-un-siecle-de-commerces/