Les d’Arzag et les Pachot d’Arzac

L’impasse Pachot d’Arzac s’ouvre entre deux maisons sans éclat, face au n° 12 de la rue Aymard-Durivail ; on gagnait autrefois par là l’avenue Félix-Faure, au-delà d’un portail. Sa plaque délavée intrigue le promeneur. Elle réunit deux familles qui comptèrent dans l’histoire locale.

Des Lombards à Chatte

Les d’Arzago, de Milan et de Mantoue, qui se reconnaissent une souche commune, francisent leur nom en d’Arzag ou d’Arzac. Simonet d’Arzag, procureur de la Cour majeure de Viennois et Valentinois, reçoit le 12 mai 1436 à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, avec le trésorier général Nicolas d’Erland, la donation que Béatrix de Bressieux fait de ses biens au dauphin. Il s’établit en 1439 au château de la Cardonnière, près de Chatte ; anobli en 1478, il se dit dans son testament « habitant de Saint-Marcellin et originaire du duché de Mantoue ». Ses petits-fils Humbert et Jacques fondent les branches de la Cardonnière et du Savel, et une lignée d’avocats et d’assesseurs au bailliage ; une autre branche, dite de la Barginière, apparaît plus tard.

Vibaillis et religieux

Humbert d’Arzag, procureur fiscal général, assiste le vibailli Guigues Rivail pour délimiter le mandement de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs ; son frère Jacques est procureur du roi au bailliage. Guillaume, docteur ès lois, juge de la cour séculière de Romans, conduit en 1513 une enquête sur les réserves de grain et de vin et devient vibailli de Saint-Marcellin en 1526 ; Joachim, vibailli catholique en 1562, reçoit le titre de citoyen de Mantoue. En 1577, le capitaine Aimar, sieur de la Cardonnière, défend la tour de Saint-Nazaire contre les protestants. La famille compte encore un chevalier de Malte en 1546, une visitandine en 1630, une abbesse de Laval, à La Côte-Saint-André, un mestre de camp en 1671, et un religieux de Saint-Antoine, le P. Charles d’Arzag : nonagénaire, pris en otage avec sept autres religieux par les huguenots de Muguet, il est abattu d’un coup de pistolet le 4 juillet 1580 près de la porte de Chatte du bourg, au sortir de son abbaye, faute de pouvoir suivre ses ravisseurs ; une tradition en fait à tort une victime de des Adrets. Les d’Arzag portaient « d’argent à trois bandes de gueules, au chef d’or chargé d’une aigle de sable ».

Le 7 septembre 1577, Barbe d’Arzac, fille de Joachim et de Claudine de Costaing de Pusignan, épouse Jean III de La Croix de Chevrières, comte de Saint-Vallier, l’un des partis les plus enviés de son temps ; son père lui assure une rente de 200 livres sur le greffe de Saint-Marcellin. Morte en 1594, elle est la mère de Félix, souche des marquis de Saint-Vallier, et de Jean, souche des marquis de Pisançon ; veuf, son mari devient évêque de Grenoble en 1607. Par elle, une famille parmi les plus puissantes du Dauphiné entre dans l’histoire de la ville.

Les Pachot d’Arzac

Catherine d’Arzag de La Barginière épouse en 1711 Alexandre Pachot, avocat, d’une honorable famille de Saint-Marcellin : d’où le nom composé1. En 1717, un Pachot défend les habitants contre le syndic de la noblesse ; en 1731, Alexandre Pachot est chargé de porter au Parlement la requête de la ville ; en 1745, la ville capte ses nouvelles sources à Plan, sur les terres de l’avocat Pachot et de M. de La Cardonnière. Premier consul en 1753, un Pachot s’oppose aux Carmes, qui veulent faire payer les collégiens : sans école gratuite, dit-il, les enfants pauvres « resteront dans la poussière ».

Un Pachot d’Arzac figure à partir de 1768 parmi les notables électeurs du corps de ville et signe le 17 juillet 1789 le manifeste qui appuie les résolutions du 23 juin ; la même année, Mme Pachot est supérieure des Ursulines. En 1855, un Pachot d’Arzac, sans doute Théodore, le greffier du tribunal, présente au conseil municipal un rapport sur les hommes illustres de la ville ; en 1860, Théodore préside le Cercle littéraire de Saint-Marcellin, et Auguste est bâtonnier. La famille compte aussi un peintre, Alexis-Paul Pachot d’Arzac, né à Saint-Marcellin, peintre de genre, d’intérieurs et de paysages, élève de Némoz, Glayre et Ravanat, exposé au Salon de 1869 à 1888 et mort à Montreuil-sur-Mer en 1907 ; deux de ses grandes toiles religieuses ornaient la chapelle de l’hospice.


  1. Jean Sorrel écrit que la branche de la Barginière « finit » avec ce mariage, mais la dit aussi représentée en 1780 par Jean-François et Joachim d’Arzag de La Barginière. ↩

Sources

  • Date de publication :
  • Date de modification :

Écrivez quelques éclats d'âme...

Dans l'ombre vacillante d'une chandelle, où les murmures du vent se mêlent aux secrets d'un vieux parchemin, je vous invite à tisser une toile de mots. Écrivez quelques éclats d'âme – rêve, étoile, abîme, étreinte, brume – et laissez-les danser sur la page, comme des lucioles dans une nuit d'encre. Que diriez-vous de les entrelacer dans une phrase, un souffle, une histoire ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Source : https://paul.argoud.net/saint-marcellin-isere/histoire/famille-d-arzag-et-pachot-d-arzac/