Accord de La Grange entre Alphonse d’Ornano et Lesdiguières (13 septembre 1589)
- Date : le
- Source du texte : J.-B. L'Hermite de Soliers, Les Corses français, p. 36-38 ; L. Videl, Histoire du connétable de Lesdiguières, p. 93 ; J. Charay, Vie du maréchal Alphonse d'Ornano, p. 231. Lettre du 17 septembre : Bibliothèque municipale de Grenoble, ms 1440, f° 20, pièce n° 10.
Six semaines après l’assassinat d’Henri III, Alphonse d’Ornano, lieutenant général en Dauphiné, conclut avec Lesdiguières, chef des protestants, une alliance au château de La Grange, à Saint-Romans. Timoléon de Maugiron, fils de Laurent, l’accompagne. Les deux hommes s’engagent à se secourir mutuellement et à conserver la province à Henri IV.
D’Ornano est alors réfugié à Saint-Marcellin. Chassé de Grenoble par les ligueurs au printemps, il avoue en juin ne plus tenir dans la province « que Saint-Marcellin, Saint-Antoine et Tullins ». La mort du roi, le 2 août, aggrave encore sa position : le duc de Savoie lui envoie des émissaires pour faire valoir ses propres prétentions à la couronne, et d’Ornano convoque les États de la province à Saint-Marcellin pour le 10 septembre. Trois jours plus tard, il choisit son camp. Catholique, il s’allie aux protestants pour servir un roi qui l’est encore, comme Henri III et Henri de Navarre l’avaient fait eux-mêmes au printemps 1589.
L’accord du 13 septembre 1589
« Le Seigneur Alphonse d’Ornano, lieutenant-général au gouvernement du Dauphiné, désirant, selon le devoir de sa charge pourvoir autant qu’il peut être en lui à la sûreté de cette province à lui commise par le défunt roi Henri III, son bon maître d’heureuse mémoire, a ce jourd’hui résolu et conclu une union et ligue avec le Seigneur de Lesdiguières, en vertu de laquelle ils promettent et jurent de s’entre secourir l’un l’autre de toutes leurs forces et moyens qui sont et seront en leurs pouvoirs, gardant entre eux une étroite et fraternelle intelligence pour s’opposer ensemble, directement ou indirectement aux ennemis publics1 et conserver cette province à son naturel Seigneur Henri IIIIe du nom2, nommé par le défunt Roi son successeur légitime et héritier de la Couronne de France.
« En foi de quoi ils ont signé le présent acte de leur propre main et icelui fait sceller de leurs sceaux.
« A La Grange, le 13 de septembre 1589.
« Alphonse d’ORNANO, LESDIGUIERES. »
La lettre au Parlement, 17 septembre 1589
Quatre jours plus tard, d’Ornano écrit de Saint-Marcellin au Parlement de Dauphiné pour lui renvoyer son messager, chargé d’exposer l’accord.
« Messieurs,
« Le Sieur Conseiller Daudier3 s’en retourne devers vous bien instruit de ce qu’est de mon intention, ensemble de ce qui fut traité hier4 à la bouchement (abouchement) que nous fîmes avec le Sieur Desdiguières5, ce que je m’assure vous fera bien particulièrement entendre. Sur la suffisance duquel, me remettant, je ne vous ferai cette plus longue que pour vous supplier humblement me renvoyer au plus tôt ledit Sieur Daudier, avec entière résolution de vos intentions. Attendant laquelle, je prierai Dieu, Messieurs, vous donner très heureuse et longue vie.
« A Saint-Marcellin, le XVIIe jour de septembre 1589.
« Votre bien Humble serviteur.
« Alfonso Dornano. »
La suite
Le 19 septembre, le premier consul de Grenoble, Basset, annonce le traité à son conseil comme une « déclaration de guerre » à la ville, tenue par la Ligue. Désormais, les troupes protestantes entrent comme chez elles dans les places de l’armée royale. L’alliance tient : en décembre 1590, Lesdiguières reprend Grenoble. Mais la Ligue n’a pas dit son dernier mot. En 1592, le duc de Nemours envahit la province, et Timoléon de Maugiron, présent à La Grange, passe dans son camp et lui livre Vienne. En juillet, Saint-Marcellin elle-même tombe aux mains des ligueurs, avant d’être reprise par d’Ornano et Lesdiguières, unis comme en 1589.
Les ligueurs, maîtres de Grenoble, et leurs alliés. ↩
Henri IV. Sur son lit de mort, le 2 août 1589, Henri III avait reconnu Henri de Navarre pour son héritier, en l’invitant à se convertir. ↩
Conseiller au Parlement, que le livre nomme aussi Audoyer. ↩
« Hier » désigne le 16 septembre, alors que l’accord est daté du 13, au terme d’une entrevue de trois jours. Soit les deux hommes se sont revus le 16, soit la date de la lettre a été mal lue. ↩
Lesdiguières. ↩
Sources
- J.-B. L’Hermite de Soliers, Les Corses français, p. 36-38
- Louis Videl, Histoire du connétable de Lesdiguières, p. 93
- Jean Charay, Vie du maréchal Alphonse d’Ornano, Grenoble, 1975, p. 231
- Bibliothèque municipale de Grenoble, Lettre du 17 septembre, ms 1440, f° 20, pièce 10
- Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, chapitre V
Dans le récit : Le siècle des guerres de Religion
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