Le Savouret

Curieux ruisseau que le Savouret, fort capricieux et très ancien : c’est lui qui alimentait jadis en eau les fossés du rempart. Il se fait chaque année un peu plus discret ; bientôt, il coulera entièrement sous terre, et l’on n’assistera plus à ses débordements.

Un cours maintes fois déplacé

Ce filet d’eau d’apparence inoffensive en a pourtant donné, du souci, à nos édiles au fil des siècles ! Au temps où il longeait l’antique muraille, de la porte de Chevrières à la place Château-Bayard, le dauphin venait, dit-on, pêcher dans ses eaux. Depuis, on l’a déplacé à plusieurs reprises.

Son cours fut d’abord détourné vers le bas des prairies de Clerc, par le chemin de Chavosan, en direction de la porte de Romans. Un nouveau creusement le fit passer plus tard au fond du Champ de Mars.

À une certaine époque, dans sa partie ouest, il recueillait les eaux descendues de la Fusilière et de derrière le Mollard. Elles formaient une réserve naturelle servant à l’arrosage des champs du seigneur du lieu, puis des terrains où s’installèrent plus tard les pépinières de M. Guillot. Celles-ci disparurent en 1975 pour laisser place au supermarché Codec, devenu depuis Netto. Le Savouret rejoignait même le vieux chemin de la Sône, où le surplus d’eau d’arrosage se perdait dans une profonde dépression.

Le « traître rieu » et ses crues

Ce traître rieu, comme on disait ici, connut par le passé des crues terribles, sans doute pires que la dernière qu’ait subie Saint-Marcellin, le 6 juillet 1971.

Au XVIe siècle, une trombe d’eau d’une violence inouïe forma un immense lac du côté de la porte de Romans, bloquant plusieurs jours durant un important passage de troupes. Le scénario se répéta au XVIIe siècle : en une nuit, les eaux envahirent tout le terrain qui allait devenir le Champ de Mars, la place d’Armes et une partie de la ville, côté couchant. Elles dépassèrent un mètre de hauteur et inondèrent de nombreuses caves. Il fallut faire appel à la garnison de Romans pour déblayer après le désastre.

Ces ravages ont laissé leur empreinte dans la ville même. Autour de la place d’Armes et à l’entrée de la rue du Cardinal, les maisons les plus anciennes ont des rez-de-chaussée en contrebas, auxquels on accède en descendant quelques marches. Ils témoigneraient de l’exhaussement progressif du sol, dû aux alluvions déposées crue après crue.

Une chronique, bien loin d’être une légende, rapporte que lorsque le Savouret inondait la ville, on voyait des enfants « naviguer » sur la place d’Armes, blottis dans des cuveaux ou des bennes en guise de barques. Tandis que les parents imploraient la Madone, les galopins s’amusaient et souhaitaient que cela dure. Cet âge est sans pitié, disait déjà La Fontaine.

Du ruisseau bordé de platanes au boulevard

Au XIXe siècle et jusqu’au premier quart du XXe, le Savouret coulait encore à ciel ouvert. De Plan jusqu’à l’avenue de Provence, une belle rangée de platanes le bordait le long de la route. Souvent à sec l’été, il devenait alors, avec ses eaux stagnantes, un foyer de moustiques.

Aujourd’hui, le Savouret est sans doute moins dangereux. Venant de la Saulaie, il longe le cours Vallier, canalisé sous terre. Bien des passants ignorent que sous ce large boulevard coule, désormais muselé, le traître rieu qui fit tant de ravages au cours des siècles. Il faut dire qu’autrefois, les mesures de protection contre les inondations étaient prises moins vite qu’aujourd’hui, et qu’elles étaient aussi moins efficaces.

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