Réponse des consuls au procureur du roi Folhion (1691)

  • Date : en
  • Cote : Registre des délibérations de Saint-Marcellin
  • Source du texte : Extrait du registre des délibérations, d'après R. Bonnat, Histoire de Saint-Marcellin.

En juillet 1690, Louis XIV, toujours à court d’argent, crée et vend dans les villes un nouvel office : celui de procureur du roi auprès de la communauté. À Saint-Marcellin, le sieur Folhion devient le tuteur des consuls. Il doit assister à toutes les assemblées et à l’ouverture des ordres du roi, contrôle l’emploi des deniers communaux, et seul il peut y faire des propositions. Toute réunion tenue en son absence coûte cinq cents livres d’amende aux consuls.

Un an à peine après son installation, en 1691, Folhion accuse les consuls Mathieu et Vercherat d’avoir convoqué une assemblée sans le prévenir. Il s’en plaint en pleine assemblée générale et fait consigner ses griefs dans le registre des délibérations. Les consuls répondent sur le même registre.

La réponse des consuls

« (…) Il n’est pas vrai, sous respect, que lors de l’assemblée qui se tint par-devant le châtelain royal dudit lieu (Saint-Marcellin), le sieur Folhion n’ait pas été dûment averti. Car, outre qu’il aurait assez dû l’être par le son d’une espèce de trompette que le mandeur de ville1 fait retentir en pareille occasion dans tous les carrefours dudit lieu, surtout en y joignant celui de la grosse cloche, que l’on sonne ordinairement pour inviter les habitants à s’assembler, les sieurs consuls ne laissèrent pourtant pas que de joindre à tout cela un avertissement qui lui fut fait de leur part par le mandeur de ville.

« Les sieurs consuls n’estiment pas qu’il y ait autre ménagement à prendre ni d’autre formalité à observer pour ôter au sieur Folhion toute sorte de lieu2 de se plaindre là-dessus.

« Si, pourtant, il prétend qu’il y ait quelque autre manière de l’avertir, comme elle leur est inconnue jusque-là, il n’a qu’à leur la faire savoir ; il peut être assuré qu’ils feront avec plaisir tout ce à quoi ils seraient indispensablement obligés. »

Ce que dit la réponse

Les consuls ne se défendent pas, ils se moquent. Folhion n’a pas été prévenu ? La trompette a sonné à tous les carrefours, la grosse cloche a appelé toute la ville, et le mandeur est même passé chez lui. S’il connaît une autre façon d’avertir un homme, qu’il veuille bien la leur apprendre. Sous la politesse du registre, c’est la petite ville qui tient tête à l’agent du roi qu’on lui a imposé.

Folhion n’insiste pas, craignant que l’affaire ne tourne à son désavantage. Mais la victoire des consuls est de courte durée. Par un édit d’août 1692, Louis XIV met fin au régime consulaire et crée un office héréditaire de maire. Ce n’est pas un Saint-Marcellinois qui l’achète : M. de Grolée, sieur de La Forcatière, est installé le 25 avril 1693, après avoir versé 4 378 livres au Trésor.


  1. Le crieur de la ville, chargé de proclamer les annonces et de convoquer les habitants. ↩

  2. Tout motif. ↩

Sources

  • Registre des délibérations de la communauté, 1691 (archives communales)
  • R. Bonnat, Histoire de Saint-Marcellin, 1888, p. 93 et suiv.
  • Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, annexe du chapitre IV

Dans le récit : Robe, couvents et misère : la ville sous l’Ancien Régime

  • Date de publication :

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Source : https://paul.argoud.net/saint-marcellin-isere/histoire/reponse-des-consuls-a-folhion-1691/