Prière de Marie Bon pour écarter la peste (1664)
- Date : en
- Source du texte : Jean Maillard, Vie de la Mère Marie Bon de l'Incarnation, religieuse ursuline de Saint-Marcellin, Paris, 1686.
En 1664, la peste menace de nouveau Saint-Marcellin. L’ursuline Marie Bon, la Mère de l’Incarnation, née à Poliénas en 1636, vit au couvent de la ville depuis l’âge de deux ans. Cette année-là, son directeur de conscience, Courbon, grand vicaire de l’archevêque de Vienne, lui demande de mettre par écrit ce que Dieu lui enseigne dans ses visions ; et le 22 septembre, son père, avocat au Parlement de Grenoble, est assassiné.
Devant l’épidémie qui approche, Marie Bon craint moins la maladie que ses conséquences : si la contagion gagne la ville, les religieuses pourraient devoir quitter leur clôture et se réfugier chez des particuliers, au risque de reprendre goût au monde. Elle compose alors cette prière, que nous a transmise son biographe, le jésuite Jean Maillard. Selon lui, Dieu lui promit au cours d’une extase que « pendant qu’elle vivrait, il affranchirait de peste cette ville ».
La prière
« Je vous supplie, ô mon adorable Sauveur, de vous souvenir avec quelle bonté vous m’avez retirée du siècle, avec quel soin je désire de vous conserver mon cœur par le détachement des affections humaines, avec quel zèle vous exigez de moy un amour tout à fait épuré de la moindre inclination pour la créature. Hélas ! vous sçavez, Seigneur, que si je sors du Monastère1, je seray en danger de vous estre infidelle après tant de graces, et de me perdre sans ressource. Je ne puis pas dire comme vostre Apostre : Qui est-ce qui me pourra séparer de vostre amour2 ? Je suis trop fragile, et le monde est trop corrompu et trop capable de pervertir vos Epouses. Je vous conjure donc par le précieux Sang que vous avez répandu pour le salut de tous les hommes, de détourner de cette Ville les coups de vostre justice, de nous préserver de la nécessité de sortir, et de me tenir dans un entier éloignement des créatures. »
Ce que dit la prière
La ville n’y apparaît qu’une fois, dans la phrase que Maillard a mise en italique. Tout le reste parle de la clôture : Marie Bon ne demande pas d’abord que les habitants soient épargnés, mais qu’elle et ses sœurs n’aient pas à sortir. Pour une religieuse entrée enfant au couvent, la peste menaçait surtout de la rendre au monde. C’est en épargnant la ville que Dieu pouvait épargner le monastère.
La ville, elle, a retenu la promesse. L’alerte de 1664 fut la dernière : la peste ne menaça plus jamais Saint-Marcellin. Marie Bon mourut le 19 mars 1680, en odeur de sainteté, et la foule fut telle à ses obsèques qu’il fallut fermer les portes de l’église.
Les ursulines vivaient en clôture : elles ne quittaient pas le couvent, et les visiteurs ne les voyaient qu’au parloir. Une épidémie pouvait obliger à disperser la communauté. ↩
Saint Paul, Épître aux Romains, 8, 35 : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? » Marie Bon reprend la question pour avouer qu’elle n’a pas la même assurance que l’apôtre. ↩
Sources
- Jean Maillard, Vie de la Mère Marie Bon de l’Incarnation, religieuse ursuline de Saint-Marcellin, en Dauphiné, Paris,
- Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, chapitre VIII (note 15) et chapitre X
Dans le récit : Robe, couvents et misère : la ville sous l’Ancien Régime
Laisser un commentaire