Claude de La Grange et les siens
Appelée rue Tardivonnière jusqu’en 1860, la rue Lagrange honore un juriste de premier plan de la fin du XVIe siècle, Claude de La Grange.
Le juriste du tiers état
Ancien élève de Cujas en 1572, célèbre avocat au parlement de Grenoble sous Henri III et Henri IV, il devient en 1592 lieutenant particulier au bailliage de Saint-Marcellin. Dans le « procès des tailles », où se dispute la question de savoir qui, des trois ordres, doit payer l’impôt, il plaide pour le tiers état avec Antoine Rambaud, face à Claude Expilly, porte-parole des privilégiés, lors des assemblées tenues à Saint-Marcellin à partir de 1595. En octobre 1597, le tiers état, réuni dans la ville, lui offre la présidence, qu’il décline comme partie au procès, puis le charge de poursuivre l’affaire : il n’accepte qu’une fois ses frais et ses pertes garantis. En 1598, il repart pour Paris avec Rambaud et Vincent défendre devant le Conseil du roi les cahiers de doléances de Claude Brosse. Sa maîtrise lui vaut une réputation qui dépasse vite la ville. Il publie les Us et coutumes du Dauphiné, un Style de la Cour du bailliage de Saint-Marcellin à l’usage des gens de loi, et un plaidoyer pour le tiers état contre le clergé et la noblesse, antérieur au règlement de 1602. Selon lui, le bailliage est né d’une cour que les dauphins avaient établie à Peyrins, transférée ensuite à Saint-Marcellin, choisie pour sa position centrale et la pureté de son air.
Pendant les guerres de Religion, il a aussi la confiance des lieutenants généraux. En 1585, un « lieutenant de La Grange », que le livre identifie à lui, commande la ville et en renforce la défense avec Maugiron ; prévenu par Saint-Antoine du passage d’une bande huguenote, il en avertit aussitôt le lieutenant général. Le 4 décembre 1592, Alphonse d’Ornano, qui avait résidé à Saint-Marcellin, l’envoie à l’abbaye de Saint-Antoine pour obtenir du grand prieur un droit de patronage sur ses affaires ; les religieux, décidés à ne pas se laisser dépouiller, l’éconduisent, et La Grange revient sans rien conclure.
Un religieux et un assesseur
La famille compte aussi un minime, Antoine de Lagrange, auteur du Temple mystérieux de Salomon, et un autre Antoine, avocat, que Louis XV autorise en 1723 à exercer l’office d’assesseur au bailliage de Saint-Marcellin. Ce dernier épouse Louise Dulac, nièce et héritière du chanoine François de La Combe Malot, et figure en 1731 parmi les comparants de l’assemblée des trois ordres. En 1746, une Madame de La Grange possède la maison du n° 53 de la Grande Rue. Une Françoise de La Grange épouse en 1691 Jean Robin du Truchey, maire perpétuel et capitaine-châtelain de la ville.
Sources
- Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, chapitres III, V, VI, XIII et XVI
- A. Lacroix, Saint-Marcellin, Grenoble, Xavier Drevet (Bibliothèque historique du Dauphiné), p. 39-40,
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