Les Cara de La Bâtie

Noble famille de Saint-Marcellin, les Cara de La Bâtie occupent au XVIIIe siècle diverses charges de judicature. On les trouve partout dans la petite ville de robe : en 1784, un Cara de La Bâtie tient les comptes de la fabrique paroissiale ; en 1789, un Cara de La Bâtie, avocat au parlement, est juge du duché-pairie d’Hostun, dont la justice s’exerce à Saint-Marcellin, et un Cara de La Bâtie est syndic de l’hôpital. Vers la même époque, un Cara, dit « de La Roche », est subdélégué de l’intendant à Saint-Marcellin. Leurs armes : « de gueules au sautoir accompagné de quatre croissants d’argent ; au chef d’or chargé d’une aigle de sable ».

La Révolution les frappe. En 1793, Melchior Cara de La Bâtie, « ex-subdélégué », figure parmi les « simplement suspects » du district, et sa femme, née d’Allais, parmi les « notoirement suspects ». Leur fils Pierre émigre : en 1798, la République prend sur les biens de son père la part qui lui revenait, un peu plus de 10 000 livres.

Le sous-préfet bienfaiteur

Né à Saint-Marcellin en 1770, Pierre-Melchior Cara de La Bâtie1 est sous-préfet de l’arrondissement de 1822 à 1830. Il fonde les écoles chrétiennes des Frères et les entretient de ses deniers, avec le concours de la chanoinesse Marie-Anne Dantour et d’Henry du Colombier ; ses dons soutiennent aussi la salle d’asile. Les deux établissements finiront par s’installer au château qui domine l’église. La montée du Château porta longtemps son nom : on l’appelait rue Cara de La Bâtie, ou simplement rue La Bâtie. Chevalier de Saint-Louis, il meurt à Saint-Marcellin le 6 mai 1855, à quatre-vingt-cinq ans.

Le legs du château

Demeure du gouverneur Antoine-Melchior de Beaumont en 1746, puis du général Brenier de Montmorand, le château appartient encore en 1838 au fils du général, Edmond ; Cara de La Bâtie l’acquiert ensuite. Son légataire universel, Henry du Colombier, propriétaire du château du Pin, à Saint-Didier-de-la-Tour, le donne à la ville, alors administrée par le maire Claude Bossan, à certaines conditions. En 1882, les héritiers du Colombier en réclament la restitution, ce qui déclenche un procès. Le château forme aujourd’hui les bâtiments de la cure. La rue du Colombier, le long de la voie ferrée, rappelle la famille du donateur.


  1. Le prénom, l’âge et la croix de Saint-Louis, souvent accordée sous la Restauration aux anciens émigrés, font penser au fils émigré de Melchior. Aucun document ne l’atteste. ↩

Sources

  • Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, chapitres III, VIII, X, XII, XIII, XIV, XV et XVI
  • Les rues racontent notre histoire, Saint-Marcellin,

Pour aller plus loin

  • A. Lacroix, Saint-Marcellin, Grenoble, Xavier Drevet (Bibliothèque historique du Dauphiné), p. 40,

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