Avant la ville : la mer, les glaces et les premiers passages

Des origines géologiques à l'âge du bronze

Bien avant que Saint-Marcellin ne porte un nom, son sol s’était déjà formé. Le paysage que l’on découvre aujourd’hui depuis le Champ de Mars, l’avenue Carrier ou Bergerandière, avec le coteau de Ronchives aux formes douces et la plaine de l’Isère à ses pieds, est l’œuvre de deux forces successives : la mer et les fleuves alpins d’abord, l’eau des glaciers ensuite.

Un ancien rivage devenu colline

Il y a une quinzaine de millions d’années, au Miocène, une mer peu profonde s’étendait au pied des Alpes encore jeunes. Les fleuves qui dévalaient des montagnes y déversaient sables et graviers, couche après couche, et finirent par la combler : là où s’élève aujourd’hui le coteau s’avançaient alors des deltas, à la frontière de la mer et de la terre. Ces dépôts, en se tassant, ont donné la mollasse, un grès tendre que l’on voit affleurer sous le Mollard ou en montant vers Chevrières. Le sous-sol du coteau est donc un ancien rivage, fait des sables arrachés aux Alpes.

Ces sables ont gardé un témoin inattendu. Vers 1930, en creusant une prise d’eau pour une ferme au sommet du coteau, à Ronchives, on mit au jour un bloc de pierre qui avait conservé la forme d’un tronc. Signalé en 1964 à deux géologues grenoblois, Léon Moret et Marie-Thérèse Mazen-Papier, il fut identifié comme la base d’un conifère, pin ou épicéa, transformé en silice. Sa coupe laissait encore lire environ cent cinquante cernes de croissance. C’était alors la première trouvaille de ce genre dans la mollasse de la région ; un fragment en fut déposé au lycée de la ville.

L’arbre n’avait pas poussé sur place. Il venait sans doute des pentes des jeunes Alpes, où croissaient les conifères ; une crue l’aura arraché et charrié jusqu’au delta, où il s’est échoué avant d’être enseveli dans les sables, puis lentement minéralisé.

Le travail des eaux glaciaires

Bien plus tard, au Quaternaire, une succession de glaciations a envahi les vallées alpines. Lors de la dernière, dite de Würm, achevée il y a un peu moins de douze mille ans, le glacier de l’Isère s’arrêtait bien en amont, vers Moirans. Ce sont ses eaux de fonte, chargées de galets et de sables, qui ont façonné le site : elles ont édifié la terrasse fluvio-glaciaire, ce replat sur lequel Saint-Marcellin s’est construite. Quand elles se sont retirées, ne laissant que l’Isère dans son lit, la rivière a continué de déposer ses alluvions et formé la plaine fertile qui s’étend vers Beauvoir.

Le coteau, lui, doit ses formes arrondies à la nature de sa roche. La mollasse, tendre, s’est laissé user par la pluie et les ruisseaux pendant des millénaires : de là ses pentes douces et ses vallonnements réguliers.

Les premiers indices humains

Pour l’homme, les traces sont rares. Selon l’inventaire de la préhistoire de l’Isère publié par Aimé Bocquet en 1969, un seul objet atteste une présence ancienne sur le territoire de la commune : une hache de bronze à ailerons médians. Ce type d’outil, dont les rebords relevés à mi-longueur servaient à maintenir le manche, date du Bronze final, vers 1300 à 1000 avant notre ère.

Une hache ne fait pas un village. Elle a pu être perdue par un voyageur, échangée, ou appartenir à un habitat dont rien d’autre n’a été retrouvé. Elle montre au moins que des hommes fréquentaient déjà ces terrasses, au bord d’une rivière qui restera, pendant des siècles, une voie de passage.

Aux confins des Allobroges

À l’âge du fer, la rive droite de l’Isère appartenait au territoire des Allobroges, le puissant peuple gaulois installé entre le Rhône et les Alpes. La rivière marquait à peu près la limite avec leurs voisins du sud, les Voconces, maîtres des massifs du Vercors et du Diois. Le site de Saint-Marcellin se trouvait ainsi aux marges d’un territoire que Rome soumit en 121 avant notre ère. Aucun vestige gaulois n’y a pourtant été signalé : l’histoire de la ville reste muette jusqu’à l’époque romaine.

Sources

  • Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, chapitre I
  • Aimé Bocquet, « L’Isère pré- et protohistorique », Gallia Préhistoire, t. XII, fasc. 1-2,
  • Léon Moret et Marie-Thérèse Mazen-Papier, « Faits nouveaux sur le Miocène de la Basse-Isère : présence d’un tronc d’arbre silicifié (conifère) dans la partie supérieure de la mollasse miocène de Saint-Marcellin », Travaux du Laboratoire de géologie de la Faculté des sciences de Grenoble,
  • Maurice Gignoux et Léon Moret, Géologie dauphinoise, Paris, Masson, 2e éd.,
  • BRGM, Carte géologique de la France à 1/50 000, feuille Saint-Marcellin (n° 795), et sa notice
  • Date de publication :

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Source : https://paul.argoud.net/saint-marcellin-isere/histoire/avant-la-ville-geologie-et-prehistoire/