Jean-Marc Morandini sur CNews : du temple de la vérité à la cathédrale du déshonneur
Tout part de cette actualité du 24 janvier 2026, rapportée par Le Monde : Pascal Praud apporte son soutien à Sonia Mabrouk, qui a publiquement pris ses distances avec le maintien de Jean-Marc Morandini à l’antenne, malgré sa condamnation définitive pour corruption de mineurs (messages sexuels à des adolescents entre 2009 et 2016, confirmée par le rejet du pourvoi par la Cour de cassation le 14 janvier 2026). Mabrouk a avoué ne plus en dormir, tout en respectant sa direction sans la cautionner. Praud, sur X, parle de « mots justes », exprime sa « solidarité » et rappelle son engagement contre les violences sexuelles. Un geste de rattrapage bienvenu, mais qui arrive tard et ne masque pas les fissures d’une chaîne qui se veut exemplaire. Surtout, ce soutien à Mabrouk reste un demi-aveu : Praud ne condamne pas explicitement le maintien de Morandini lui-même, se contentant d’approuver les mots de sa collègue sans aller au bout de sa propre logique.
Le vrai scandale, c’est Morandini. Une chaîne qui, jour après jour, dénonce avec raison la gauche pour son absence de valeurs, sa complaisance morale, son rôle dans le déclin de nos mœurs et de notre civilisation… ne peut pas conserver à l’antenne un homme condamné pour des faits gravissimes, moralement et humainement inexcusables. C’est une question de cohérence absolue. De respect pour les victimes. Pour les téléspectateurs qui font confiance à cette voix alternative. Pour les collaborateurs eux-mêmes.
Qui peut sérieusement défendre ce maintien ? Au nom de quoi, sinon d’un entre-soi médiatique qui, après avoir fustigé les hypocrisies, reproduit exactement les mêmes travers ? Praud monopolise l’essentiel du temps de parole, recycle des chroniqueurs souvent évincés ailleurs, et incarne cette respectabilité républicaine usée qui évite les vraies remises en cause. On protège les siens, on flatte les habitudes, on ferme les yeux sur l’essentiel. Si CNews se présente comme le temple de la vérité et de la morale retrouvée, elle devient aujourd’hui la cathédrale du déshonneur, minée par ses propres contradictions.
Sonia Mabrouk a eu le courage – et il en faut dans cet écosystème – de dire publiquement son malaise. Praud a suivi, sous la pression médiatique, en se drapant dans une transparence tardive. Ce dimanche 25 janvier, Laurence Ferrari a pris la parole à son tour, affirmant se tenir « aux côtés des victimes » tout en assurant sa « loyauté professionnelle totale » à CNews et en refusant de demander le retrait de Morandini. Un numéro d’équilibriste qui illustre parfaitement l’impasse : comment concilier des valeurs affichées avec une décision de direction moralement indéfendable ?
Mais ces prises de position individuelles, aussi sincères soient-elles, ne suffisent pas. Il faut une décision claire, au plus haut niveau : Vincent Bolloré doit trancher. Lui seul a l’autorité pour imposer le départ de Morandini et restaurer la crédibilité de la chaîne. Tant que cette décision ne sera pas prise, tant que cette gestion verrouillée et communautariste ne sera pas reprise en main, CNews plafonnera et risque même l’implosion interne. Nos adversaires n’attendent que ça.
Nous avons besoin de CNews : d’une vraie alternative, sans concessions ni compromissions. Mais CNews n’a pas besoin de Morandini. Que Bolloré fasse enfin le ménage nécessaire. Qu’il retire la poutre de son œil avant de continuer à pointer la paille chez les autres. Ce serait le vrai renouveau, la seule façon de redevenir crédible. Et de mériter vraiment le soutien de ceux qui y ont cru.