Technologie

La technologie est traitée ici comme une matière qu’on démonte, qu’on mesure et qu’on remet en service, pas comme un flux d’annonces à commenter. Cette catégorie tient les deux registres du blog : le banc d’essai honnête, un clavier, une souris verticale, une dalle OLED en usage moniteur, un compteur électrique domotisé, un serveur sous FreeBSD plutôt que Debian, l’encodage vidéo mesuré au VMAF plutôt qu’à l’œil ; et la critique de ce que le matériel et les plateformes font aux utilisateurs, du dongle qui refuse de parler à son voisin au service qu’on croyait posséder et qui change les règles en cours de route. Vous y trouverez des articles écrits après usage réel, sur du long terme, souvent en revenant sur ce qu’on avait cru bien acheter, et un intérêt persistant pour les vieilles idées qui tiennent encore, du protocole BGP au système de fenêtres X. Écrit par un praticien qui préfère un choix technique justifié à une préférence défendue, et qui donne les chiffres quand il en a.

Suffisamment bon, cinquante fois moins cher : le théorème qui broie l’IA américaine

Intelligence artificielle

Les contrôles à l’export américains devaient étrangler l’IA chinoise ; ils lui ont appris la frugalité, et la frugalité est devenue son arme tarifaire. DeepSeek, Qwen et la nuée des modèles à poids ouverts livrent aujourd’hui un suffisamment bon à une fraction du prix occidental, ce qui suffit à faire basculer l’écrasante majorité des usages. Mais le marché n’a pas basculé là où on le croit : la pointe absolue reste américaine, et le vrai moat, la distribution, voit déjà les hyperscalers revendre la commodité chinoise sur leur propre compute. Pour l’Europe, adopter par défaut l’API de Hangzhou, c’est troquer un suzerain contre un autre, quand la seule sortie réelle, l’auto-hébergement des poids ouverts, n’a rien d’un repas gratuit. Reste à savoir si le continent saura bâtir les conditions, réglementaires et industrielles, qui font de ce réflexe autre chose qu’un geste de minorité éclairée.

Apple AFM 3 : le triomphe de l’IA embarquée… et ses renoncements

Intelligence artificielle

Le 8 juin 2026, Apple a dévoilé la troisième génération de ses Foundation Models, avec une architecture embarquée parmi les plus astucieuses du marché : AFM 3 Core Advanced stocke vingt milliards de paramètres en mémoire flash et n’en active que quelques-uns, en routant ses experts par prompt plutôt que par token. Cette prouesse n’a pourtant rien de spontané, puisqu’elle prolonge industriellement le papier « LLM in a flash » de 2023 que la communication d’Apple préfère passer sous silence. Mais derrière le génie embarqué se loge un renoncement plus lourd : les cinq modèles sont co-conçus avec Google, pré-entraînés sur ses TPU, et le plus capable d’entre eux s’exécute sur des GPU NVIDIA dans Google Cloud. L’entreprise qui avait fait de l’intégration verticale et du « designed by Apple » son dogme loue désormais sa puissance de pointe chez un concurrent, là précisément où elle avait promis le plus d’indépendance. Et pendant ce temps, le Digital Markets Act prive les Européens de Siri AI sur iPhone et iPad sans calendrier, illustration d’un continent qui excelle à réguler un match auquel il ne joue plus.

Dynamic workflows : Anthropic a industrialisé la consommation de tokens

Intelligence artificielle

Le 28 mai, Anthropic dévoilait les dynamic workflows dans Claude Code : des centaines de sous-agents en parallèle censés transformer des trimestres de travail en quelques jours. Mais la vraie nouveauté n’est pas la capacité, c’est la facture, car la fonctionnalité est conçue pour multiplier votre consommation de tokens. Le même jour, l’entreprise levait 65 milliards de dollars à 965 milliards de valorisation, dépassant OpenAI : le produit qui fait brûler le calcul et la levée qui le célèbre racontent la même histoire. Décryptage d’une fonctionnalité qui en dit moins sur l’avenir du code que sur le modèle économique de l’IA en 2026.

Paywall : l’art de refuser mon argent

Économie

Au tabac-presse, une une m’accroche, je tends quelques pièces et je repars avec le journal, sans qu’on me demande de m’engager sur douze mois. En ligne, ce réflexe se cogne à un mur : l’article que je veux, je ne peux pas l’acheter, on ne me propose que l’abonnement à « 1 € le premier mois », piège à reconduction calibré sur mon oubli. Pourtant la demande existe et la plomberie du micropaiement aussi ; si on ne me la propose pas, ce n’est pas par incapacité technique mais par calcul commercial. Les rares plateformes qui ont tenté le paiement à l’article ne sont pas mortes faute de lecteurs : elles ont été étouffées par des éditeurs préférant protéger leur tunnel d’abonnés. Alors je passe mon tour, systématiquement, et chaque paywall verrouillé perd l’euro qu’il aurait pu encaisser sur-le-champ.

Ferrari Luce : l’extinction des feux

Automobile

Ferrari a dévoilé sa première électrique, la Luce, dessinée par Jony Ive et son studio LoveFrom : 1 050 chevaux, 550 000 euros, et une silhouette d’iPhone à roulettes qui n’a plus rien d’italien. L’accueil est brutal : Montezemolo redoute la « destruction d’un mythe », Briatore ironise, et l’action plonge de six à huit pour cent en quelques heures. Derrière l’objet, c’est toute une Europe qui se révèle, capable de réguler son déclin mais plus de construire son futur, prête à sacrifier Scaglietti et Pininfarina sur l’autel d’une transition que personne n’a réclamée. Reste la vraie question : notre civilisation a-t-elle encore quelque chose à proposer, ou faut-il désormais aller chercher à Cupertino ce que Maranello savait inventer ?

La passion mécanique ne meurt pas, elle devient silencieuse

Automobile

Un fabricant de téléphones vient de battre Audi et Porsche sur le Nürburgring avec la YU7 GT, et son moteur électrique parle déjà notre langue : couple, rendement, régime, organes internes. La fascination mécanique ne meurt pas, elle déménage, et le nom même du bloc, « V8S EVO », trahit que l’imaginaire thermique reste l’argument le plus puissant qui soit. Mais méfions-nous des formules trop nettes : ce n’est ni un éternel recommencement ni une substitution propre, c’est une mue. La mécanique persiste et se durcit, le geek s’ajoute au mécanicien, et le sensuel se réinvente dans le sifflement d’un rotor à 28 000 tr/min. Reste une question : saura-t-on transmettre l’ancien frisson à ceux qui n’auront jamais connu que le nouveau ?

Intégrer un chatbot IA sur un site client : la grille de décision que personne ne pose

Intelligence artificielle

On me demande sans arrêt de coller un chatbot IA sur des sites clients, et ils tournent sur tout : Shopify, WordPress, Drupal, parfois du sur-mesure abandonné. Mais « quel plugin ? » n’est jamais la bonne question : un chatbot IA, ce sont deux couches qu’on confond presque toujours, la livraison du widget et le cerveau qui répond. Toute la décision tient sur une seule échelle, du clé-en-main verrouillé où vous ne contrôlez rien, jusqu’au pipeline que vous possédez entièrement. Pour un client unique, le clé-en-main suffit largement ; pour une agence qui veut capitaliser un savoir réutilisable sur toute une flotte, posséder le cerveau devient un actif. Voici la grille que j’utilise pour trancher, CMS par CMS, Shopify en tête.

Switchboard : la tour de contrôle dont Claude Code n’avait pas besoin ?

Intelligence artificielle

Après quelques semaines d’usage intensif, Claude Code laisse derrière lui un cimetière de sessions oubliées et de /resume lancés à l’aveugle. Switchboard promet de reprendre la main : une application de bureau qui cartographie, fouille et ravive toutes vos sessions depuis une seule fenêtre. Mais réparer le désordre d’un CLI minimaliste par une lourde coque Electron relève d’une contradiction que je n’arrive pas à ignorer. Dans une catégorie déjà saturée de concurrents, ce nouvel entrant à trois étoiles intrigue moins par ce qu’il fait que par ce qu’il révèle. Car au fond, Switchboard n’est pas une révolution : c’est un symptôme, et les symptômes méritent toujours qu’on les ausculte.

Plex, ou la trahison méthodique d’une communauté

Technologie

Le 19 mai 2026, Plex annonce par mail que son Lifetime Pass passera de 249,99 $ à 749,99 $ au 1er juillet, justifiant ce triplement par la « real, ongoing value » de son logiciel. C’est l’aboutissement logique d’une dérive entamée le 29 avril 2025, jour où l’accès distant, gratuit depuis 2009, est passé derrière un paywall mensualisé. Entre la « New Plex Experience » imposée malgré les retours négatifs, la publicité poussée jusque dans votre propre bibliothèque, et un pivot revendiqué vers le streaming AVOD, Plex a méthodiquement converti seize ans de confiance communautaire en levier de monétisation. Depuis début 2025, je tourne sur Jellyfin (accès distant via Cloudflare Tunnel, audio iOS sous Manet, vidéo sous Infuse) sans le moindre regret. À 750 dollars la promesse, il était temps de remettre la souveraineté technique là où elle aurait dû rester : chez soi.

MxChat sur DuckDB (MotherDuck) : recherche vectorielle + BM25 en SQL pur

Infrastructure & Données

MxChat est un bon plugin de chatbot RAG pour WordPress, mais ses deux options de stockage vectoriel sont des impasses : MySQL qui se vautre en mémoire, ou Pinecone qui facture la donnée à l’américaine. J’ai écrit un plugin compagnon qui se fait passer pour Pinecone côté MxChat, et traduit chaque appel en SQL DuckDB. Au choix : un fichier local, ou MotherDuck si on préfère le cloud sans le vendor lock. Recherche hybride BM25 + vecteur, migration depuis Pinecone sans repayer le ré-embedding, GPL v2. Encore une rente mensuelle évitée.