Domotiser compteur Linky, Itron, Landis+Gyr : ESP32 PoE vs Zigbee LiXee ZLinky
Les compteurs électriques équipés d’une sortie Télé-Information Client (TIC) permettent de récupérer en temps réel les données de consommation pour les intégrer dans un système domotique comme Home Assistant. Que vous possédiez un ancien compteur électronique Itron ou un Linky récent, la connectivité existe, encore faut-il choisir la bonne méthode d’intégration.
Après avoir expérimenté différentes approches pour connecter plusieurs compteurs Itron ITE411L3H2 et Landis+Gyr L30C5 G3 (triphasés) à Home Assistant Green, deux solutions émergent clairement : l’une filaire et robuste, l’autre sans-fil et économique. Cet article détaille les deux approches, leurs avantages respectifs, et les choix techniques qui les sous-tendent.
Comprendre la sortie TIC
La sortie Télé-Information Client est un standard français présent sur pratiquement tous les compteurs électroniques depuis les années 2000. Elle transmet via deux bornes (I1 et I2) un signal série modulé à 50 kHz contenant :
- Les index de consommation (heures pleines, heures creuses, etc.)
- La puissance instantanée et l’intensité par phase
- Le numéro de contrat et l’option tarifaire
- Les dépassements de puissance souscrite
Le signal TIC fonctionne en mode historique (1200 bauds) ou standard (9600 bauds pour les Linky). Dans les deux cas, il nécessite un circuit de démodulation pour être exploitable par un microcontrôleur.
Solution 1 : L’approche filaire avec ESP32-PoE-ISO
Architecture technique
La solution filaire repose sur trois composants principaux :
- Olimex ESP32-PoE-ISO : carte ESP32 avec Ethernet PoE et isolation galvanique 3000V
- Shield EthTInfo de Charles Hallard : circuit de démodulation TIC prêt à l’emploi
- Port ethernet POE : pour alimenter et connecter le module au réseau

Le compteur dispose de son propre module ESP32-PoE-ISO équipé du shield EthTInfo. Le module se connecte au compteur via deux fils (I1/I2) pour les données, et au réseau via un câble Ethernet RJ45 qui assure simultanément l’alimentation PoE et la connectivité réseau. À noter que si vous avez plusieurs compteurs électriques à « domotiser », il vous faudra autant de modules que de compteurs.
Pourquoi l’ESP32-PoE-ISO et pas une autre version ?
Olimex propose plusieurs variantes de cartes ESP32 avec Ethernet PoE. Le choix de l’ESP32-PoE-ISO n’est pas anodin :
ESP32-PoE (version standard sans isolation) : À proscrire absolument. L’absence d’isolation galvanique crée des risques de boucles de masse lorsque plusieurs compteurs sont connectés. Programmer la carte via USB pendant qu’elle est alimentée en PoE peut endommager le matériel. Olimex le spécifie clairement dans la documentation : débrancher l’Ethernet avant toute connexion USB.
ESP32-PoE-ISO (version avec isolation 3000V) : Le bon choix. L’isolation galvanique élimine les risques de boucles de masse même avec dix compteurs connectés simultanément. On peut programmer la carte en USB tout en gardant le PoE branché, ce qui simplifie considérablement la maintenance. Pour une installation de production où la fiabilité prime, c’est l’option évidente.
ESP32-PoE2 (version améliorée sans isolation) : Tentant sur le papier avec ses 16 MB de Flash et 8 MB de PSRAM, mais inadapté pour notre usage. L’absence d’isolation galvanique reste le point bloquant. Pour la téléinformation, nous n’utiliserons jamais plus de 10% des 4 MB de Flash de la version ISO ; Tasmota ou ESPHome avec le support téléinfo pèse moins d’un mégaoctet. Payer plus cher pour des spécifications dont on ne se servira jamais n’a aucun sens.
Le shield EthTInfo : un optocoupleur optimisé
Le shield EthTInfo de Charles Hallard mérite qu’on s’y attarde. Il s’agit essentiellement d’un circuit de démodulation téléinfo professionnel sur PCB, prêt à s’emboîter sur l’ESP32-PoE via le connecteur UEXT. Charles Hallard est une référence incontournable dans le domaine de la téléinformation en France, et son blog regorge d’articles techniques détaillés sur le sujet.
Au cœur du shield se trouve un optocoupleur LTV-814, supérieur au classique SFH620A qu’on trouve dans les montages DIY. Charles Hallard a documenté ses tests comparatifs sur son blog : le LTV-814 commute plus rapidement, nécessite moins de courant d’entrée, et produit un signal de sortie plus propre. En pratique, cela se traduit par une meilleure fiabilité de décodage, particulièrement avec les ESP32 qui peuvent être capricieux sur les niveaux logiques.
Le shield intègre également les résistances de polarisation optimales (R1 pour limiter le courant dans la LED de l’optocoupleur, R2 pour le pull-up) et des borniers à vis pour connecter directement les fils I1/I2 du compteur. On pourrait certes fabriquer ce circuit pour 3 à 5 euros de composants, mais pour une installation de production, les 25-30 euros du shield assemblé et testé représentent un gain de temps considérable et une garantie de fonctionnement.
L’emboîtage sur l’ESP32-PoE est direct via le connecteur UEXT : pas de soudure, pas de câblage hasardeux. Le signal démodulé arrive proprement sur le GPIO36 de l’ESP32, prêt à être traité par Tasmota ou ESPHome avec auto-configuration.
Budget et installation
Pour un compteur en solution filaire : ESP32-PoE-ISO (30 €) + BOX-ESP32-POE-F (10€) + Shield EthTInfo (10 €) + câbles/fils (7 €) soit environ 57€ TTC hors livraison.
L’installation nécessite de tirer un câble Ethernet depuis votre équipement réseau PoE (switch, injecteur PoE, ou box compatible) jusqu’au compteur, mais une fois en place, le système est totalement autonome. Chaque module ESP32 fonctionne indépendamment, sans point de défaillance unique. Un module ESP32-PoE-ISO consomme environ 0,7 W en fonctionnement normal, ce qui permet à un switch PoE standard d’en alimenter plusieurs dizaines sans difficulté.
Le firmware Tasmota ou ESPHome s’intègre nativement avec Home Assistant via auto-découverte MQTT ou API. Aucune configuration manuelle complexe : on flashe le firmware une fois, le reste se fait automatiquement.
Au-delà de l’électricité : L’ESP32-PoE-ISO n’est pas limité à la téléinformation électrique. Sans shield EthTInfo, il peut directement lire les impulsions d’autres compteurs comme les émetteurs sur compteurs d’eau (IZAR PULSE greffé sur Diehl ALTAIR V5, par exemple). Un GPIO configuré en interruption suffit pour compter les impulsions et transmettre les données via MQTT ou API Home Assistant. Pour environ 32 €, c’est une solution filaire robuste pour unifier le monitoring de tous vos compteurs sur la même infrastructure PoE. La domotisation des compteurs d’eau fera peut-être l’objet d’un prochain article.
Solution 2 : L’approche sans-fil avec Zigbee
Le LiXee ZLinky_TIC

Pour ceux qui privilégient la simplicité d’installation au détriment d’une légère perte de robustesse, la solution Zigbee avec le LiXee ZLinky_TIC v2 mérite considération.
La v2 du ZLinky_TIC a nettement gagné en fiabilité et ergonomie. Le nouveau boîtier ABS est plus robuste, un bornier déporté permet de chaîner plusieurs modules TIC, et le firmware v16 (disponible en OTA) apporte une meilleure stabilité avec détection de pannes et gestion optimisée des modes routeur/limited. Attention : évitez la version v15 qui présentait des problèmes de remontées à zéro des compteurs : passez directement à la v16. Les retours utilisateurs sont globalement excellents avec des notes de 5/5 sur la plupart des boutiques et une intégration ZHA/Zigbee2MQTT sans accroc.
Le ZLinky est un module compact qui se connecte directement aux bornes I1/I2 du compteur et communique via Zigbee 3.0. L’avantage majeur : il s’alimente directement via le signal de téléinformation du compteur. Pas besoin d’alimentation externe, pas de câble réseau à tirer. On visse deux fils sur I1 et I2, on appaire le module avec le coordinateur Zigbee de Home Assistant, et c’est terminé.
Cette capacité d’auto-alimentation s’explique par la très faible consommation du module Zigbee (10 à 20 mA) comparée aux 120-150 mA d’un ESP32 avec Ethernet actif. Le signal TIC fournit juste assez de puissance pour alimenter une puce Zigbee économe, mais pas un processeur gourmand comme l’ESP32.
Budget et installation
Pour un compteur en Zigbee : LiXee ZLinky_TIC (49 €) + Câbles I1/I2 courts (2 €) soit environ 51€ TTC hors livraison.
À cela s’ajoute le coordinateur Zigbee USB (Sonoff ZBDongle-E à 35 €) si vous n’en avez pas déjà un pour votre installation domotique. Si vous disposez déjà d’un réseau Zigbee fonctionnel, le coût se limite au module ZLinky lui-même.
Limitations du sans-fil
Le réseau Zigbee fonctionne en mode maillé : chaque module peut servir de routeur pour étendre la portée. Avec plusieurs modules répartis dans l’installation, le maillage peut se révéler robuste. Néanmoins, quelques points d’attention :
Courant TIC limité : Certains compteurs Linky (selon le fabricant) fournissent un courant d’alimentation juste suffisant pour le ZLinky. Dans ces cas, le firmware « limited » désactive la fonction routeur Zigbee pour réduire la consommation. La majorité des installations fonctionnent sans problème en mode routeur, mais il est bon de le savoir. Le bornier déporté TIC permet théoriquement de chaîner plusieurs appareils sur les bornes I1/I2, mais l’alimentation reste limitée : privilégiez un seul ZLinky auto-alimenté par compteur, les autres appareils chaînés devant disposer de leur propre source d’énergie.
Densité du réseau : Si vous installez plusieurs modules Zigbee sur la même installation, la charge sur le coordinateur augmente proportionnellement. Selon la topologie physique et les interférences 2.4 GHz (WiFi, micro-ondes), des latences peuvent apparaître avec un grand nombre de modules.
Fiabilité relative : Un réseau sans-fil reste intrinsèquement moins prévisible qu’une liaison filaire. Les interférences, les obstacles métalliques, ou simplement une défaillance du coordinateur peuvent perturber l’ensemble du système. Pour du monitoring électrique non-critique, c’est acceptable. Pour du pilotage temps-réel ou des applications où la disponibilité est cruciale, le filaire reste préférable.
Point de défaillance unique : Si le coordinateur Zigbee tombe en panne, tous les compteurs connectés via Zigbee deviennent muets simultanément. Avec la solution filaire, chaque ESP32 est autonome.
Conclusion : choisir selon ses priorités
Ces deux approches répondent à des besoins différents. La solution filaire ESP32-PoE-ISO privilégie la robustesse, l’autonomie de chaque module, et l’absence de compromis sur la fiabilité. C’est une infrastructure pérenne qui demande un investissement initial plus élevé mais garantit des performances constantes.
La solution Zigbee optimise la simplicité, au prix d’une dépendance au réseau sans-fil et à son coordinateur. Pour une installation domestique classique, c’est largement suffisant et beaucoup plus rapide à déployer.
Dans le cas d’une installation avec plusieurs compteurs électriques à intégrer, le choix peut se porter sur la solution filaire si l’infrastructure réseau Ethernet existe déjà et que la fiabilité du monitoring électrique est prioritaire.
Mais pour quelqu’un qui démarre de zéro, qui n’a qu’un ou deux compteurs à connecter, et qui privilégie la rapidité d’installation, partir sur du Zigbee est une excellente décision. Surtout si un réseau Zigbee est déjà en place pour d’autres équipements domotiques.
La téléinformation client reste un standard robuste qui permet de reprendre le contrôle sur ses données de consommation. Que vous choisissiez la voie filaire ou sans-fil, l’essentiel est de privilégier des composants éprouvés (Olimex, Charles Hallard, LiXee) plutôt que des solutions bricolées dont la fiabilité à long terme reste incertaine.
Pour approfondir ou obtenir de l’aide sur ces solutions, le forum communautaire francophone animé par Charles Hallard est une ressource précieuse avec de nombreux retours d’expérience et conseils techniques.