Économie

L’économie n’est pas une science de prévision, c’est une science de la contrainte : chaque euro dépensé sort de quelque part, chaque promesse financée à crédit engage quelqu’un qui n’a pas voté pour elle, et le déni de cette arithmétique-là fait plus de dégâts qu’aucun choc extérieur. Cette catégorie est celle d’un lecteur de l’école autrichienne qui préfère remonter à la source de la monnaie plutôt que commenter les chiffres du mois : dette souveraine et budgets hypothéqués, retraites bâties sur une démographie qui n’existe plus, euro numérique vendu comme une modernisation, sauvetages industriels qui transforment le contribuable en distributeur automatique, produits financiers dont le vrai client n’est jamais l’épargnant. Vous y trouverez des analyses qui prennent le temps de nommer les mécanismes, de l’URSSAF à la Banque de France, des cas d’entreprise suivis dans la durée plutôt que traités à chaud, et une hostilité assumée aux économistes de plateau dont les erreurs ne coûtent jamais rien à ceux qui les commettent. Écrit avec l’idée que la richesse se produit avant de se redistribuer, et que refuser cette évidence est devenu, en France, une position respectable.

Logitech PRO X 2 sur Mac : la promesse du sans-fil jamais tenue

Technologie

Depuis deux ans, mon casque Logitech PRO X 2 relié en Lightspeed à un Mac mini Apple Silicon décroche sans prévenir, dans un silence total, en prenant au passage tout le sous-système audio de la machine en otage. En croisant les retours d’utilisateurs, le constat est sans appel: ce n’est ni ma malchance ni mon installation, mais la collision de deux fragilités, le sans-fil propriétaire de Logitech et la pile audio USB de macOS, aggravée par sa surcouche logicielle G Hub. Le fiasco du certificat expiré de janvier 2026, qui a paralysé G Hub sur le seul macOS, en est la preuve éclatante. Le repli en Bluetooth offre une stabilité relative, mais au prix de la latence et de la qualité, autant dire un aveu d’échec déguisé en fonctionnalité. À 300 euros, c’est une déception qui m’a guéri de l’Astro A50 X et fait douter jusqu’à ma future MX Master 4.

Moloks SMVIC : la benne a disparu, la facture est restée

Politique

Le camion qui ramassait vos ordures devant votre porte disparaît, remplacé par des moloks vers lesquels vous devez désormais vous déplacer, sac à la main. Saint-Marcellin Vercors Isère Communauté appelle cela une modernisation, mais l’opération est d’abord comptable : l’ADEME reconnaît elle-même que l’apport volontaire coûte 25 % de moins à la collectivité, parce que le carburant, le temps et l’effort passent dans le coffre des administrés, pendant que la taxe ordures ménagères, elle, augmente. Derrière l’alibi écologique se profile la vraie cible, la tarification incitative et le comptage nominatif de vos déchets, tandis que les bornes débordent, que les rats prospèrent et que le sous-dimensionnement perdure depuis plus de dix ans sans la moindre correction. Le fiasco des conteneurs de la place Charles-de-Gaulle, imposés sans concertation puis retirés après sept mois de fronde, illustre une régression qui frappe d’abord les plus fragiles, exclus du service public avant d’être verbalisés. Une analyse à charge d’un service qu’on ne supprime pas, qu’on vous transfère, et dont personne ne pourra fuir la responsabilité.

Euro numérique : Aurore Lalucq a raison, et c’est tout le problème

Politique

Le feu vert du Parlement européen à l’euro numérique est présenté comme une victoire historique pour notre souveraineté, mais il s’agit en réalité d’un redoutable outil de contrôle centralisé. Sous couvert de nous libérer de la dépendance américaine à Visa ou Mastercard, ce projet ne se contente pas de réparer des tuyaux de paiement : il crée un liquide monétaire inédit, détenu directement auprès de la BCE et ajustable par décret. Cette infrastructure politique permettra notamment à l’institution de confisquer silencieusement la déflation par la productivité que l’intelligence artificielle nous doit, en inondant le marché pour empêcher les prix de baisser. En confondant volontairement la souveraineté des institutions et celle des individus, l’Europe se dote de l’instrument ultime pour capter notre prospérité à défaut de savoir encore la produire.

Qobuz, la fierté du son français et le mirage de la propriété numérique

Société

Qobuz vient d’annoncer une croissance de 45,7% et son passage à l’équilibre, belle revanche d’un acteur français qui a parié sur la qualité sans compromis plutôt que sur la gratuité publicitaire. Utilisateur fidèle du seul service d’achat et de téléchargement, j’y vois autant un plaisir esthétique qu’un geste de souveraineté. Mais treize ans après l’avoir payé, le « Hotel California » qui m’avait fait découvrir la plateforme m’est aujourd’hui refusé au retéléchargement, droits révoqués par le label, facture envolée avec lui. Cette mésaventure pose la vraie question, celle d’un « achat » qui n’est en réalité qu’une licence d’accès révocable, et rappelle que le bien numérique nous échappe dès qu’un intermédiaire le détient à notre place. La seule propriété qui vaille reste celle que l’on rapatrie et que l’on tient physiquement entre ses mains.

Pourquoi coder un bot de trading crypto n’est pas rentable

Cryptomonnaies

Le bot de trading crypto séduit le développeur parce qu’il marie maîtrise technique et promesse de revenu passif, et c’est précisément ce qui devrait alerter. L’argument de la décorrélation s’est effondré : la corrélation entre le Bitcoin et les actions atteint désormais ses sommets pendant les krachs, exactement quand on aurait besoin qu’elle disparaisse. L’edge supposé d’un bot amateur n’existe pas face aux firmes algorithmiques, et le paper trading ment systématiquement à la hausse en ignorant le glissement et les frais taker qui dévorent l’alpha à chaque aller-retour. Même justifiée, une poche crypto se dimensionne en budget de risque et tombe à 1 à 3 pour cent du capital, un enjeu sans commune mesure avec l’effort d’ingénierie qu’un bot exige. Reste alors la seule question honnête : cherche-t-on un loisir technique ou un outil patrimonial, car le DCA automatisé et le rééquilibrage par API servent un capital réel là où le bot ne sert qu’un fantasme.

Le football, c’était mieux en clair

Société

Sept cent quatre-vingts interpellations, deux morts, des abribus en flammes : chaque grand match rejoue désormais le même rituel, où la victoire ne sert plus que de prétexte. L’occasion de repenser à 1998, la plus aboutie des Coupes du monde jusque dans ses moindres détails, et la dernière qu’on pouvait regarder partout, en clair, sans abonnement à empiler. À l’époque, le football était un bien commun, et la liesse débordait dans les rues sans y mettre le feu. Vingt-huit ans plus tard, le spectacle s’est privatisé derrière un mur payant, et la fête a glissé vers le défoulement. Codé d’un côté, brûlé de l’autre : entre les deux, il y avait un football qu’on pouvait encore aimer sans payer deux fois.

Le swap : comment votre PEA achète l’Amérique sans jamais la posséder

Économie

Le PEA a été créé pour financer les entreprises européennes, et pourtant des millions de Français s’en servent pour parier sur le S&P 500. La clé de ce paradoxe tient dans un contrat méconnu, le swap, qui permet à un fonds de détenir des actions européennes tout en versant à l’épargnant la performance américaine. Loin d’être un pis-aller, ce montage exploite une faille fiscale américaine qui lui permet souvent de battre la détention physique, mais il repose sur trois dépendances que vous ne maîtrisez pas : une banque, un fisc étranger et un cadre réglementaire. La réplication est excellente, le rendement au rendez-vous, mais vous ne possédez pas l’Amérique : vous en louez la performance. Et cette nuance, indolore tant que tout va bien, prend tout son sens le jour où quelque chose se grippe.

Michelin : on ne fuit pas la France, on la déleste

Économie

Michelin n’est pas une entreprise qui meurt : elle dégage 1,7 milliard d’euros de bénéfice, annonce 2 milliards de rachat d’actions, et supprime dans le même souffle jusqu’à 1 500 postes en France, dont deux tiers dans le tertiaire. Ce n’est pas une faillite, c’est un arbitrage : employer en France est devenu une ligne de coût qu’un champion en pleine santé optimise froidement. Quand le PDG lui-même désigne un environnement réglementaire pénalisant, ce n’est plus de la conjoncture, c’est un verdict. La dette ne se ressent pas, mais 1 500 emplois à Clermont, si. Le pays ne s’effondre pas d’un coup : il se vide une annonce à la fois, proprement, poliment, volontairement.

Paywall : l’art de refuser mon argent

Économie

Au tabac-presse, une une m’accroche, je tends quelques pièces et je repars avec le journal, sans qu’on me demande de m’engager sur douze mois. En ligne, ce réflexe se cogne à un mur : l’article que je veux, je ne peux pas l’acheter, on ne me propose que l’abonnement à « 1 € le premier mois », piège à reconduction calibré sur mon oubli. Pourtant la demande existe et la plomberie du micropaiement aussi ; si on ne me la propose pas, ce n’est pas par incapacité technique mais par calcul commercial. Les rares plateformes qui ont tenté le paiement à l’article ne sont pas mortes faute de lecteurs : elles ont été étouffées par des éditeurs préférant protéger leur tunnel d’abonnés. Alors je passe mon tour, systématiquement, et chaque paywall verrouillé perd l’euro qu’il aurait pu encaisser sur-le-champ.

Gonfler ses pneus à 2 euros : l’air comprimé, ce racket invisible

Société

Deux euros pour gonfler ses pneus soi-même, c’est de l’air revendu quarante fois son coût de revient, une culbute de près de 4 000 %. Le plus savoureux, c’est que le réseau autoroutier, pourtant champion de la rente, garantit la gratuité de l’air là où la sécurité l’exige, pendant que votre station de quartier vous le facture. On peut bien invoquer la maintenance, le foncier ou des marges minces sur le carburant : entre quelques dizaines de centimes défendables et deux euros encaissés, le gouffre reste béant. Petit calcul, à peine approximatif, du racket le plus discret de la station-service.