Porte de Vinay

Des quatre portes de l’enceinte médiévale, la porte de Vinay était celle « du levant ». Pendant de la porte de Romans, elle fermait l’autre extrémité de la Grande Rue et donnait accès à la route royale de Grenoble. Ensemble, les deux portes encadraient l’axe principal de la ville, emprunté par tout le trafic entre Valence et Grenoble.

On y accède aujourd’hui par le passage du Chapeau Rouge, qui doit son nom à une auberge des XVIIe et XVIIIe siècles, le « Logis du Chapeau Rouge ». Tenue au milieu du XVIIe siècle par Étienne Rey, elle accueillit en juin 1666 les commissaires de la chambre des comptes de Grenoble venus enquêter sur un différend local. Seule auberge située hors des remparts, elle rendait grand service aux voyageurs arrivés le soir, après la fermeture des portes.

Au pied de la porte commençait le faubourg de Vinay, qui s’étirait jusqu’à la Cumane. Peuplé d’artisans et d’ouvriers, il vivait au rythme de ses moulins. En 1308 déjà, le dauphin Jean II y avait fait construire, sous un même toit près du pont de la Cumane, deux moulins delphinaux, l’un à farine blanche, l’autre à farine brune, voisins de la maladrerie de Saint-Marcellin ; les habitants étaient tenus d’y faire moudre leur blé. Ces moulins ont traversé les siècles en changeant de vocation : fabrique pour la chapellerie en 1901, usine de soierie en 1919, puis fromageries jusqu’au début des années 2000. Le pont sur la Cumane, reconstruit à son emplacement actuel en 1750, marque toujours la limite avec la commune de Saint-Sauveur.

La porte de Vinay voisinait aussi avec la prison. La première tour de l’enceinte en partant de la porte servait de geôle, et l’actuelle impasse de Joud s’appelait autrefois rue de la Prison Vieille. En avril 1485, un compte rendu de la chambre des comptes du Dauphiné note que cette tour a été « trouée et dégradée » par des prisonniers évadés. On ordonne alors de murer sa grande fenêtre et d’en ouvrir une autre, côté « portail de Vignay », plus longue mais plus étroite, pour empêcher toute nouvelle évasion. C’est l’une des plus anciennes mentions écrites de la porte.

C’est ici que l’on mesure le mieux ce qu’étaient les remparts. Les escaliers qui montent de l’emplacement de la porte vers la promenade de Joud longent la partie la mieux conservée de l’enceinte médiévale, avec l’une de ses tours carrées. En chemin, on remarque d’anciennes maisons de la fin du XVIe siècle, avec fenêtres à meneaux et un portail en plein cintre orné d’un blason. Au sommet se dresse le bastion de Joud, qui défendait l’angle nord-est de la ville.

La Grande Rue a conservé son rôle de grand axe longtemps après la disparition de ses portes : le trafic de la route nationale 92 l’a traversée jusqu’en 1989, avant qu’elle ne devienne piétonne.

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Source : https://paul.argoud.net/saint-marcellin/porte-de-vinay-rempart-saint-marcellin/