Porte de Romans
Des quatre portes de l’enceinte médiévale, la porte de Romans était la plus importante. Située à l’ouest, on la disait « au couchant ». C’est par elle qu’entraient les voyageurs venus de Valence et de Romans sur la route royale qui menait à Grenoble : elle marquait l’entrée principale de la ville. De là partait la Grande Rue, axe majeur de la cité qui traversait l’enceinte de part en part jusqu’à la porte de Vinay, à l’est. La réfection de sa chaussée dépendait directement de la couronne, et c’est le long de cette artère que s’alignaient les maisons des nobles, des bourgeois et des riches marchands.
La porte fut construite après la charte du 4 décembre 1343 par laquelle le dauphin Humbert II autorisait les habitants à élever une muraille munie de fossés. À l’intérieur des remparts, elle était encadrée par deux grands établissements religieux : à droite, le couvent des Carmes, fondé en 1453, que le dauphin Louis II, futur Louis XI, avait exceptionnellement autorisé à s’appuyer directement sur la muraille, à condition d’en assurer l’entretien et d’y ménager un chemin de ronde ; à gauche, le premier monastère de la Visitation, fondé en 1645 et séparé de l’enceinte par un simple chemin. Tout près, à l’angle des actuelles places Déagent et Lacombe-Maloc, se dressait l’une des deux tours rondes de l’enceinte.
La porte de Romans est restée attachée à l’épisode le plus sanglant de l’histoire de la ville. En juin 1562, en pleines guerres de Religion, le baron des Adrets, chef des troupes protestantes, attaque Saint-Marcellin. Son adversaire catholique, Laurent de Maugiron, seigneur du château du Mollard, y a laissé une garnison de trois cents hommes. Le baron force la porte de Romans et prend la ville d’assaut. Le carnage est total : tous les combattants sont massacrés, et ceux qui se sont réfugiés au sommet des remparts sont précipités sur les piques des huguenots en contrebas. Le procureur du roi au bailliage, Charles de Lacombe-Maloc, est attaché par le cou à un cheval et traîné dans les rues jusqu’à la mort. C’est en souvenir de lui que la place voisine de la porte porte aujourd’hui son nom.
Au XIXe siècle, l’enceinte n’a plus de rôle défensif et entrave la circulation. En 1835, la ville fait démolir la porte de Romans, comme celle de Chevrières. Dans le même mouvement, la nef de l’église des Carmes est abattue et le rempart percé pour ouvrir une rue, l’actuelle place des Carmes, où subsistent les arcs des chapelles latérales et d’élégants vestiges gothiques. La tour ronde voisine, elle, a résisté jusqu’en 1951. Le souvenir de la porte a été fixé par l’artiste locale Valentine Michon, qui en fit un tableau, tout comme de la porte de Chevrières.
La Grande Rue est restée la route principale de la ville bien après la disparition de sa porte : le trafic de la route nationale 92 y a transité jusqu’en 1989, date à laquelle elle est devenue piétonne.
