Porte de Chevrières
Des quatre portes qui perçaient l’enceinte médiévale de Saint-Marcellin, la porte de Chevrières était celle du nord. On la disait « à la bise », du nom de ce vent froid qui descend des coteaux, tout comme la porte de Romans était « au couchant », celle de Vinay « au levant » et celle de Beauvoir « au vent ». Elle ouvrait sur le chemin qui montait vers le village de Chevrières, à travers les collines des Chambaran.
Son histoire commence avec celle des remparts eux-mêmes. Par sa charte du 4 décembre 1343, le dauphin Humbert II ordonne aux Saint-Marcellinois de se doter d’une « muraille munie de fossés », haute de dix-huit pieds et épaisse de cinq. Bâtie en gros galets, flanquée de treize tours carrées, de deux tours rondes et d’un bastion, l’enceinte est percée de quatre portes. Celle de Chevrières se trouvait au pied de l’actuelle montée du Calvaire, qui longe encore aujourd’hui la muraille et débouche juste à l’extérieur de son emplacement. Tout près, le bastion de Joud protégeait l’angle nord-est, le point le plus vulnérable de la ville, dominé par le plateau.
L’eau jouait ici un rôle défensif. Le Savouret, petit ruisseau né dans les coteaux, alimentait à l’origine les fossés creusés au pied des murailles, avant de contourner la ville par l’ouest pour se jeter dans la Cumane en contrebas de la place Château-Bayard. Le dauphin s’était d’ailleurs réservé, dans sa charte, le droit de pêche dans les fossés de la ville.
À l’intérieur des murs, la porte commandait une rue qui portait son nom : la rue de Chevrières, qui descendait vers la place de l’Église, cœur politique et religieux de la cité. Au XVIIIe siècle, le four communautaire fut reconstruit tout près, contre le rempart, sur une petite place devenue depuis la place Sully. La rue du Four, qui longe encore la muraille avec son appareil caractéristique de galets, conduit toujours jusqu’à l’emplacement de la porte.
Au XIXe siècle, les remparts ont perdu tout rôle militaire et gênent désormais la circulation et l’aération des rues. En 1835, la ville fait démolir la porte de Chevrières, la même année que celle de Romans et que l’abaissement de celle de Beauvoir. Son souvenir a pourtant été fixé par une artiste locale, Mlle Valentine Michon, qui logeait dans l’actuel passage du Palais et peignit les portes de Chevrières et de Romans. La rue de Chevrières, elle, a changé de nom au lendemain de la Libération : en 1945, la municipalité de Ferdinand Brun, lui-même natif de Chevrières, l’a rebaptisée rue Jean Baillet, en hommage au jeune résistant qui y avait vécu, mort en déportation à 19 ans.