Hôtel-Restaurant Bouvarel, Saint-Hilaire-du-Rosier

Situation

La maison se trouvait au lieu-dit La Gare (on trouve aussi « Quai Gare » dans les annuaires). Avant l’arrivée du chemin de fer, ce quartier portait le nom de « la Cagnas ».

Les registres officiels domicilient l’établissement à Saint-Hilaire-du-Rosier, mais certains annuaires et sites de réservation rattachent la même adresse (aujourd’hui 45 rue de la Correspondance) à Saint-Lattier : le quartier de la gare se trouve en effet en limite des deux communes. À vérifier sur le cadastre pour situer précisément la limite.

Les origines : un café de la Cagnas (1882)

En 1882, Romain Bouvarel reçoit en dot de mariage un petit café-restaurant situé dans le quartier de la Cagnas. Son fils aîné Laurent en hérite à son tour ; selon la tradition familiale, il a l’honneur de voir passer le premier train en gare de Saint-Hilaire-du-Rosier, et le petit restaurant devient vite celui « de la Gare ».

Ce point de chronologie pose question : la ligne Valence-Moirans, qui dessert la gare, a été ouverte le 9 mai 1864, soit dix-huit ans avant la dot de 1882. Soit la gare (ou l’arrêt) de Saint-Hilaire a ouvert après la ligne, soit le « premier train » désigne un autre événement (nouvelle desserte, premier arrêt), soit la tradition a déformé les dates. À vérifier dans l’histoire de la gare de Saint-Hilaire-Saint-Nazaire.

La « mère Bouvarel » et la visite de Curnonsky

La maison doit sa réputation à l’épouse de Laurent, Marie-Louise Bouvarel, fine cuisinière que l’on comparait aux célèbres « mères » lyonnaises. Dès 1913, elle fait du petit café-restaurant une auberge réputée. Sa renommée attire Curnonsky, le « prince des gastronomes », qui s’attable chez elle, apprécie particulièrement ses ravioles faites à la main et en parle ensuite largement autour de lui.

Généalogie

  1. Romain Bouvarel, qui reçoit le café en dot (1882) ;
  2. Laurent Bouvarel, son fils aîné, et son épouse Marie-Louise ;
  3. René Bouvarel, leur fils, et son épouse Lucette ;
  4. leurs enfants, dont un fils marié à Sylvie ;
  5. leurs petits-enfants.

Ce sont les « cinq générations » dont Lucette tirait fierté.

René Bouvarel, chef et maire

Attiré très tôt par les fourneaux, René est formé par sa mère, qui lui transmet ses recettes. Il les affine et fait de l’auberge familiale un restaurant gastronomique à la réputation régionale, puis internationale. Parmi les spécialités de la maison :

  • le poulet sauté aux écrevisses ;
  • le chevreau sauté ;
  • le lièvre à la broche ;
  • le soufflé au kirsch, baptisé le « saint-hilaire ».

Selon Lucette Bouvarel, on ne travaillait alors que des produits de la maison, faute de réfrigérateur.

René Bouvarel obtient une première étoile Michelin en 1952, puis une deuxième en 1973. Personnage chaleureux et omniprésent, il est aussi maire de Saint-Hilaire-du-Rosier et meurt en fonction en juin 1978 ; d’après Lucette, il « y laissera sa santé ».

Durée du mandat : l’article parle de 24 ans de mandat, la liste des maires publiée sur Wikipédia indique 1961-1978, soit 17 ans. Il peut s’agir d’une erreur de l’un ou l’autre, ou de mandats antérieurs non répertoriés : à vérifier aux archives municipales.

En hommage, la commune a donné son nom au groupe scolaire René Bouvarel (140 rue des Marronniers), ouvert à la rentrée 2019.

Ils sont passés par la maison

  • Michel Kayser entre dans la brigade de René Bouvarel fin 1976 et y reste environ deux ans, avant de rejoindre le Kammerzel à Strasbourg. Il a ensuite obtenu deux étoiles avec son restaurant Alexandre, à Garons près de Nîmes.
  • Monique Kayser, originaire du Vercors, y fait son apprentissage en salle. C’est chez Bouvarel qu’elle rencontre Michel, devenu son mari.
  • Richard Ferrand, élève de René Bouvarel, reprend les cuisines après sa mort.

Le livre d’or

Lucette conservait précieusement le livre d’or de la maison. Parmi les signatures célèbres :

  • Barbara ;
  • Michel Galabru, qui écrit : « À Monsieur et Madame Bouvarel qui ont la chance de manger tous les jours chez eux » ;
  • Haroun Tazieff, qui signe d’un volcan dessiné ;
  • Rika Zaraï, René Desmaison, Jean-Claude Killy, Richard Anthony, Léon Zitrone, Michel Simon.

Un client américain y affirme ne jamais venir de Los Angeles sans passer par Bouvarel.

Après René : Lucette Bouvarel

Lucette Bouvarel, épouse de René, reprend la maison après sa mort en 1978. Elle la défend avec énergie, forte d’une lignée qui compte alors, petits-enfants compris, cinq générations de Bouvarel. Dans la période difficile qui suit, le restaurant perd une étoile et redescend à une étoile ; Lucette entend la reconquérir avec son chef très dévoué, Richard Ferrand, élève de René.

Avec son équipe et sa belle-fille Sylvie, elle maintient la tradition de la maison, notamment les alouettes gratinées sur pommes de terre, devenues une autre spécialité.

Les propos de Lucette proviennent de textes dont la référence exacte (titre, date) reste à préciser. Sylvie est vraisemblablement l’épouse de Patrick ou de Dominique Bouvarel, ce qui ferait de l’un d’eux un fils de René et Lucette : à vérifier.

La société d’exploitation

La SA « Hôtel René Bouvarel » (activité : hôtels touristiques avec restaurant, code 55.1A) est immatriculée avec une date de création au 1er janvier 1978. Cette date ronde correspond probablement à une mise en société ou à une date conventionnelle d’immatriculation, l’activité étant bien antérieure.

Dirigeants connus d’après les registres :

  • Patrick Bouvarel, président du conseil d’administration puis directeur général ;
  • Dominique Bouvarel et Emilio Galluccio, administrateurs.

Un Dominique Bouvarel a par ailleurs été maire de Saint-Hilaire-du-Rosier de 1989 à 2008. Les liens de parenté entre Lucette, Patrick et Dominique Bouvarel restent à établir.

La « Maison Bouvarel »

Dans ses dernières années, l’établissement se présentait sous le nom de Maison Bouvarel, avec un site internet (bouvarel.com, aujourd’hui inactif) qui mettait en avant une table gourmande et des chambres rénovées. D’après les actuels occupants du bâtiment, il s’agissait alors d’un hôtel 3 étoiles doté d’un restaurant 1 étoile.

Un document professionnel de 2005 cite « Bouvarelle (Saint-Hilaire-du-Rosier) » dans une liste de changements au palmarès Michelin de cette année-là ; la rubrique exacte (probablement la perte de l’étoile restante, vu la fermeture qui suit) n’a pas pu être vérifiée.

Coordonnées de l’époque relevées dans les annuaires : téléphone 04 76 64 50 87, fax 04 76 64 58 47.

Fermeture

Victime d’une conjoncture défavorable, l’établissement ferme le 20 janvier 2006, au regret de ses fidèles clients. La société est radiée le 18 mars 2008, soit environ 124 ans après le mariage de Romain Bouvarel.

Le bâtiment aujourd’hui

L’ancien hôtel-restaurant abrite désormais la Maison Bel Canto, chambres d’hôtes tenues par Isabelle et Claude, avec piscine. Ses propriétaires rappellent que les Dauphinois connaissent encore les lieux sous le nom de « Maison Bouvarel ».

Fonds iconographique

Un fonds de diapositives anciennes de l’hôtel-restaurant (cuisines et brigade, salle, soirée de réveillon) a été publié sur la page Facebook « Paul, le Saint-Marcellinois ». On y reconnaît notamment Lucette Bouvarel, épouse de René, qui accueillait les clients.

Chronologie

DateÉvénement
9 mai 1864Ouverture de la ligne Valence-Moirans
1882Romain Bouvarel reçoit en dot le café-restaurant de la Cagnas
?Laurent Bouvarel hérite ; le café devient le restaurant « de la Gare »
1913Marie-Louise Bouvarel fait du café une auberge réputée
entre-deux-guerres ?Visite de Curnonsky
19521re étoile Michelin
1961René Bouvarel maire (date de début selon Wikipédia)
19732e étoile Michelin
fin 1976Michel Kayser entre dans la brigade
1978Mise en société (1er janvier) ; mort de René Bouvarel en juin
après 1978Lucette Bouvarel, veuve de René, et le chef Richard Ferrand ; retour à une étoile
2005Mention de la maison dans les changements du palmarès Michelin
20 janv. 2006Fermeture de l’établissement
18 mars 2008Radiation de la société

Pistes de recherche

  • État civil de Saint-Hilaire-du-Rosier : mariage de Romain Bouvarel (1882), naissances de Laurent et René, mariage de Laurent et Marie-Louise, enfants de René et Lucette (Patrick, Dominique ?), époux de Sylvie.
  • Gare de Saint-Hilaire-Saint-Nazaire : date d’ouverture de l’arrêt, pour éclaircir l’épisode du « premier train ».
  • Livre d’or : retrouver sa trace auprès de la famille ; il permettrait de dater les passages célèbres.
  • Ligne de chemin de fer Valence-Grenoble : date d’ouverture de la gare de Saint-Hilaire-Saint-Nazaire.
  • Collection du Guide Michelin : confirmation des dates 1952 et 1973, date de la perte de la 2e étoile, sort de la 1re en 2005.
  • Écrits de Curnonsky : mention éventuelle de la maison ou de la « mère Bouvarel ».
  • Presse locale (Le Dauphiné libéré, Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné) : décès de René en juin 1978, référence de l’article citant Lucette, fermeture de 2006.
  • Archives municipales : durée réelle des mandats de René Bouvarel.

Sources

  • Date de publication :

Écrivez quelques éclats d'âme...

Dans l'ombre vacillante d'une chandelle, où les murmures du vent se mêlent aux secrets d'un vieux parchemin, je vous invite à tisser une toile de mots. Écrivez quelques éclats d'âme – rêve, étoile, abîme, étreinte, brume – et laissez-les danser sur la page, comme des lucioles dans une nuit d'encre. Que diriez-vous de les entrelacer dans une phrase, un souffle, une histoire ?

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Source : https://paul.argoud.net/saint-marcellin/hotel-restaurant-bouvarel-saint-hilaire-du-rosier/