3 place d’Armes
Le 3, place d’Armes n’a pas qu’une seule façade : l’immeuble occupe une position d’angle et donne également sur la place Jean Vinay et sur la rue Boissieux. Cette triple ouverture, rare dans le centre, lui assure une visibilité exceptionnelle au cœur de la ville, un atout que ses occupants successifs ne manqueront pas d’exploiter.
Historique
| Début | Fin | Type | Enseigne | Nom |
| Avant 1900 | Environ 1920 | Toilerie, rouennerie | Octave Bois | |
| Environ 1920 | Confection, nouveautés | Maison Bois frères | Bois | |
| 01/01/1972 | 05/08/1988 | Magasin de jouets | Le Sac de Billes | Clairette Carra |
| 17/11/2003 | 31/12/2021 | Commerce de détail de livres en magasin spécialisé | Médiathèmes | Jérôme Lecuyer (1957) |
| 27/07/2022 | Pharmacie | Benoît Raynal (1992) |
La toilerie d’Octave Bois
Au tout début du XXᵉ siècle, l’immeuble est encore une maison de trois niveaux coiffée d’un toit à quatre pans, aux fenêtres garnies de volets. Il fait face à l’ancienne halle, dont la charpente sur poteaux de bois occupe alors la place. Au rez-de-chaussée, Octave Bois tient une toilerie et rouennerie. La toilerie vend les toiles de lin, de chanvre et de coton au mètre, pour les draps, le linge de maison et les trousseaux ; la rouennerie désigne les cotonnades imprimées ou à carreaux, nées à Rouen.

La Maison Bois frères
Au début des années 1920, la famille Bois transforme radicalement le bâtiment. La maison cède la place à un immeuble bourgeois à chaînes d’angle en pierre, dont une travée se dresse en pavillon surélevé, coiffé d’un haut toit à quatre pans avec lucarne et épi de faîtage, avec de larges verrières ouvertes dans le comble. Au rez-de-chaussée et à l’entresol, de grandes vitrines séparées par des piliers déploient les mannequins sur toute la longueur de la façade. Le commerce change aussi de nature : la toilerie devient un magasin de confection et de nouveautés, la « Maison Bois frères ». Le lien de parenté exact entre Octave Bois et les frères Bois reste à établir.
La devanture, autrefois dans l’alignement du mur, est désormais portée en avant de la façade : le rez-de-chaussée forme un avant-corps vitré, couronné d’une corniche, qui gagne plusieurs mètres sur la place. La masse du nouvel immeuble ne fait pas que des heureux : l’ombre qu’il projette sur son voisin du n° 5, le Café du Commerce, très probablement tenu alors par M. Giroud, sème la discorde entre les deux maisons.
Les frères Bois ont le sens de la réclame. Ils inondent la région de publicités, soutiennent les fêtes locales et font distribuer des gravures de leur magasin dans tous les villages du canton et bien au-delà, jusqu’aux confins de la Bièvre et du Royans. Argument imparable : ils remboursent le prix du billet de transport à tout visiteur, sans obligation d’achat. Le procédé, qu’on croirait sorti d’un manuel de marketing moderne, est déjà pratiqué vers 1930.
Le magasin s’étend sur deux étages ouverts à la clientèle, le rez-de-chaussée et l’entresol. Parquet ciré, cabines d’essayage spacieuses, vendeuses aimables et stylées, présentation soignée des modèles : de mémoire de Saint-Marcellinoise, c’était une maison vraiment très chic.


