Rue Lagrange
Appelée rue Tardivonnière jusqu’en 1860, la rue Lagrange porte le nom d’Antoine de Lagrange, avocat au parlement de Grenoble, puis lieutenant au bailliage de Saint-Marcellin en 1595.
Proche de la porte de Chevrières, qui ouvrait la ville vers le nord (« à la bise », disent les anciens textes), elle fut longtemps un axe transversal animé, au cœur d’un quartier populaire. Une fois passés le porche et le fossé de la tour qui gardait le rempart, face à la rue du Four et à la montée du Calvaire, on pouvait gagner directement le centre par la rue Tardivonnière, à condition de connaître ce véritable labyrinthe médiéval. On imagine sans peine ce dédale de ruelles étroites, d’impasses et de passages sans lumière la nuit, dont beaucoup ont disparu, et que les gens « respectables » préféraient éviter. Bourgeois et petites gens s’y côtoyaient pourtant : de belles demeures en témoignent encore, voisines des cabarets qui, selon la tradition, y prospéraient dès le XVIᵉ siècle et où le vin échauffait parfois les esprits.
Au XIXᵉ siècle, la gendarmerie s’installa à l’angle de la rue Lagrange (n° 1) et de la rue Jean-Baillet (n° 11). L’arrière du rez-de-chaussée conserve un cachot à la porte massive et au lourd verrou, peut-être lié aux cachots de l’ancienne prison royale tout proche.
Aujourd’hui, la rue relie la rue Jean-Baillet au Champ de Mars par la place Sully, un passage qu’il fallut gagner en ouvrant le rempart. Longtemps appelée « place de l’École », la place Sully a été élargie vers le milieu du XXᵉ siècle, par souci d’urbanisme et de commodité. On abattit pour cela l’immeuble qui longeait la rue Brenier-de-Montmorand, un bâtiment municipal polyvalent qui servait notamment de salle de répétition à la Lyre saint-marcellinoise. À l’angle de la rue Lagrange et de la place Sully subsiste une belle porte du XVIᵉ siècle à linteau en accolade orné d’outils, dite « maison des compagnons tailleurs de pierre ».